Certa : remettre le pied à l’étrier

En avril dernier, le Centre régional des techniques avancées (Certa) a débuté une action innovante à destination de publics en difficulté. Elle leur permet d’acquérir des savoirs de base avant de débuter une formation en apprentissage dans des métiers qui peinent à recruter.

Le marché de l’emploi n’aime pas les profils “atypiques”, à qui il réserve souvent des postes précaires et mal payés. Comment construire alors sa carrière, lorsque l’on a décroché du système scolaire, que l’on est arrivé en France sans diplôme reconnu, ou que l’on n’a tout simplement pas choisi la bonne filière ? Au Centre régional des techniques avancées (Certa), on propose une réponse pour les jeunes de 18 à 25 ans. L’idée consiste à leur permettre d’acquérir les connaissances de base qui leur manquent, avant de les orienter vers l’apprentissage. Cette action, qui totalise 650 heures de formation d’ici mi-juillet, est financée par la Région et les organismes paritaires collecteurs agréés (OPCA).
60 personnes – sélectionnées parmi 200 candidats – ont ainsi bénéficié en mars dernier d’un “sas de préapprentissage” de 250 heures. “Certains ont arrêté l’école en 4e et ils arrivent ici à 18 ans sans avoir rien fait, explique Marc Plotton, vice-président du Certa. Il y a un grand trou dans leur parcours, et il faut leur redonner les connaissances de base : lire, écrire, compter correctement.” Le sas de préapprentissage intègre parallèlement des ateliers de découverte des métiers, de confiance en soi et de savoir être en entreprise. Les stagiaires, qui n’ont pas forcément une idée très précise de leur orientation, peuvent aussi affiner leur projet.
À l’issue du sas, 45 personnes ont intégré une Préparation opérationnelle à l’emploi collective (POEC). Il s’agit d’une formation de 400 heures (dont un quart passé en entreprise) qui leur permettra d’occuper des postes dans des métiers où les employeurs peinent à recruter. “Le POEC est un pont vers l’apprentissage, relève Laila Ber-Rahal, en charge de la coordination pédagogique. L’objectif consiste à présenter chaque candidat à des entreprises ciblées. Les stagiaires pourront ainsi signer un contrat d’apprentissage qui les emmènera soit vers un bac professionnel, soit vers un Certificat d’aptitude professionnelle (CAP) ou un Certificat de qualification professionnelle (CQP).”

Un véritable accompagnement

“Lorsque je suis arrivée ici, j’étais un cas désespéré, je l’avoue, sourit Manon. Après le décès d’un proche, j’ai arrêté l’école pendant un an et demi suite à des problèmes de comportement. J’ai failli baisser les bras de nombreuses fois.” Aujourd’hui, la jeune fille assure avoir repris confiance en elle. D’autant que désormais, sa voie est tracée : ce sera la coiffure. “Depuis que je suis toute petite, je rêve d’être coiffeuse. Ma mère avait un salon de coiffure et un institut de beauté, je coiffe ma famille et je me coiffe moi-même.”

Souhib est arrivé d’Algérie il y a six mois. Quadrilingue, il parle le français, l’anglais et l’allemand, ainsi que l’arabe, sa langue maternelle. Il a poussé la porte du Certa sur les conseils de la Mission locale. “J’avais besoin d’un diplôme pour travailler, car mon baccalauréat en langues étrangères n’est pas reconnu ici”, explique-t-il. Mais contre toute attente, il s’orientera vers la mécanique générale et l’usinage. “J’aime beaucoup le travail manuel et l’univers des machines. C’est aussi un métier dans lequel il y a des places à prendre.” Lui qui a pu trouver un toit grâce aux contacts glanés via le Sas de préapprentissage ne tarit pas d’éloges sur ce dispositif… Et sur ceux qui le font vivre. “Les gens ici sont tous différents, d’origines diverses, mais on est tous ensemble. Il y a beaucoup de solidarité entre nous.”

Un constat que ne reniera pas Estel, qui s’oriente vers l’imprimerie plurimedia. Parce que travailleuse handicapée, elle a pu intégrer cette formation bien qu’elle ait dépassé 25 ans. “À la base, je suis couturière sur-mesure, mais j’ai toujours voulu travailler dans les arts graphiques et l’imprimerie. C’est un métier extrêmement vaste, dont la base est créative mais qui demande beaucoup de technique. Ce qui m’a plu aussi, c’est qu’il s’ouvre au web et à la communication.” À propos de la formation, elle met en avant “les cours, les stages, un véritable accompagnement et un diplôme à la sortie”.

“Je n’ai eu que le Certa dans ma vie”

Vincent est aussi en pleine reconversion, en route pour les métiers de la fibre optique*. “J’ai fait des études dans le commerce, mais ce n’est pas ce qui me plaisait le plus. Du coup, j’ai enchaîné les petits boulots. Et arrivé à 24 ans je me suis dit qu’à l’avenir je pourrai moins me former. Il était temps !, rapporte-t-il. À Pôle emploi, on m’a conseillé cette formation pour acquérir les bases de l’électricité.” Il décrit “une formation très complète, qui permet de voir énormément de choses” et rappelle que la plupart des écoles demandent des bases pour accéder à leurs formations. “Grâce à la POEC, je peux les acquérir”, constate-t-il. Avant de mettre en avant “un véritable respect entre les stagiaires, quels que soient les problèmes rencontrés” au sein du Certa.

Ramata se dirige pour sa part vers les métiers de l’hygiène, de la propreté et stérilisation. Elle intégrera l’an prochain une école avec laquelle elle passera un Bac professionnel. “J’ai fait ce choix après avoir travaillé comme agent des services hospitaliers dans une précédente formation, explique-t-elle. La liste des métiers auquel ce bac permet d’accéder est assez vaste. On peut travailler dans la propreté hospitalière ou urbaine, dans les laboratoires, administrations ou entreprises, en accédant à des postes à responsabilité.”

Et Estel de conclure : “Nous avons tous eu des parcours particuliers, sans aucune facilité. Cela nous a tous rendus plus forts, mais les institutions nous ont souvent fermé leurs portes […] Je n’ai eu que le Certa dans ma vie”.

Note : plus d’informations sur http://certa-asso.org/

* Vincent n’a pas bénéficié du sas de préapprentissage

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