Disparition de Marc Porcu : des tilleuls verts sur la promenade

Marc Porcu lors d’une intervention au collège Éluard en 2012

Quiconque croisait Marc Porcu, poète et traducteur qui vient de disparaître à l’âge de 64 ans, savait que sa moustache fournie cachait un sourire. Car Marc était généreux et le témoignage d’un de ses anciens élèves, lors de ses funérailles ce 20 juin, était là pour le prouver. Ayant vu le jour en Tunisie d’un père sarde et d’une mère sicilienne, Marc Porcu est né sous le signe du partage. Habitant de Vénissieux avant de s’installer à Vaulx-en-Velin, proche de Thierry Renard et de son Espace Pandora, il fut instituteur et surtout poète.

Animateur pendant une vingtaine d’années de la revue « Les cahiers de poésie-rencontres », il publia chez ses amis de Pandora, aux éditions La Passe du vent, plusieurs livres (« En filigrane sur la nuit » en 2002, « Ils ont deux ciels entre leurs mains » en 2013) et participa à quelques ouvrages collectifs : « Jusqu’au printemps des mots » (2002), « Actes de naissance » (2003), « J’ai embrassé l’aube d’été » (2004), « Un printemps sans vie brûle » (2015), « J’ai cessé de me désirer ailleurs » (2016)…

Marc était aussi traducteur et c’est grâce à lui que l’on put découvrir Francesco Abate — dont il traduisit à La Fosse aux ours « Dernière journée de championnat », « Je demande pardon », « Le chroniqueur sans cœur » —, Sergio Atzeni (« La fable du juge bandit », « Le cinquième pas est l’adieu », « Le fils de Bakounine » à La Fosse aux ours, « Nous passions sur la terre, légers », chez Actes Sud) ou Giulio Angioni (« À la face du monde » à La Fosse aux ours), tous représentants de la Nouvelle vague littéraire sarde.

Les rescapés d' »À la face du monde » qui, pour fuir leur village sarde rasé par les Pisans au Moyen-Âge, se réfugient dans une ancienne léproserie pour bâtir « une société fondée sur l’entraide et le respect des différences » méritaient bien que ce soit Marc qui aide les Français à savourer leurs aventures. Tout Marc est dans ces mots, lui l’amoureux de Rimbaud, Pasolini, René Char, Léo Ferré et Chet Baker. Rimbaud qui savait que, 17 ans ou pas, on n’est jamais sérieux, surtout si l’on a des tilleuls verts sur la promenade. Toutes nos pensées à sa famille et ses amis.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *