« Talent’Elles » : l’employabilité au féminin

Autour de Pôle emploi, un véritable travail partenarial s’est mis en place – Photo DR
Depuis le début de l’année, 70 femmes en chômage de longue durée bénéficient à l’agence Pôle emploi de Vénissieux d’un dispositif particulier, « Talent’Elles ». Il s’agit d’un « accompagnement intensif » sous forme d’ateliers collectifs, d’entretiens individuels, de visites d’entreprises ou de centres de formation.

Lancé par la précédente directrice de Pôle emploi, Corinne Nicolas, le dispositif « Talent’Elles » a aujourd’hui trouvé sa vitesse de croisière. « Plus le parcours est long au sein de Pôle emploi, plus il est difficile de rebondir, souligne Sonia Mohammedi, conseillère en charge du dispositif. L’objectif, c’est donc que les femmes en chômage de longue durée ne deviennent pas des ‘invisibles’, des personnes qui se désinscrivent sans avoir trouvé de solutions. »

Les bénéficiaires sont notamment sélectionnées en fonction de leur durée d’inscription. Sonia Mohammedi les contacte par téléphone, et leur propose un entretien physique pour contractualiser un accompagnement de six mois renouvelables. « C’est moi qui les choisis, mais je veux aussi qu’elles me choisissent, explique-t-elle. J‘ai besoin de créer un climat de confiance. » Les bénéficiaires échangent ensuite au moins une fois par mois avec leur conseillère. « Pour les plus autonomes, il suffit d’un mail. Mais dans certains cas, on se parle plusieurs fois par mois. Certaines femmes ont besoin qu’on les aide à reprendre confiance ».

« On sait que la population étrangère est importante à Vénissieux, reprend la conseillère. Il y a donc souvent la barrière de la langue. Ce sont aussi des femmes qui manquent de qualifications reconnues. J’ai eu le cas d’une personne, architecte dans son pays d’origine, qui s’est retrouvée ici au niveau Bac… avec un Bac + 5 ! » Certaines femmes peuvent aussi être plus tributaires de leur culture. « Travailler, c’est sortir de la maison et rencontrer d’autres personnes. On y va à petit pas… ». Et la récompense n’est jamais loin. « Souvent, elles me font savoir qu’on leur redonne espoir, que vis-à-vis de leur entourage, il est important de montrer qu’elles suscitent de l’intérêt. »

Récemment, un groupe de six femmes, protocole sanitaire oblige, a visité une entreprise de peinture industrielle. « On a revêtu les combinaisons, chargé les pistolets avec de l’eau comme des professionnels », sourit Sonia Mohammedi. Lors de la journée des droits des femmes, elles se sont intéressées à celles qui exercent des métiers encore considérés comme faits pour les hommes. « On a reçu une entreprise de BTP, ce fut une vraie découverte. » D’autres actions collectives ont lieu deux fois par mois. Les bénéficiaires en profitent pour mettre à jour leurs profils sur l’application Pôle emploi. L’occasion de mettre en valeur des talents cachés. « Certaines me disent : ‘Je n’en reviens pas, c’est vrai que je sais faire plein de choses’ ! » Et pour compléter, Sonia Mohammedi tient tous les mardis une permanence dans les locaux de l’Afpa, afin de « mettre en lien la demande et l’offre de formation ».

Reprendre confiance

Qu’en disent les intéressées ? « Mon dossier était en stand-by depuis quatre ans après un contrat aidé dans une école, relate Karima, 37 ans. C’est valorisant d’être sélectionnée. Je rencontre des personnes de tous âges, chacun a son parcours. Finalement, j’ai décidé de partir sur une formation au secrétariat, un travail que j’ai déjà exercé. » Valérie Marcel, la cinquantaine, vit elle aussi chez ses parents. Animatrice commerciale dans la parfumerie, elle a longtemps alterné les périodes de chômage, de CDD et d’intérim. « Je trouvais des contrats de 2 à 4 jours par semaine à Paris. J’ai beaucoup bougé, je gagnais bien ma vie. Mais avec l’âge, j’ai besoin d’une stabilité. » Titulaire d’un CAP esthétique acquis « sur le tard », elle confie avoir besoin d’aide pour refaire son CV, choisir une formation en informatique, et surtout, « reprendre confiance ».

Arrivée en France en 2018, Alvine Djoukiba s’est inscrite à Pôle emploi en janvier, « dès qu’elle a eu le droit de travailler ». « J’ai vécu dans la rue, à Paris, mon fils est né fin 2018 et j’ai été prise en charge en janvier 2019 par l’Armée du Salut de Vénissieux », témoigne-t-elle. Intégrée récemment au dispositif, la jeune femme s’est lancée dans une formation de six mois en secrétariat médico-social. Un secteur qu’elle connaît bien : avant son départ du Cameroun, elle a suivi une formation à l’infirmerie de cinq mois. « J’avais besoin de travailler, de sortir, de voir du monde, de me sentir utile, et surtout de trouver un logement. »

Fouad Lozack, mère au foyer « très éloignée de l’emploi », met elle aussi en avant un accompagnement « où l’expérience de chacune permet d’avancer ». « J’avais une vie sociale avant, nuance-t-elle. Je m’étais investie dans le bénévolat, mais maintenant que mes enfants ont grandi je veux revenir dans le monde du travail. » Son objectif ? Devenir CIP, conseillère d’insertion professionnelle. « Tous les jours, je prends des notes », assure-t-elle. Avant de conclure : « Maintenant je sais que je vais retrouver un boulot. »


« Pas d’objectifs chiffrés »

« Au niveau national, on trouve un petit peu plus de femmes (52 %) que d’hommes parmi les demandeurs d’emploi, rappelle Férréol Palau, directeur de l’agence locale Pôle emploi. À Vénissieux, c’est l’inverse, avec 55 % d’hommes. Mais le chômage touche autant de femmes, c’est juste qu’elles s’inscrivent moins. Par ailleurs, parmi les femmes inscrites, on constate un niveau de formation plus faible. Sur 4 500 inscrites, plus de la moitié a un niveau infra-bac et 315 sont sans formation. Moins de 2000 possèdent le bac ou plus, ce qui est inférieur à la moyenne régionale. En outre, 2 300 d’entre elles ont deux ans d’inscription et environ un millier 3 ans et plus. (…) L’objectif du dispositif « Talent’Elles » est simplement d’inverser la tendance. Mais nous n’avons pas d’objectifs chiffrés. »

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