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Les locataires HLM face à la flambée des charges

Les charges locatives dans le logement social atteignent depuis quelques mois des niveaux records. Une situation insoutenable pour de nombreux foyers.

Photo Emmanuel Foudrot

Liée pour partie à la guerre en Ukraine, la crise énergétique de 2022 a fait exploser les prix du gaz et de l’électricité. Dans le logement social, cette flambée se répercute aujourd’hui sur les charges locatives, et rend le logement abordable… beaucoup moins abordable.

Une étude menée par la Confédération syndicale des familles (CSF) et la Fondation pour le logement, présentée en septembre 2025, dresse un constat alarmant pour les résidents de l’agglomération lyonnaise. Sur un panel de 50 résidences HLM (5 765 locataires, 11 communes), les charges totales ont grimpé de 35,1 % entre 2019 et 2023, passant de 96,64 euros à 130,57 euros par mois et par locataire.

Photo Emmanuel Foudrot

Le poste chauffage, dopé par la crise, a bondi de 72,4 % (de 43,50 euros à 75,01 euros mensuels), représentant jusqu’à 67 % des charges dans certaines résidences. Au total, l’augmentation moyenne s’élève à 383 euros par logement sur cinq ans. Et ce, alors que la question de la réhabilitation du parc social reste d’actualité : un logement sur cinq est classé E ou F au DPE.

Il va sans dire que le 85e Congrès HLM, qui s’est déroulé en septembre, a été animé. L’Union sociale pour l’habitat (USH) y a lancé une Alliance pour les énergies renouvelables, face à un taux de pauvreté atteignant 36 % dans le parc HLM. Lors des échanges, la « double peine » a été soulignée : d’une part, des loyers en hausse de 10,61 % de fin 2022 à 2025 ; de l’autre, des charges « exorbitantes » qui ont contraint certains locataires, jusqu’ici inconnus des services pré-contentieux, à échelonner leurs paiements, voire à solliciter des aides.

Des aides existent mais sont peu sollicitées

Car des aides existent, nombreuses (voir par ailleurs). À commencer par le Fonds de solidarité logement de la Métropole de Lyon. Depuis 2021, le FSL — qui peut venir en complément des aides locales, comme celle que propose la Ville de Vénissieux via le CCAS — a connu une augmentation de son budget de plus de 32 %, pour atteindre 6,2 millions d’euros. La contribution des bailleurs sociaux est passée de 3 à 5 euros par logement sur cette même période, soit environ 350 000 euros supplémentaires. Une revalorisation de plus de 6 % du plafond de quotient familial a par ailleurs été actée cette année. Tout comme la possibilité de solliciter une nouvelle aide sans attendre deux ans, dans la limite de 3 000 euros.

Photo Emmanuel Foudrot

Sauf que de nombreux bénéficiaires potentiels ne connaissent pas les aides auxquelles ils ont droit. Seulement 53 % du FSL a par exemple été consommé en 2023. Pourtant, 96 % de ce fonds bénéficie aux ménages du parc public. Même chose pour le Fonds d’urgence impayés que mettent en place certains organismes d’habitat social. Ces aides internes n’ont pas été épuisées.

Le logement social ne sécurise plus

Pour soulager davantage les locataires en difficulté, la CSF propose des mesures concrètes : rétablir un tarif social de l’énergie, ouvrir le Fonds de solidarité logement (FSL) aux chauffages collectifs, interdire les prélèvements automatiques sans accord ou encore lister les aides disponibles. « L’absence d’encadrement du coût des charges rend cette situation possible, déplore Tennessee Garcia, coordinateur de CSF dans la Métropole. Parfois, les provisions dépassent le coût du loyer. »

Résultat : la protection qu’est censé garantir le logement aidé risque de voler en éclats. « Historiquement, la première fonction du logement social est de sécuriser les locataires aux bas revenus. Or, l’augmentation incontrôlée des charges d’énergie fait peser un risque d’endettement », regrette Vanessa Brossard, directrice régionale de la Fondation pour le logement.

Que faire en cas de difficultés ?

Plusieurs solutions, mises en place par la Métropole de Lyon et la Ville de Vénissieux, existent si vous n’arrivez plus à payer vos factures d’énergie.

