Rémi Gaudillat : accords et âme

 

Prof de trompette et de bugle à l’école Jean-Wiener, ce musicien partage son temps entre l’enseignement, son sextet et divers projets dont l’écriture d’un conte, « Dans la lune ». Pour ce dernier, les représentations scolaires auront lieu fin avril à la salle Érik-Satie.

C’est dans une école municipale de musique, à Villefranche-sur-Saône mais ça aurait aussi bien pu être à Vénissieux, où il enseigne aujourd’hui, que Rémi Gaudillat découvre sa vocation. « J’ai fait deux ans de piano, se souvient-il, et j’ai bifurqué vers la trompette, grâce à un prof qui m’en a donné le goût. L’aspect collectif m’a attiré. Jouer en groupe m’a autant plu que l’instrument en tant que tel. »

Il intègre donc l’orchestre d’harmonie et le big band de l’école et passe du répertoire éclectique du premier (classique, musique de films, musiques de kiosque) au jazz du second.
« On touchait à tout et on a ainsi participé avec le GRAME à une création de musique contemporaine. Le big band m’a surtout fait découvrir l’impro, qui permet de développer son propre son. Ce qui est très important, pour le meilleur et pour le pire. J’ai cherché mon son et ce que j’avais envie de dire. »

Rémi se spécialise en jazz, s’inscrit au Conservatoire national de région de Lyon et passe une licence en musicologie. Puis obtient un diplôme au Cefedem (centre de formation des enseignants de musique). Jouer et professer : il a toujours pensé qu’existait une vraie interaction entre les deux. Dans les deux cas, il s’agit de transmission.

Il enchaîne alors les expériences : en 2003, le trio Non Violence avec lequel il enregistre un album l’année suivante. En 2005, il crée le brass band Docteur Lester, dont le nom s’inspire du trompettiste Lester Bowie. « Je l’avais découvert avec l’Art Ensemble of Chicago. On faisait des reprises pop et de l’impro : Nirvana, Radiohead, Led Zep et mes morceaux. Le groupe a duré plus de dix ans avec pas mal de concerts, sans avoir la volonté de s’affirmer dans un style plutôt que dans un autre mais avec plutôt le désir de tout mélanger. »

Puis vint Possible(s) Quartet en 2012, qui le réunit à Loïc Bachevillier (trombone) et à deux anciens élèves de l’école de musique Jean-Wiener, Fred Roudet (trompette) et Laurent Vichard (clarinette basse). La formation se transforme en Rémi Gaudillat Sextet quand s’y ajoutent Philippe Gordiani (guitares) et Fabien Rodriguez (percussions).

Là encore, le mélange est de rigueur. Rémi cite « le jazz, les musiques d’Afrique, celles répétitives de Steve Reich et Philip Glass, celles du nord et du label ECM, tels les morceaux de Jan Garbarek, Don Cherry ou Nils Petter Molvaer… Je mets tout ce que j’aime dans mes compositions. »

Parallèlement à tout cela, il participe au réseau imuZZic, toujours autour du jazz et des musiques improvisées. En 2012, il intègre un trio qui accompagne Marcel Kanche, lequel reprend les chansons de Léo Ferré : « une super aventure », assure Rémi.

Il ajoute que l’ARFI (Association à la recherche d’un folklore imaginaire), ensemble protéiforme lyonnais qui fut en résidence au Théâtre de Vénissieux dans les années 1990, fut très important pour lui en tant que spectateur. « Il n’existait pas de folklore musical à Lyon comme il peut y en avoir dans d’autres régions. L’Arfi voulait se construire son propre folklore sans rien rejeter. C’est ainsi que Sclavis pouvait reprendre Rameau. C’était une musique rêvée. Et j’en reviens à ces écoles municipales, comme Villefranche ou Vénissieux, où l’on peut toucher à tout : elles sont une richesse. »

Electric Extension

En mars 2020, le sextet sort un double album chez Z Production/Inouïe Distribution, Electric Extension. Juste après, l’épidémie impose ses règles et… tout est annulé.

« C’est un projet ambitieux, auquel ont participé le clarinettiste Louis Sclavis, un chanteur (Laurent Fellot) et un quatuor à cordes (Seigle). Nous avons passé dix jours en studio. Sur le coup, rien ne s’est passé. Nous l’avons pris avec philosophie. »

Le confinement survient et Rémi, chez lui, joue et redécouvre son instrument. « Avec le quartet, on a écrit, enregistré, mixé les premiers morceaux. Nous avons travaillé avec un danseur et un dessinateur et nous voudrions sortir, si nous y arrivons, un titre par mois sur Facebook, YouTube et les réseaux sociaux. Nous, musiciens, vivons au jour le jour : une quinzaine de concerts légers sont prévus cet été. Dès qu’on pourra les faire, on sera prêts. »

Depuis, quelques chroniques sont tombées qui parlent d’Electric Extension, plutôt bonnes. L’album comporte deux disques dont l’un, Dans la lune, est un conte pour enfants. Au centre duquel se trouve un petit toujours dans la lune.

« Je suis parti de mes garçons, qui ont tendance à être comme ça, et je me suis rendu compte qu’en leur rendant hommage, je pensais aussi à l’enfant que j’étais en écrivant. On peut voyager très loin sans sortir de sa chambre. »

Avec Marie Chevaleyre, qui enseigne la flûte à Jean-Wiener, Rémi devait intervenir, au moment où on l’a rencontré, dans 12 classes vénissianes : Gabriel-Péri, Louis-Pergaud, Joliot-Curie et Moulin-à-Vent.

Puis, le spectacle Dans la lune devrait être joué pour un public scolaire les 29 et 30 avril prochains à la salle Érik-Satie. Si, bien sûr, les conditions sanitaires le permettent.

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