Trottinettes lyonnaises, ateliers vénissians

­­En chiffres

À Lyon :
– Un parc de 4 000 trottinettes
– 3 300 trottinettes disponibles ou utilisées « chaque jour à un instant T »
– 430 000 utilisateurs revendiqués, ayant effectué en moyenne 11 trajets

À l’international :
– Lime est présent dans une centaine de villes
– Chiffres d’affaires : 400 millions de dollars
– Les trottinettes Lime ont déjà parcouru 100 millions de trajets.­

En quelques mois, elle est devenue le leader lyonnais de la trottinette électrique en libre-service. Installée à Vénissieux depuis octobre 2018, la succursale rhodanienne du géant californien Lime gère un parc de 4 000 deux-roues. C’est dans un entrepôt discret de 900 m2 que la quasi-totalité des opérations de maintenance et un tiers des recharges de batterie sont réalisés. Le travail ne manque pas : l’entreprise revendique 430 000 utilisateurs lyonnais, ayant effectué chacun onze trajets en moyenne.­

« Les trottinettes sont déposées par les chauffeurs devant la porte du bâtiment. Elles sont ensuite amenées sur l’aire de diagnostic, détaille le responsable du site, Antoine Bluy. Tout est vérifié : les freins, les lumières, les accessoires de visibilité, la capacité d’accélération, le GPS. Si tout est bon, elles traversent le local pour aller au rechargement. Celles qui sont défectueuses sont réparties dans les différents postes de maintenance. » Une fois remis en état, les petits deux-roues noirs et verts pourront accéder à la recharge, avant de passer une dernière fois au crible de l’application embarquée. Charge alors au chauffeur de la scanner, de l’embarquer et la déposer à l’endroit souhaité. « Au fil de l’eau, nous récupérons des pièces sur les modèles en réparation pour les utiliser sur d’autres, reprend Antoine Bluy. Nous utilisons donc peu de pièces détachées neuves. Et les trottinettes ont finalement une durée de vie moyenne de neuf mois à un an, pour environ 2 000 kilomètres parcourus à raison de cinq trajets par jour. »

Ancrage local
Sur le site vénissian, 35 salariés se relaient entre huit heures et minuit, pour un salaire oscillant entre 1 400 et 2 500 euros net en fonction des primes, liées notamment aux horaires. Tous sont embauchés à temps plein : un tiers en CDI, les autres en intérim. « Ce sont des gens formés par nos soins, que nous connaissons bien car ils travaillent régulièrement avec nous », explique Antoine Bluy. À cette main-d’œuvre s’ajoute la quarantaine d’entreprises sous-traitantes — soit environ 50 salariés. Elles sont chargées du ramassage, du déploiement et d’une partie de la recharge. « Ce sont des TPE-PME d’une à quinze personnes. Certains font aussi du VTC ou de la messagerie », précise le manager. Car depuis le début de l’année, la société lyonnaise ne travaille plus avec les auto-entrepreneurs et les micro-entrepreneurs, désormais poussés à fonder des sociétés commerciales. Un système qui permet notamment à l’entreprise de s’adapter aux variations du marché, sensible aux caprices de la météo. « En hiver, le trajet moyen est de 1,2 km, alors qu’il monte à 1,8 en été, indique Antoine Bluy. Dès l’arrivée des beaux jours, l’effectif total des personnes salariées par Lime et ses prestataires passera donc de 85 à 150 environ. » La veille de notre entretien, chaque prestataire avait effectué en moyenne 43 recharges, soit un chiffre d’affaires moyen de 215 euros. Depuis son implantation, Lime a versé 3 millions d’euros à ses sous-traitants lyonnais.

« Décarboner et décongestionner la ville »
Régulièrement pointée du doigt pour les dommages causés par les trottinettes laissées à l’abandon sur les trottoirs ou pour les comportements parfois dangereux de ses clients*, Lime oppose à ses détracteurs un modèle de développement vert, en phase selon elle avec les besoins de la société. « C’est un mode de transport silencieux qui décarbone et décongestionne la ville avec de l’électricité verte et locale, assure Antoine Bluy. Nos premiers utilitaires électriques sont arrivés à Paris, et le nôtre ne devrait pas tarder. Quant à l’appel à des sous-traitants locaux pour la récupération des trottinettes, il diminue notre empreinte carbone et augmente notre efficacité. » Et de rappeler que Lime ne collecte ni ne revend aucune donnée personnelle. « On ne connaît même pas le nom, le prénom, le genre ou l’âge de nos utilisateurs. » Certaines données seront en revanche prochainement utilisées dans un objectif sécuritaire. Actuellement en phase de test, un système à base d’intelligence artificielle utilisera les coordonnées GPS, temps de trajet, parcours, vitesses et niveaux d’accélération pour évaluer la probabilité d’une circulation sur le trottoir. « Il se contentera dans un premier temps d’avertir l’usager, et lorsque le système sera parfaitement au point, il ralentira le moteur« , assure Antoine Bluy. Dans certaines rues piétonnes lyonnaises – rue de la République par exemple – la vitesse de l’engin est d’ailleurs déjà automatiquement bridée à 5 km/h par le GPS.

(*) ­Évoquant « une gêne grandissante », le maire de Villeurbanne, Jean-Paul Bret, a pris en octobre dernier un arrêté interdisant le stationnement des trottinettes électriques en libre-service sur les trottoirs de sa commune, effectif au 1er novembre.

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