Vivement Brigitte Fontaine

bfontaine

Il parlait des anarchistes, Léo Ferré, quand il chantait : “Ils ont gueulé si fort qu’ils peuvent gueuler encore, ils ont le cœur devant et leurs rêves au mitan et puis l’âme toute rongée par des foutues idées.” Curieusement, ces mots pourraient tout aussi bien s’adresser à Brigitte Fontaine. La chanteuse éprise de liberté revient dans notre commune, au Théâtre de Vénissieux, le 7 octobre à 20 h 30. Ceux qui l’ont vue en 1997 sur la scène du festival Méditerranée, précurseur des Fêtes escales, n’auront pas oublié sa prestation. Qu’on se le dise, ce n’est pas une fable, la Fontaine déménage toujours autant et pour ce nouveau spectacle, “Ô Brigitte”, elle sera accompagnée par Loïc Lantoine et les Musiques à Ouïr.

Délaissant Mallarmé (“La chair est triste hélas et j’ai lu tous les livres”) et Dutronc (“J’ai tout lu, tout vu, tout bu”), Brigitte Fontaine ne s’est jamais désolée de se frotter à tous les genres, de la chanson française au jazz avec Art Blakey, des musiques orientales avec Areski Belkacem à la New Wave de Sonic Youth. Sa jeunesse sonique et littéraire, on peut l’apprécier ou la critiquer. Elle, ce qu’elle en dit, est intégralement dans les paroles de sa chanson “Prohibition”. Des paroles qu’on aime citer en référence, sorties de l’album éponyme que la chanteuse qualifie de “rebelle”, mais auxquelles on aurait tort de la cantonner. Car oui, Brigitte est rebelle mais oui aussi, elle peut être tendre, humoristique, émouvante, crue et cruelle, toujours poétique. Politique aussi, comme quand, dans “Comme à la radio”, elle annonce qu’“il fait froid dans le monde, ça commence à se savoir”.

Bon, je ne vais pas vous faire languir plus longtemps. “Prohibition” commence ainsi : “J’exhibai ma carte senior/Sous les yeux goguenards des porcs/Qui partirent d’un rire obscène/Vers ma silhouette de sirène/Je suis vieille et je vous encule/Avec mon look de libellule/Je suis vieille et je vais crever/Un petit détail oublié…” Une chanson qui finit comme un hymne à la vie : “Je suis vieille sans foi ni loi/Si je meurs ça sera de joie.” Brigitte Fontaine est devenue une légende, aussi dorée que celle de Jacques de Voragine. Une sorte de mythe vivant, dont on attend des extravagances, et qui nous rassure. C’est toujours dans “Prohibition” : “Les vieux sont jetés aux orties/À l’asile aux châteaux d’oubli Voici ce qui m’attend demain/Si jamais je perds mon chemin/J’ai d’autres projets vous voyez/Je vais baiser boire et fumer/Je vais m’inventer d’autres cieux/Toujours plus vastes et précieux.” Vivement le 7 octobre !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *