Kazushi ‪Ō‬no : les surprises du chef

Toute la journée du 19 décembre, des classes du collège Elsa-Triolet et de l’école Anatole-France ont fait connaissance avec Kazushi ‪Ō‬no, chef d’orchestre de l’Opéra de Lyon que la presse spécialisée n’hésite pas à qualifier de « phénomène » ou d' »un des plus fascinants esprits de notre ère ». On dit aussi que le maestro japonais, formé à la meilleure école, est capable de diriger ses partitions de mémoire.
Accompagné de seize musiciens de l’Orchestre et deux danseurs, il a présenté aux enfants un programme d’extraits de « Ma mère l’oye » de Ravel et « Petrouchka » de Stravinsky, en avant-première de la tournée qu’il va faire au Japon avec l’orchestre de l’Opéra de Lyon en juin et juillet prochains. Là-bas aussi, Kazushi ‪Ō‬no et ses musiciens interviendront dans des classes.
Le plus enthousiasmant dans cette aventure est de voir comment le grand chef sait communiquer avec ses jeunes auditeurs. Avant de se mettre au piano avec une musicienne pour quelques morceaux de Ravel à quatre mains, il leur explique ce qu’ils vont entendre. Tirées des contes de Perrault, les mélodies de « Ma mère l’oye » évoquent le petit Poucet ou la Belle et la Bête. Aussitôt, Kazushi ‪Ō‬no quitte son clavier, mime Poucet à la recherche de ses bouts de pain avalés dans la forêt par les oiseaux, grimace pour que les enfants comprennent qu’il s’agit de la Bête. Les rires fusent et l’auditoire est on ne peut plus attentif.
Au passage, il pose des questions. « Qui a mangé le pain ? » et une forêt de petits doigts se lève. Il joue, dans les deux sens du terme. Plaquant des accords de sa main droite, il gratte la tête de la pianiste avec la gauche. Puis explique aux enfants comment on peut créer une mélodie orientale à partir des touches noires du piano, passe par un petite musique mozartienne, revient à sa démonstration. Pour « La Belle et la Bête », puisque les deux personnages dansent ensemble, il prend sa partenaire par la main et l’entraîne dans une valse.
Pour Stravinsky, l’orchestre vient le rejoindre. L’air du magicien est joué par le flûtiste qui s’avance parmi les enfants, précédé par le chef d’orchestre. On fait ensuite connaissance avec Petrouchka et le magicien, qu’incarnent deux danseurs. Les deux entament une série de gestes que les enfants vont répéter à l’unisson. Puis Kazushi ‪Ō‬no explique comment fonctionne la percussion et comment, dans « Petrouchka » de Stravinsky, elle accompagne les changements de décors. Commençant par faire résonner ses tambours et ses cymbales, le percussionniste traverse toute la pièce en tapant ses baguettes sur les chaises, le sol, jusque sur les cuisses des enfants, ravis de participer ainsi au spectacle.
Participer est bien le mot. Lorsque Kazushi pose une question sur un instrument, les deux premiers à avoir levé le doigt et répondu ont le droit de venir prendre la baguette du chef et de diriger un temps l’orchestre, l’essai se soldant par la poignée de main du premier violon.
Après tous ces jeux, l’orchestre peut attaquer « Petrouchka ». On est alors étonné de reconnaître quelques notes d’une vieille chanson, « Elle avait une jambe de bois ». Renseignements pris sur wikipedia, la chanson immortalisée par Dranem en 1908 (paroles de Plébus et Maubon, musique d’Émile Spencer) a bien été reprise deux ans plus tard par Stravinsky, qui la cite et la parodie parce qu’à l’époque, elle symbolisait sans doute un air populaire.
Lorsqu’ils quittent la salle du collège Triolet, où s’est déroulé le spectacle, les enfants montrent leur contentement. Quelques élèves de CM1 d’Anatole-France demandent même comment faire pour apprendre la pratique d’un instrument. Le pari — mais c’était une évidence — est gagné.

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