

Au fil de ses poésies, romans, essais, contes, le Vénissian Mahamoud M’Saidie n’en finit pas d’explorer et de questionner sa terre natale des Comores. Son nouveau roman, J’ai épousé un Blanc, se situe au moment de l’indépendance de l’archipel (Grande Comore, Anjouan et Mohéli), seule Mayotte demeurant française.
Maliza a été élevée auprès de colons blancs, à qui ses parents ont confié sa scolarité. Ce qui a valu à ces derniers des critiques dans leur village. La jeune Comorienne tombe amoureuse de Frédéric et les deux jeunes gens décident de se marier, soutenus par certains membres de leurs communautés respectives mais désapprouvés par la majorité. Car Frédéric est blanc et, autant d’un côté que de l’autre, ce mariage est mal vu.
La force du roman est de montrer que rien n’est simple quand il s’agit de culture et de couleur de peau et les propos racistes fusent de part et d’autre. L’amour est le plus fort et Mahamoud M’Saidie ne s’arrête pas à cette constatation. Il poursuit son récit, amène des rebondissements et brosse le beau portrait de deux amoureux convaincus de leur juste droit.
« J’ai situé mon roman en 1974-75, explique-t-il, à une époque où les mariages mixtes étaient tabous. Les Blancs n’étaient pas musulmans et les Comoriennes qui sortaient avec eux étaient considérées comme des prostituées. En revanche, de vraies prostituées allaient dans les discothèques uniquement fréquentées par les colons et les légionnaires. »
La présence des chiens
L’auteur décrit également la vie quotidienne dans l’île, les traditions, les a priori, les difficultés et met en scène une belle galerie de personnages, les uns refusant et les autres acceptant la mixité. On apprend ainsi que les musulmans refusent de posséder des chiens. « Ils n’en voulaient pas, reprend Mahamoud M’Saidie. Dans mon village, qui était à une dizaine de minutes à pied de la capitale, Moroni, vivaient de nombreux colons. Mes parents ont grandi en les voyant. Je me souviens qu’on entendait les aboiements de leurs chiens. Cela m’a marqué. Les colons avaient peur parce qu’ils se retrouvaient au milieu d’autochtones et leurs chiens étaient dressés contre d’éventuelles attaques. La conversion à l’Islam, dont il est question dans le livre, était l’arme absolue. La différence entre les deux communautés n’était pas une question de couleur de peau mais de religion et de culture. »
La particularité de J’ai épousé un Blanc est de confier chaque chapitre à un personnage différent, qui donne son point de vue, et de confronter ensuite les divergences d’opinions et les rapprochements. Au centre de J’ai épousé un Blanc, on trouve un seul sentiment, grand et fort : l’amour. Celui entre deux êtres mais également celui d’un pays et de ceux qui l’habitent, quelles que soient leur couleur de peau et leur religion.
Un mot sur le titre : il fait penser bien sûr au J’ai épousé un communiste de Philip Roth. Et donne une idée du sentiment de reproche que la protagoniste peut ressentir de la part de sa propre communauté mais aussi de celle de son époux.
« J’ai épousé un Blanc » de Mahamoud M’Saidie, Anibwé éditions, 16 euros.




































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