Inauguration du square Général Pierre Robert de Saint‑Vincent : “Vénissieux se souvient”

Le jardin public Général Pierre Robert de Saint‑Vincent a été inauguré le 1er septembre, lors d’une cérémonie qui a également commémoré la déportation des juifs de France.

« Jamais je ne prêterai ma troupe pour une opération semblable ». Cette phrase a scellé le destin du général Pierre Robert de Saint-Vincent. Elle a également contribué à sauver des vies et l’honneur de la France. Le 29 août 1942, alors gouverneur de la région militaire de Lyon, Pierre Robert de Saint-Vincent avait refusé d’exécuter l’ordre du gouvernement de Vichy de fournir des unités de gendarmerie pour acheminer du camp de Vénissieux vers la gare de Perrache un convoi de 545 juifs étrangers, destinés à être transférés en zone occupée et livrés aux Nazis.

Son refus d’obéissance avait retardé et perturbé le départ du convoi et permit à plusieurs personnes de s’enfuir. Le surlendemain, il était limogé par le ministre de la Guerre de Pétain. Il était alors passé dans la clandestinité et avait poursuivi son action au sein de la Résistance. Il avait repris son activité en août 1944 à la Libération de Lyon, à la demande du général de Gaulle.

« Le nécessaire travail contre l’oubli »

Le 20 mars 2017, le conseil municipal a décidé à l’unanimité des suffrages exprimés (le groupe socialiste s’étant abstenu, voir ci-dessous), d’attribuer le nom du général Robert de Saint-Vincent à un nouveau jardin public de Vénissieux. Le square a été inauguré ce 1er septembre en présence de nombreux élus et de personnalités, parmi lesquelles le colonel Hubert Gomart, chef d’état-major du gouverneur militaire de Lyon, Richard Wertenschlag, Grand-rabbin de Lyon, l’historienne Valérie Perthuis-Portheret et des membres de la famille du général (décédé en 1954).

Michèle Picard, maire (PCF) de Vénissieux, s’est dit « fière que le nom du général Pierre Robert de Saint-Vincent s’inscrive dans la géographie, l’histoire et la mémoire de Vénissieux. Il rejoint ainsi les grandes figures de la Résistance que nos rues et équipements honorent et inscrivent dans notre présent : Lucie Aubrac, les frères Amadéo, Danielle Casanova, Pierre Brossolette, Max Barel, Max Dormoy, Ambroise Croizat, Jean Moulin, Charles de Gaulle, Irène Joliot-Curie, etc. Nos places, nos avenues, nos lieux collectifs se souviennent. »

« Quand on voit que la stèle des 44 enfants juifs d’Izieu a été vandalisée début août, un acte odieux que je qualifierais de profanation, le travail contre l’oubli s’avère plus que jamais nécessaire » a ajouté Michèle Picard.

Bataille pour la liberté

Prenant la parole, Louis Robert de Saint-Vincent, petit-fils du général, s’est adressé un moment aux quatre membres du conseil municipal d’enfants présents à la cérémonie : « Tous les enfants du camp furent sauvés par l’action de gens de croyances ou de convictions différentes, catholiques, protestants, juifs, communistes, réunis dans le refus de la haine raciste, n’en déplaise aux profanateurs, négateurs et porteurs actuels de cette haine. À vous de transmettre la mémoire de cette action. Merci à Vénissieux la rebelle, riche de ses combats pour la justice sociale, d’avoir consacré un espace public de détente et de rencontre entre générations à la mémoire d’un geste d’humanité ».

Et de citer les propos de l’écrivain espagnol Victor del Arbol qui s’exprimait après l’attentat de Barcelone : « C’est nous, les uns avec les autres, qui devrons apprendre à remporter la seule bataille que nous ne pouvons pas perdre : celle de notre liberté, celle de chaque homme et de chaque femme de bien dans ce monde ».

« Le choix du courage »

L’inauguration du square a été l’occasion de commémorer la déportation des juifs de France et de rappeler qu’à Vénissieux a eu lieu « l’action collective de sauvetage d’enfants juifs en France la plus exceptionnelle de la guerre », selon les mots de Serge Klarsfeld. Grâce à l’action de personnalités religieuses et laïques au sein même du camp de détention de Vénissieux, fin août 1942, Lyon et sa région préfectorale seront les seules en France à n’envoyer aucun enfant juif vers les camps de la mort. « 75 ans après, il est nécessaire et salutaire de se souvenir de ces hommes et de ces femmes qui, en faisant le choix du courage au lieu de la lâcheté, ont sauvé des vies et bâti nos libertés » a martelé Michèle Picard.

« Pas d’esprit de vengeance »

Prenant la parole à son tour, Jean Lévy, président régional de l’association des Fils et filles des déportés juifs de France, a rappelé que « s’il faut que les honneurs soient rendus aux héros, l’hommage de la Nation doit également s’adresser aux victimes ». En effet, si 471 juifs internés dans le camp furent sauvées (dont les 108 enfants), 545 adultes furent tout de même déportés. « Nous n’évoquons pas la mémoire de ces martyrs pour entretenir en nous la haine et l’esprit de vengeance mais pour manifester notre volonté de combattre toujours et partout les causes qui ont abouti à de tels crimes »
« Oui, c’est quand la France est forte, sûre des valeurs de liberté et de solidarité qu’elle défend, qu’elle peut être accueillante et fraternelle, a poursuivi Jean Lévy. Telle est la leçon des tragiques événements que nous commémorons aujourd’hui ».

 

Un nouveau square
Avec 1 400 m2 de surface aménagée, des jeux pour les enfants, des bancs, une aire de détente en pelouse et en stabilisé, une cinquantaine d’arbres (dont une vingtaine d’arbres anciens conservés), une haie composée de groseilliers, cassissiers, vignes et framboisiers… Le nouveau jardin public vient s’intégrer à l’îlot Romain-Rolland, un micro quartier à flanc de coteau près du centre-ville, qui comprendra quelques 340 logements (dont 22% de logements sociaux) d’ici fin 2018. Il permettra aux habitants, notamment aux plus jeunes, de profiter d’un espace nature et ludique, au nom hautement symbolique.

 

“Général Robert de Saint-Vincent”, un choix à l’unanimité, ou presque.
C’est lors du conseil municipal du 20 mars dernier que les élus vénissians ont décidé de donner le nom du général Robert de Saint-Vincent au nouveau square de l’ilot Romain-Roland, autour duquel se trouvent déjà des rues aux noms de résistants : Yves Farge, colonel Fabien, Lise London, Marcel Paul, général Malleret-Joinville…
Une décision prise lors d’un vote à l’unanimité… des suffrages exprimés, car le groupe Ensemble pour Vénissieux (Lotfi Ben Khelifa, Anne-Cécile Groleas, Pascal Dureau) s’était abstenu. Au nom de ce groupe, Anne-Cécile Groleas avait interpellé le maire sur le choix du général Robert de Saint-Vincent : « Comment cette idée vous est venue ? Pourquoi un militaire ? Quel rapport avec les autres noms de rues et places avoisinantes ? Quel sens a ce choix… Pourquoi pas square Romain-Rolland tout simplement ? Qui sait comment est pris cette décision ? Quelqu’un peut me le dire ? Personne ? Vous auriez très bien pu ouvrir le dictionnaire des noms propres au hasard et choisir le 17ème nom de la page gauche. Cela aurait eu au moins le mérite du comique et de la surprise. »
Le 1er septembre, Maurice Iacovella (UDI) était le seul conseiller municipal d’opposition présent.
Photos : © Raphaël Bert – Expressions

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