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Technologie : faut-il avoir peur de l’intelligence artificielle ?

Avec l’arrivée des intelligences artificielles (IA) surgissent des questionnements sur la dangerosité de ces technologies récentes.


Avec l’arrivée des intelligences artificielles (IA) destinées au grand public que sont notamment ChatGPT ou Bing Image Creator, surgissent des questionnements sur la dangerosité de ces technologies récentes. Des voix reconnues s’élèvent même pour demander une pause dans leur développement. Et si l’avènement de l’IA amenait des bouleversements encore plus importants qu’Internet ou la révolution industrielle ?

Elle est partout, mais sait se faire discrète. C’est pourtant bien elle qui choisit votre itinéraire, décide quelles publications et quelles publicités vous voyez sur les réseaux sociaux. Utilisée pour traduire des textes, c’est encore elle qui vous emmène sauver le monde dans les arcanes d’un jeu vidéo, après avoir fixé le prix de votre véhicule d’occasion (lire plus bas). Vous l’avez reconnue, nous parlons de l’intelligence artificielle (IA).

Soyons plus précis. L’intelligence artificielle est une technologie qui permet à des machines, (ordinateurs, robots, objets connectés) d’apprendre, d’analyser, de décider et de résoudre des problèmes comme le font les humains. Dans leurs domaines de compétences, elles sont souvent plus performantes que ces derniers, car elles traitent plus d’informations et travaillent plus vite. Certaines IA sont ainsi déjà en mesure d’analyser l’ADN, de proposer des stratégies de communication, d’écrire un courrier administratif ou de conduire une voiture. On sait qu’à terme, elles se perfectionneront dans les diagnostics médicaux, la suggestion de solutions politiques, la détection des fraudes… Et, comme le disent les publicitaires, “bien plus encore”. “Depuis une dizaine d’années environ, on a recours aux IA pour l’examen des radios des poumons, et elles détectent plus de cancers que les médecins”, rappelle Pierre-Alain Millet, adjoint au maire et ancien professeur d’informatique.

L’intelligence artificielle est déjà bien ancrée dans nos vies. Elle nous indique déjà le chemin... Photo Emmanuel Foudrot

L’intelligence artificielle nous indique déjà le chemin… Photo Emmanuel Foudrot

Applications à tout faire
L’IA du moment s’appelle ChatGPT. Depuis fin 2022, cet autoproclamé “robot conversationnel” s’est invité dans nos vies. Gratuitement, vous pouvez lui demander de répondre à votre bailleur, d’écrire un poème ou un article de presse, d’analyser une période de l’histoire, de coder un site web, de bâtir le programme de votre voyage en Italie ou de concocter une recette de cuisine à partir de du contenu de votre frigo. Son alter ego graphique, DALL-E, se fera quant à lui un plaisir de vous dessiner des images sur-mesure, d’un réalisme et d’une qualité parfois éblouissants. À la manière d’Hergé, en mode “art numérique”, comme une “photo réaliste”, avec des couleurs apocalyptiques, pastels, dans une ambiance machiavélique, futuriste ou fleur bleue… Vous avez l’embarras du choix. L’image qui ouvre ce dossier est d’ailleurs produite par DALL-E.

Ne nous y trompons pas. Ces deux intelligences artificielles et leurs concurrents restent des prototypes aux résultats très inégaux. ChatGPT peut se tromper d’un siècle ou deux sur la date de parution d’un livre, tandis que DALL-E ajoute régulièrement quelques doigts à une main. Les IA et leurs créateurs le reconnaissent d’ailleurs eux-mêmes.

Mais qui entraîne ces machines ? D’abord leurs utilisateurs, qui les rendent chaque jour plus efficaces, tandis que les développeurs peaufinent leurs algorithmes. Dans quelque temps, ChatGPT et ses concurrents auront accès à Internet et pourront vérifier en direct, aussi vite qu’un moteur de recherche, toutes les données qu’ils produisent. Ils seront capables d’écrire sans répétitions ni lieux communs, ajoutant à leurs orthographes déjà impeccables un style d’écriture sur mesure. La version payante de ChatGPT, à l’heure où nous écrivons ces lignes, a déjà accès à plus de 200 modules qui augment ses capacités. À quand le quatrième tome des Misérables, écrit en quelques minutes ?

