Après trois ans de difficultés, Sillia dépose le bilan

Moins de trois ans après avoir repris l’activité de fabrication de panneaux photovoltaïques de Bosch, la société Sillia VL s’est déclarée en cessation de paiement. Attendue depuis plus d’un mois, l’annonce faite lors d’un comité central d’entreprise exclusivement consacré à cet événement, le jeudi 23 février au matin. L’après-midi même, le PDG de l’entreprise, Bruno Cassin, s’est rendu au tribunal de commerce de Lyon pour procéder au dépôt de bilan de la société.

Redressement ou liquidation. Le tribunal a programmé une audience le 1er mars pour désigner un administrateur judiciaire. Celui-ci décidera, soit d’ouvrir une procédure de redressement judiciaire, soit de prononcer une liquidation judiciaire. Un redressement judiciaire devra s’appuyer sur un projet de relance de l’entreprise, avec l’appui de nouveaux investisseurs ou de repreneurs. La liquidation, elle, mettrait fin à l’existence même de Sillia VL. Dans le premier cas, une grande partie des emplois serait supprimée, dans le second, la totalité des salariés seraient licenciés. Sillia emploie 130 salariés à Vénissieux (dont 128 anciens collaborateurs de Bosch) et 46 à Lannion (Côtes-d’Armor). Selon le journal La Tribune – Acteurs de l’économie, l’usine bretonne pourrait être reprise par Urbasolar, l’un des partenaires de Sillia. Quant au site de Vénissieux, un appel à repreneur pourrait être lancé à l’international.

Peu d’espoirs pour une reprise. Il n’est pas certain qu’une reprise par un industriel photovoltaïque soit aisée, tant le secteur souffre de la concurrence asiatique. Ni aisée, ni même souhaitée par une partie des salariés eux-mêmes. En effet, lors du transfert à Sillia de l’activité solaire de l’équipementier allemand Bosch, en 2014, une clause sociale a été signée, qui assure aux ex-salariés de l’équipementier allemand les mêmes indemnités que celles prévues en cas de « défaillance » de Sillia VL dans les trois ans suivant la reprise. Le terme de l’échéance est en juin prochain… Persuadés que l’activité ne repartira pas, confortés en cela par les nombreuses périodes de chômage partiels ces dernières années et par l’hécatombe d’entreprises similaires, certains salariés préféreraient être licenciés avant l’été, car les conditions offertes par la multinationale seraient plus « avantageuses » que celles d’une PME.

Climat d’angoisse. Mais cette échappatoire est loin d’être une panacée, comme le souligne Franck Fontimpe. Secrétaire (CGT) du CHSCT de Sillia à Vénissieux, il évoque « un climat d’angoisse » chez les salariés.  « Le départ en pré-retraite Bosch ne va concerner qu’une petite trentaine de personnes, explique l’élu. Pour les autres, la perspective, c’est Pôle Emploi. Avec une moyenne d’âge autour de 45 ans, ça va être très dur de retrouver du travail, et la retraite est encore loin. Ce ne sont pas les indemnités extra-légales que Bosch pourrait éventuellement consentir qui feront tenir jusque là ! » Le syndicaliste souhaite que Bosch « assume ses responsabilités. Lorsqu’il a cédé son activité solaire à Sillia, il savait que cette entreprise n’aurait pas les reins assez solides. A lui d’aider pour trouver un repreneur crédible ».

La faillite d’un système. Serge Truscello, conseiller municipal et responsable du PCF à Vénissieux, lui-même ancien de Bosch, partage cette analyse. « Lors de la reprise, en 2014, nous avions alerté sur la  fragilité de Sillia, sur la nécessité de sécuriser les salariés ». Selon lui, cette affaire montre aussi la faillite d’un système. « Les millions d’euros du CICE servent à fermer les entreprises, pas à investir, dénonce-t-il. Et puis, on nous rebat les oreilles avec l’énergie verte, la transition écologique, mais qu’est-ce qui est fait réellement ? Il n’y a aucune volonté politique pour développer une filière du photovoltaïque en France ou en Europe. Il serait temps que ça change ! »

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