Le p’tit déj, ça s'apprend

Parce qu’il permet de faire le plein d’énergie et de partir d’un bon pied, le petit-déjeuner est le repas le plus important de la journée. Aussi, pas question de le sauter ou d’avaler vite fait une simple tasse de chocolat. C’est ce qu’ont appris les élèves de 6e du collège Jules-Michelet. Dans le cadre d’un travail sur la nutrition, toutes les classes ont expérimenté chacune à leur tour les bienfaits d’une vraie pause matinale.

Manger le matin éloigne le médecin ! L’adage est désormais bien connu des collégiens de Jules-Michelet. Pour preuve : l’action menée dans l’établissement le jeudi 16 janvier. A l’initiative de Delphine Kabir, infirmière scolaire, et de plusieurs enseignants, les enfants d’une classe de 6e ont débuté leur journée par un vrai petit-déjeuner.
“Dans le cadre du CESC —comité d’éducation à la santé et à la citoyenneté—, nous avons lancé depuis plusieurs années une action nutrition, explique Delphine Kabir. J’interviens dans toutes les classes de 6e pour en parler avec les élèves. D’abord sous forme de jeux et questionnaires. Le collège leur offre ensuite un petit-déjeuner équilibré.”
Ce travail d’éducation se fait en équipe : “Des enseignants se sont joints à notre action : avec le professeur d’arts plastiques, les élèves vont réaliser une pyramide des aliments, avec celui de SVT, ils travaillent sur le sommeil. Nous espérons ainsi faire prendre conscience aux jeunes des rythmes de vie. Notre seul objectif : leur réussite scolaire. Si on arrive au collège en ayant bien dormi et en ayant pris un bon petit-déjeuner, alors on est en bonne condition pour réussir.”
Au menu du petit-déjeuner ce matin-là : du pain de toutes sortes (blanc, aux noix, aux céréales, noir…) accompagné de beurre, de confiture, de mandarines et de lait. Fathia, Alaa, Nora, Fenda, Zineb, Kenza, Yasmine, Esteban, Mickael, Anis…  ont pris place autour des tables. L’infirmière s’attarde auprès de chaque groupe, accompagnée d’enseignants et de Mme Guinand, la principale adjointe. Interrogés, les enfants assurent prendre leur petit-déjeuner régulièrement. “En primaire, indique Fathia, nous avons été déjà bien informés. Les infirmières scolaires venaient avec des personnes de l’Ecole des papilles. On nous a parlé de l’importance de ce premier repas. À force, on a pris l’habitude. Et à la maison on continue.”
Ces actions portent sans aucun doute leurs fruits. Jean Reboul, qui est, lui, infirmier au collège Aragon, insiste : “À la rentrée, j’organise un dépistage d’obésité approfondi de tous les élèves de 6e. Il y a dix ans, l’indice de masse corporelle des adolescents était beaucoup plus élevé qu’aujourd’hui, où peu d’enfants dépistés ont un IMC supérieure à trente. On a l’impression que le message des « Cinq fruits et légumes par jour » a été entendu et que le travail mené en primaire auprès des écoliers et avec leurs parents est efficace.”
Mais au lycée, tout change. Aux portes du lycée Jacques-Brel, les adolescents(e)s reconnaissent tous que le petit-déjeuner n’est pas une priorité pour eux. Samia : “Le matin, je n’ai jamais faim. Et je me lève le plus tard possible. En vacances, c’est très différent. Je me lève tard, vers 10 ou 11 heures et je prends le temps de faire un bon petit-déjeuner. »
A ses côtés, Fathia se dit « trop stressée » pour manger le matin. « Je ne peux rien avaler… Mais à 10 heures, je ne suis jamais bien, alors je mange n’importe quoi : des gâteaux, des bonbons. »
Chantal Fonterme, l’infirmière de l’établissement, dit avoir l’impression que les jeunes mangent tout le temps. “Ils affirment qu’ils n’ont pas faim et pourtant, quand on les croise dans les couloirs, ils sont toujours en train de grignoter. Très souvent des sucreries…. Et le matin, le petit-déjeuner est souvent sacrifié.”
Il n’est pourtant pas un repas comme les autres. C’est lui qui, en rompant le jeûne nocturne, réhydrate l’organisme et reconstitue les réserves en sucre indispensables au bon fonctionnement des muscles et du cerveau. Il couvre aussi une grande part de nos besoins physiologiques en calcium, vitamines et oligoéléments. On sait que, chez les adolescents, la prise d’un petit-déjeuner est associée à un indice de masse corporelle plus faible et à un moindre risque de surpoids et d’obésité.
Un petit-déjeuner équilibré joue aussi favorablement sur les performances intellectuelles et cognitives. C’est vrai pour les adultes, mais surtout pour les enfants et les adolescents, dont on connaît les faiblesses par hypoglycémie en classe en fin de matinée et la tendance fâcheuse au grignotage, faute justement de petit-déjeuner. Ce premier repas de la journée est donc essentiel. Il devrait assurer 15 à 20 % des besoins énergé­tiques de l’adulte, 20 à 25 % de ceux de l’enfant et de l’adolescent. Or, selon une enquête de l’Institut national du cancer, 21 % des enfants, la moitié des adolescents et 15 % des adultes restent à jeun le matin. Parmi les enfants et les adolescents qui prennent un petit-déjeuner, 15,5 % seulement auraient un apport équilibré.
On aura compris que le petit-déjeuner doit devenir une habitude, une règle d’hygiène de vie. Comme devrait l’être la pratique d’un sport.

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