Démocratie en danger
Il en est des images comme des textes. La différence entre le travail d’un graphiste ou d’un photographe et celui d’une application sera de plus en plus indétectable. D’autres IA, plus techniques ou plus confidentielles, sont déjà capables de détourner totalement des photos ou des vidéos. De “photographier” des dirigeants dans des situations improbables, de faire dire à une star le contraire de ce qu’elle pense, d’utiliser des images de jeux vidéo pour faire croire à une attaque militaire réelle, ou encore de montrer au monde entier l’Arc de Triomphe recouvert d’une banderole qui n’a jamais existé. Comment les démocraties peuvent-elles résister à cela ? Et quid des millions de personnes qui perdront leurs emplois au profit des algorithmes ? “Il faut démystifier sans dévaloriser, relativise Pierre-Alain Millet. L’IA apporte de nouvelles capacités à l’humanité, mais il faut aussi être capable d’apprécier ses limites et ses biais.”

On peut toutefois s’interroger sur la puissance que l’IA pourrait conférer à des états autoritaires, à des groupes terroristes, à des lobbys, à des start-up ou à des multinationales. Car une intelligence artificielle obéit d’abord à ses créateurs, ensuite à ceux qui l’utilisent. On peut aussi, sans entrer dans un scénario de science-fiction, se demander quelles seraient les conséquences d’un bug ou d’un acte de piraterie informatique visant une IA ayant en charge la santé ou les droits de citoyens.

Pour Brahim Hannaizi, gérant de la société vénissiane d’informatique HB EMTEC, “la société n’est pas prête. Et il ne faut pas que ces technologies tombent entre de mauvaises mains”. “Les IA et leurs usages doivent être transparents et appartenir à l’humanité”, abonde Pierre-Alain Millet.

C’est que, même au pays de Google et d’Amazon, on s’inquiète de leur développement trop rapide. Certains, et pas des moindres, pointent les dangers qu’une IA devenue totalement autonome, capable de se modifier elle-même, pourrait faire courir à la société. Le 29 mars dernier, des centaines de grands noms de la Silicon Valley ont signé une lettre ouverte qui demandait de suspendre pour six mois les recherches sur les systèmes d’intelligence artificielle plus puissants que ChatGPT. Parmi eux, un certain Elon Musk, PDG de Tesla et de Twitter, par ailleurs cofondateur d’OpenAI, le “papa” de ChatGPT. Il y côtoie l’un des pères de l’IA moderne, le canadien Yoshua Bengio, des chercheurs employés par Google ou des cofondateurs d’Apple, Pinterest ou Skype. Stratégie marketing ou prise de conscience ?

ChatGPT veut “contrôler les biais indésirables et les réponses inappropriées”

Les circuits les plus courts sont parfois les meilleurs. Nous avons donc interrogé l’intelligence artificielle (IA) aux plus de cent millions d’utilisateurs, en lui parlant exactement comme à un être humain. Ses réponses n’ont pas été modifiées.

Quelles sont les limites actuelles de ChatGPT ?
ChatGPT : ChatGPT présente encore certaines limites. Il peut parfois générer des réponses qui semblent plausibles mais qui sont en réalité incorrectes ou trompeuses. Il peut également manquer de cohérence sur de longues conversations, et avoir tendance à oublier des informations précédentes. ChatGPT peut aussi être influencé par des biais présents dans les données d’entraînement, ce qui peut entraîner des réponses inappropriées ou discriminatoires.

Quels sont, au quotidien, les principaux usages de ChatGPT ?
ChatGPT est utilisé dans divers domaines, comme le service client, la génération de contenu, la traduction automatique et l’assistance virtuelle. Il peut aider à répondre aux questions des clients, à générer des descriptions de produits, à traduire des textes dans différentes langues, ou encore à fournir des informations générales sur une variété de sujets. ChatGPT a également un impact sur notre quotidien en permettant des interactions plus naturelles avec les machines, mais il est important de noter qu’il doit être utilisé avec prudence pour éviter les erreurs ou les abus potentiels.

À quoi pourrait ressembler ChatGPT d’ici un an ou deux ?
Il devrait être plus cohérent et se souvenir des informations précédentes pour mieux suivre les conversations. Des efforts supplémentaires seront faits pour contrôler les biais indésirables et les réponses inappropriées. Il sera plus adaptable, en s’ajustant aux préférences des utilisateurs. Il pourrait intégrer des sources de connaissances externes et prendre en charge des formats combinant textes, images, vidéos et audios. Cependant, il est important de noter que ces prévisions sont basées sur les progrès récents et peuvent évoluer.

 

La fracture numérique, ou l’informatique à deux vitesses

Du côté de la Ville, on refuse de céder aux sirènes des nouvelles technologies ou de s’alarmer outre mesure. “Nous nous concentrons avant tout sur la fracture numérique, dont les ravages sont connus, indique Bayrem Braïki, adjoint à la culture et au développement numérique. La plupart des gens savent se servir d’un portable, mais certains n’arrivent pas à se servir d’un ordinateur. Préparer son départ à la retraite relève alors du parcours du combattant”. La Ville a donc embauché deux conseillers numériques, qui viennent en aide à ce qui en ressentent le besoin, souvent des personnes âgées de 35 à 60 ans. En 2022, ils ont effectué pas moins de 338 interventions. “Il faut informer et former”, insiste l’élu.

