Citoyens à part entière

Ils s’appellent Romela, Lakkdar, Djelika, Siriman, Assil, Evodie, Josué, Thérésia, Patric, Cristofer, Dawson, Christvie, Gneifa, Sharika, Patricia, Francesca, Denis, Brikenda, Blerenda, Regjep, Marvyn, Morgan, Logan, Salah. Tous enfants de parents sans-papiers, âgés de 3 à 15 ans, ils ont été placés sous le parrainage d’un élu et d’un membre de la société civile, samedi à l’hôtel de ville de Vénissieux.
“Nous sommes heureux de vous accueillir dans la maison commune, assurait d’emblée Lotfi Ben Khelifa, adjoint au maire en charge de l’État civil. Ce parrainage est un acte symbolique fort.  »
S’adressant aux enfants, il insistait : “Vous êtes nés en France ou venus en France : vous êtes là comme nous. Vous allez à l’école, vous jouez, vous apprenez, vous découvrez. Mais vos parents sont en situation irrégulière (…). Chaque jour plane la menace de l’expulsion, de la séparation, du retour dans un pays où vos familles ne sont pas en sécurité. Ici, à Vénissieux, nous refusons que votre vie à peine commencée soit détruite par des mesures injustes.”
L’élu socialiste évoquait aussi la circulaire récemment présentée par Manuel Valls sur les conditions de régularisation : « Cette circulaire tant attendue peut nous sembler insuffisante, mais c’est un pas de plus pour sortir de l’arbitraire. » Florence Rabatel et Pascale Delorme, membres du Réseau Education sans frontières, partenaire de ce parrainage, émettaient davantage de réserves, regrettant notamment que « l’accumulation de critères nécessaires pour la régularisation (au moins 5 ans en France et 3 ans de scolarisation) la rende très restrictive ». « Nous ne pouvons pas préjuger de son application mais comme l’annonçait le ministre de l’Intérieur, il n’y aura pas de régularisation massive. C’est pourquoi nous continuerons à nous opposer aux expulsions et à demander la régularisation des jeunes et des parents. Nous le ferons avec l’aide de citoyens qui n’acceptent pas l’intolérable, pas plus d’un gouvernement de droite que d’un gouvernement de gauche. « 
Avant de remettre à chaque enfant son certificat de parrainage civil et quelques cadeaux, Michèle Picard rappelait : « Ces expulsions aléatoires, ces retours au pays qui peuvent être dramatiques pour des hommes et des femmes en quête d’asile politique, ne sont pas justifiables. Heureusement qu’il y a la Cimade, heureusement qu’il y a le Réseau Éducation sans Frontières pour nous rappeler au quotidien que notre pays ne respecte pas les droits de l’homme. (…). La Convention européenne des droits de l’homme n’a-t-elle pas condamné la France en janvier dernier jugeant l’enfermement des enfants inadapté et traumatisant ? Il faut que ces pratiques d’un autre temps cessent, il faut remettre de l’humanité, de la dignité et de la justice à l’égard des sans papiers”.
« Mais en matière de régularisation, assurait le maire, il s’agit d’être ni naïf ni angélique, ni de l’accorder à toute personne en situation irrégulière. On passe de l’absurde et de l’ignoble des quotas et des chiffres, si chers à Nicolas Sarkozy ,au principe du cas par cas. Cette démarche me paraît raisonnable dans la mesure où tous les acteurs sociaux, de l’éducation, de l’insertion et de la justice sont impliqués, écoutés et pris en compte”. Et de conclure : « Par cette cérémonie, c’est notre République qui vous ouvre ses bras avec des droits et des devoirs, avec l’assurance de notre protection pour garantir votre éducation, votre émancipation, votre cheminement. »

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