La pollution en question(s)

Qualité de l’air – Depuis le 30 novembre 2016, l’agglomération lyonnaise a connu 29 épisodes de pollution de l’air, entraînant notamment des mesures de restriction de circulation. Qui en décide ? Sur quelles bases ? Les efforts à faire sont-ils équitablement répartis ?

1) Qui surveille l’air qu’on respire, et comment ?
Atmo Auvergne-Rhône-Alpes est l’observatoire agréé par l’État pour la surveillance et l’information sur la qualité de l’air dans la région. Son remarquable travail apporte aux préfets (de Région et des départements) des éléments d’aide à la décision. Il s’appuie sur des dispositifs croisés, qui permettent d’établir une cartographie avec une résolution de 10 mètres : 80 stations fixes installées en Auvergne-Rhône-Alpes, qui fonctionnent en permanence ; des capteurs mobiles installés lors de campagnes d’études ; un inventaire quotidien (déclarations d’émissions faites par des industriels, comptage des véhicules en circulation, calcul des consommations d’énergie…) ; une modélisation informatique de la dispersion des polluants par les vents, des précipitations.

2) Qui décide ?
C’est le préfet qui prend des mesures en fonction de l’intensité de la pollution. Pour l’agglomération lyonnaise, il y a “épisode de pollution” lorsqu’au moins 10 % de la population du bassin “Rhône Nord-Isère” est concernée par un dépassement de seuil (ou un risque de dépassement). Il peut alors décider de limiter la circulation. La Métropole a toutefois son mot à dire. Ainsi, lors de l’épisode de décembre, elle a refusé la gratuité des TCL alors que la préfecture y était favorable. Lors du suivant, la question n’a même pas été posée… De même, les restrictions de circulation ont été levées du 8 au 10 décembre, en pleine alerte aux particules fines. L’effet Fête des Lumières…

3) Quels sont les niveaux d’alerte ?
Un premier seuil “d’information” vise à protéger en priorité les personnes les plus sensibles à la pollution atmosphérique (patients souffrant d’une pathologie chronique, asthmatiques, insuffisants respiratoires ou cardiaques, personnes âgées, jeunes enfants…). Puis, au-delà d’un certain seuil, il existe trois niveaux “d’alerte”. Ils visent à protéger toute la population par des actions contraignantes de réduction des rejets de polluants, ciblant les différentes sources (trafic routier, industrie, secteurs agricole et domestique…).

4) Quels polluants sont surveillés ?
La réglementation européenne liste 13 polluants qui ne doivent pas dépasser une valeur limite dans l’atmosphère. Mais quatre sont particulièrement ciblés, car représentatifs de la pollution subie par l’ensemble de la population : le dioxyde de soufre, le dioxyde d’azote, l’ozone, les particules fines (PM10, de taille inférieure à 10 micromètres).

5) La station de mesure de Vénissieux en sursis ?
L’une des 15 stations fixes de mesure de qualité de l’air du Grand Lyon est située au 43, boulevard Laurent-Gérin, au centre-ville de Vénissieux. De type “périurbain à influence industrielle”, elle mesure des polluants industriels (benzopyrène, arsenic, cadmium, dioxyde de soufre, nickel, plomb). Elle a été installée en 2007 pour analyser l’air autour de l’usine Carbone Savoie. “En 2013, l’entreprise a installé un système de destruction des fumées très efficace, qui a énormément réduit ses émissions polluantes, explique Linda Maupetit, référente territoriale pour la zone Rhône Nord-Isère à Atmo Auvergne-Rhône-Alpes. Depuis, nous ne retrouvons les polluants mesurés qu’à l’état de traces. Il est donc question de supprimer cette station.”
Pourquoi ne pas la remplacer par une station de mesure des polluants liés au trafic routier ? Après tout, la commune est située entre le périphérique et la rocade Est, des axes appelés à se densifier avec la transformation de l’A6-A7 en boulevard urbain. De plus, les stations “à influence trafic” les plus proches sont, l’une le long du périphérique (entre Villeurbanne et Vaulx-en-Velin), et l’autre au bord de l’A7, à La Mulatière. Selon Atmo, “les données des stations du périphérique et de l’A7 donnent des analyses valables pour Vénissieux”. Il y a peut-être une autre raison. Atmo, comme nombre de structures dépendant de fonds publics, est confronté à des restrictions budgétaires. “Nous sommes dans une logique d’optimisation des moyens, qui entraînera la suppression de 10 % des stations dans les cinq prochaines années”, indique Linda Maupetit.

6) Pourquoi pas de restictions de circulation à Vénissieux ?
Le nuage de pollution ne s’est pas arrêté au périphérique mais le préfet applique cette mesure aux villes les plus densément peuplées : avec 4 082 habitants au km2, Vénissieux est loin de la densité de Lyon (10 583 habitants/km2) ou Villeurbanne (10 230 habitants/km2). Même si ce rapport population/surface est faussé par la présence des Grandes Terres et du parc de Parilly… Question pratique, aussi. Le périmètre Lyon-Villeurbanne est une “zone réaliste pour l’applicabilité de la mesure” explique-t-on en Préfecture : le réseau de transports en commun est dense et il est plus facile d’y contrôler le respect des restrictions de circulation.

7) Et le périphérique, la rocade ou le boulevard urbain sud ?
“Il faut bien que les gens puissent circuler. Et nous n’avons pas remarqué de concentration de polluants plus nette aux abords du périphérique pendant les mesures de circulation alternée”, explique la préfecture.

8) Quels contrôles ?
Lors du dernier pic de pollution, une dizaine de points de contrôle routier ont été mis en place à Lyon et Villeurbanne par les forces de l’ordre pour vérifier le respect de la circulation alternée. Durant les deux premiers jours, 222 personnes ont été contrôlées, et 38 ont été verbalisées. Des contrôles de vitesse ont sans doute aussi eu lieu sur la rocade, le périphérique et les grands axes, comme l’ont indiqué des panneaux lumineux. Mais aucun chiffre ne nous a été communiqué. On sait juste que, pour 90 km/h au lieu de 70, le tarif fixé par le code de la route est de 22 euros. Sans retrait de point ni double peine : en cas de dépassement de la vitesse habituelle, seuls les amendes et retraits de points “classiques” sont applicables.

9) Quel impact sur la santé ?
Selon l’Agence régionale de santé, la pollution de fond (quotidienne) a des conséquences à long terme bien plus importantes que celles des pics de pollution : cancers, pathologies cardiovasculaires et respiratoires, troubles neurologiques, troubles du développement. En Auvergne-Rhône-Alpes, 4 400 décès annuels (soit 7,4 % de la mortalité) sont dus à cette pollution. Toute réduction de la pollution entraîne un bénéfice sanitaire.

Par Alain Seveyrat et François Toulat-Brisson.

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