Mamaar Khemar, responsable adjoint de l’Équipement polyvalent jeunes Léo-Lagrange, s’intéresse aux moins âgés. Lesquels, on s’en doute, ne vivent pas dans le même monde. “À propos de l’intelligence artificielle, il y a un choc d’opinion intergénérationnel. Les jeunes ont grandi avec la technologie, ils ont besoin d’elle, explique-t-il. Nous mettons donc en place des débats pour libérer la parole et les sensibiliser à la vérification de l’information, ainsi que des initiation à la programmation des robots.”
Mais les jeunes sont-ils tentés de tricher en cours avec ChatGPT ? “Oui, convient l’animateur, ils sont tentés. Mais il y a tellement de surveillance qu’ils se découragent vite.”

 

“J’ai révisé mes partiels avec ChatGPT”

Pour réviser ses partiels de fin d’année, Sonia (prénom d’emprunt), étudiante à Science Po Lyon, a eu recours aux services de ChatGPT. “En fait, c’était super simple, j’avais juste à écrire ‘explique ce concept comme si tu parlais à un enfant de cinq ans’ et d’un seul coup, j’arrivais à comprendre des choses compliquées, s’enthousiasme Sonia. Lorsque je comprenais mal ou que le résultat était incomplet, je lui disais ‘reformule-moi cette explication’ ou encore ‘explique-moi autrement’ et le tour était joué. (…) Pour ce qui est des informations fournies, j’ai vraiment fait confiance à Chat GPT. Au final je ne crois pas qu’il m’ait dit quelque chose de faux.”

“L’avantage de cette technologie, c’est que l’application s’adapte à ma demande personnelle et réagit en temps réel, poursuit-elle. Je préfère échanger avec ChatGPT et lui poser des questions directement, comme à un être humain, plutôt que de taper des mots-clés sur un moteur de recherche pour n’obtenir finalement que des réponses incomplètes.”

Jenna Boudaoud

Ce portique inspecte un véhicule en 3 secondes

Sur le parking de Carrefour Vénissieux, le scanner automobile ProovStation met l’intelligence artificielle au service de l’inspection automobile. Et permet à chaque utilisateur de connaître le prix exact de sa voiture.

 

Photo Fabrice Dufaud

Photo Fabrice Dufaud

Trois secondes : le scanner ProovStation n’a pas besoin de plus de temps pour inspecter une voiture. L’œil humain d’un expert, aussi affûté soit-il, mettrait plusieurs minutes à déceler les rayures et défauts de la carrosserie, des jantes et du vitrage. La machine, elle, s’acquitte de cette tâche quasi instantanément. Et en toute objectivité. Le gain de productivité qu’offre cet équipement, installé depuis un an sur le parking de Carrefour Vénissieux, est considérable. Pour le propriétaire du véhicule, un simple passage sous le portique permet de connaître le juste prix de son auto. L’évaluation, assortie d’une offre ferme de rachat, lui sera transmise dans l’heure par SMS.

Une analyse automatique et standardisée
Lors du scan à 360°, une vingtaine de capteurs et caméras scrute le véhicule sous tous les angles. Fort de plus de 300 clichés haute définition, l’équipement identifie alors le moindre dommage au millimètre près. C’est à cette étape que l’intelligence artificielle fait toute la différence. Grâce à ses algorithmes, l’IA analyse les photos du véhicule d’occasion et les compare à celles d’un modèle pour établir un diagnostic complet. Le rapport d’inspection calcule le montant des réparations.
“Le système consulte une base publique des transactions et prix de vente constatés, explique Cédric Chevallier, directeur Marketing de la start-up lyonnaise. Cette base de données est énorme. L’offre est corrigée par l’analyse réalisée en direct. L’inspection est très fine. Elle est à la foi autonome et standardisée.”

Des humains derrière l’IA
Derrière l’IA, on retrouve des humains. Des informaticiens gèrent, exploitent et analysent les données que compile l’entreprise. “Sur notre cinquantaine de salariés, nous nous appuyons sur une équipe d’une dizaine de personnes, des profils ingénieurs, révèle Cédric Chevallier. Quant au scanner, il est produit et assemblé dans le Loiret. Nous avons le label Made in France.” À Vénissieux, l’IA sera bientôt capable de contrôler l’usure des pneumatiques, grâce à une quinzaine de brevets déposés par Michelin.

Fabrice Dufaud

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