La Passe du vent : lectures confinées

Charles Juliet (à gauche) lors d’un hommage rendu en 2019 à l’Espace Pandora

En ces temps de confinement, il est facile de passer son temps à surfer d’un écran à l’autre, de l’ordinateur à la télé, de la tablette au smartphone. Et si l’on se posait un peu, le temps de lire ? On aurait tort d’oublier qu’il existe un éditeur à Vénissieux, La Passe du vent, représenté par l’Espace Pandora. D’ailleurs Thierry Renard, directeur de l’un et responsable littéraire de l’autre, n’écrit-il pas : « Il y aura un après, nous l’appelons toutes et tous de nos vœux en tout cas. Il y aura un après et peut-être en sortirons-nous meilleurs, grandis… Notre vieux monde, nous l’espérons, va renaître de ses cendres » ?

Avant cet après tant espéré et pour mieux le préparer, pourquoi ne pas se plonger dans les dernières parutions de La Passe du vent, d’autant plus qu’elles sont nombreuses, variées… et alléchantes ?

À tout seigneur tout honneur, dit le dicton, alors autant commencer par Charles Juliet et son Trouver la source. Édité pour la première fois dans les années quatre-vingt-dix aux défuntes Paroles d’aube, précédente maison d’édition que gérait l’Espace Pandora, ce texte avait été revu en 2000. Il reparaît aujourd’hui dans une édition augmentée, avec ses différents récits, ses fragments, ses entretiens et ses poèmes.

Face à un immense auteur tel que Charles Juliet, on est toujours étonné de l’actualité de ce qu’il écrit, même si ces mots l’étaient dans un tout autre contexte. Il n’est quà voir le texte qui ouvre le recueil, daté du 16 septembre 1989 : « La vulnérabilité, la souffrance des êtres démunis, jetés dans une situation qui les dépasse, à laquelle ils ne savent faire face. On en est bouleversé. »

On retrouve Charles Juliet avec Retenir ce qui s’efface de Geneviève Metge, qui fut longtemps la présidente de l’Espace Pandora. Des récits qui parlent d’ « histoires singulières, parfois tragiques », nous menant de France au pays dogon, à la Libye ou au Niger et dont Juliet a écrit l’avant-propos.

Nous sommes dans un autre registre, plus léger et sautillant, avec Lettres d’amour, poste restante de Francis Combes, « poèmes glanés au fil des jours et jetés dans le sac du voyageur… Un recueil, comme un journal de bord. » L’auteur explique en préambule que « tout poème destiné à celle ou celui qu’on aime est en même temps une lettre d’amour adressée poste restante à la Terre entière ».

Alto mare de Samantha Barendson, recueil bilingue franco-italien, est sans doute le plus sensuel des livres publiés en cette fin d’hiver par La Passe du vent. Son auteur a reçu en 2015 le prix René-Leynaud et elle retrace brillamment, dans des textes courts, tout ce qui fait le sel d’une relation humaine : l’attirance, l’indifférence, le bien-être, l’amour et, par-dessus tout cela, l’impatience du désir.

Enfin, Nous transportés, textes de Giuseppe Lucatelli illustrés par les photos de Horace Pappal, se situe dans les transports en commun lyonnais et nous plonge au cœur de saynètes vues et entendues quotidiennement par les voyageurs et retracées joliment ici. Quiconque est un familier des bus, trams et métros reconnaîtra aisément des situations, voire des passagers. Dans sa préface, Sylviane Crouzet mentionnent les anges de Wenders dans Les Ailes du désir, qui volettent d’une pensée à l’autre et captent les tourments humains. C’est comme si ceux-là s’étaient posés dans le transport en commun des Exercices de style de Queneau. Style et exercices plus que réjouissants.

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