Logement social : la Sacoviv met cartes sur table

Aurait-il fallu que le conseil d’administration prenne les devants ? Qu’il réponde publiquement au rapport de la Miilos concernant la Société anonyme de construction de la Ville de Vénissieux, sans attendre que d’autres s’emparent du dossier pour en faire un enjeu politique ?
Au conseil municipal du 25 mars, l’élu d’opposition Christophe Girard profitait du débat sur le budget primitif de Vénissieux pour faire état de ce rapport. Clos fin 2011, il liste dix-sept points que la Miilos juge litigieux dans la gestion de la Sacoviv entre 2006 et 2009. M. Girard, qui sera probablement à nouveau investi par l’UMP pour les prochaines élections municipales, concluait avec cette adresse aux Vénissians : “Stop ou encore en 2014 ?”
Le 11 avril Évelyne Ebersviller, qui préside la Sacoviv, tenait une conférence de presse pour faire connaître l’analyse du conseil d’administration réuni la veille en séance extraordinaire : “Même si la Miilos a transmis aux services de l’État un rapport définitif, nous considérons que nous sommes toujours dans une étape intermédiaire. Pour preuve, nous avons encore été reçus par la direction départementale des Territoires le 18 février dernier. Nous avons fait le point sur les suites que nous avons données aux observations de la Mission et sommes en attente de ses conclusions.” A l’unanimité, le conseil d’administration avait d’ailleurs mandaté la présidente en 2012 pour exiger des correctifs à ce rapport jugé “à charge”. “Nous avons demandé qu’il soit dit que notre bonne foi et notre honnêteté ne sont en rien mises en cause.”
Parmi les observations de la Miilos, arrêtons-nous sur la question du personnel : il serait trop nombreux (42 salariés en 2010, 39 aujourd’hui mais encore au-dessus de la moyenne des SEM de même taille), trop bien payé et trop sujet à l’absentéisme. “Le CA a décidé de maintenir un gardien pour cent habitants, rétorque Évelyne Ebersviller. Et on n’ira pas en deçà.” Concernant l’absentéisme, c’est le directeur de la Saco qui module : “La Miilos relève un taux de 14 % chez les cadres. Or, l’un d’eux a été en longue maladie pendant sept mois. Si on refait le calcul sans ce salarié, on tombe à 0,5 %.”
Autre sujet contesté par la Miilos : la présence de locataires assujettis au supplément de loyer de solidarité. “Cela concerne 56 foyers, sur près de 1 700 logements ! Ce sont des retraités, dans les lieux depuis 20 ou 30 ans. Et on devrait les obliger à partir parce que leurs ressources dépassent désormais le plafond du logement social ?”
Une observation a particulièrement choqué les administrateurs : on leur reproche d’avoir publié des appels d’offre dans un journal habilité pour les annonces légales (“Les petites affiches lyonnaises”) au lieu de lancer des appels d’offre européens. “La Miilos oublie que la Sacoviv n’est pas un OPAC mais une SEM, société d’économie mixte, s’insurge Henri Thivillier, adjoint au maire et administrateur. À ce titre, elle n’est pas soumise au Code des marchés publics.”
Depuis plusieurs années, la Miilos incite les organismes HLM les plus petits (gérant autour de 1 500 logements) à se restructurer. Elle trace pour cela plusieurs pistes : leur dissolution, leur regroupement ou la vente de 10 % de leur patrimoine, comme les y engage la loi Boutin de 2009 sur le logement. Voudrait-elle in fine conduire aussi la Sacoviv sur ce chemin ?
“Il y a le dogme, qui pousse aux regroupements à tout va, et il y a les réalités, note Henri Thivillier. Et la réalité, c’est que la Sacoviv marche sur ses deux pieds, qu’elle a une gestion saine, des fonds propres qui lui permettent de construire et trente actionnaires qui la suivent. Pour preuve, le capital est passé de 1,5 million de francs en 1990 à 2,5 millions d’euros aujourd’hui. On est dans une vraie dynamique. Sans oublier qu’en 2011, mille demandes de logement avaient été déposées auprès de la Saco.”
“Nous avons répondu à chacune des observations de la Miilos, souligne encore Évelyne Ebersviller. Nous avons mis en œuvre des améliorations, par exemple sur le prix des loyers à la relocation ou sur le personnel. Mais il est hors de question de lui laisser faire la politique de la SEM de Vénissieux à la place du conseil d’administration. La Sacoviv n’a l’intention ni de mettre la clé sous la porte ni de se vendre. On se bat contre vents et marées sans financement de l’État pour faire du logement social et on va continuer à mener une politique sociale pour les locataires comme pour les salariés. Il faut que les Vénissians le sachent.”

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