– Le Fonds de Solidarité Logement (FSL)

C’est l’aide la plus simple à mobiliser en cas de factures impayées ou de régularisation de charges trop élevée. Le FSL peut financer une partie de la dette, mettre en place un plan d’apurement ou intervenir en urgence. La demande se fait directement dans une Maison de la Métropole ou sur Toodego.

– Le chèque énergie

Attribué selon les revenus, il peut être utilisé pour payer électricité, gaz, chauffage collectif ou charges intégrant l’énergie (un cas fréquent dans le parc HLM). Vous ne l’avez pas reçu et vous pensez y avoir droit ? Sachez qu’il est possible de vérifier votre éligibilité sur le site chequeenergie.gouv.fr.

– Visit’Énergie

Ce service gratuit permet qu’un conseiller vienne chez vous analyser vos consommations, repérer ce qui coûte trop cher et proposer des solutions concrètes : réglages, petits équipements, gestes simples. Objectif : éviter que les dettes ne se recréent. Pour en bénéficier, il faut être sous le plafond de ressources « très modestes » selon les critères de l’Agence nationale de l’habitat (Anah).

– L’accompagnement des bailleurs sociaux

Contacter son bailleur peut permettre d’obtenir un étalement ou une réévaluation des charges. En cas de blocage, il est aussi possible de faire appel à un médiateur, par exemple en contactant l’association Pimms Médiation Lyon Métropole.

– L’accompagnement social du CCAS

Si les difficultés à payer vos factures s’inscrivent dans un contexte plus large (baisse de revenus, dépenses imprévues, santé…), un travailleur social peut mettre en place un suivi global et orienter vers d’autres aides. Pour cela, contacter le CCAS de la Ville de Vénissieux (04 72 21 44 44).

– Soli’Al

Depuis la fin de la distribution de l’Aide Energie le 31 mars 2025, Soli’Al, association du groupe Action Logement, mobilise une nouvelle formule : l’Aide sur Quittance. Cette subvention est délivrée aux locataires dont le bailleur a signé la convention « Prévention des impayés locatifs ». Pour pouvoir en bénéficier, le ménage doit avoir un reste à vivre égal ou inférieur à 15 euros par jour et par personne. Ses charges de logement doivent également être supérieures à 40 % des revenus disponibles. La durée préconisée est de 3 mois, renouvelable une fois.

Questions à Céline Reynaud (ABC HLM)

« L’endettement des ménages a augmenté »

La présidente d’ABC HLM, association qui regroupe les organismes d’habitat social dans le département, partage le constat général et déplore les effets de la crise énergétique sur les locataires.

Comment les charges locatives évoluent-elles depuis 2022 ?

CR : Depuis 2022, les charges augmentent continuellement et de façon constante à cause de l’explosion du prix de l’énergie. Aujourd’hui, ça n’augmente plus. Mais comme tout dépend de la situation géopolitique, il est toujours difficile d’anticiper.

Comment les bailleurs gèrent-ils la situation ?

– Les bailleurs sociaux ne peuvent pas souscrire aux tarifs réglementés. Nous achetons le gaz et l’électricité en suivant des stratégies propres à chacun, à plus ou moins long terme et en quantités variables. Nous subissons donc les fluctuations du marché. Chaque euro d’énergie payé est répercuté sur le locataire. Les bailleurs qui ont dû renégocier leurs contrats de fourniture d’énergie au moment de la crise ont particulièrement été touchés.

Les locataires se retrouvent donc en difficulté. Est-il possible de quantifier ce phénomène ?

– Nous n’avons pas de données consolidées à l’échelle de la Métropole. Ce qu’on constate, c’est la fragilité des ménages, même si la situation est en train de se stabiliser. Dès 2023, le nombre de ménages endettés a augmenté. Cet endettement concerne des gens qui n’avaient pas l’habitude d’avoir du retard. On enregistre de petites dettes sur un nombre important de ménages.

Pourquoi les bailleurs sociaux n’ont-ils pas anticipé la crise en augmentant les appels de charges ?

– Parce qu’ils n’ont pas pu le faire. Personne n’a anticipé l’invasion de l’Ukraine. Ensuite, il n’est possible de faire une régularisation qu’après avoir clôturé les comptes. L’objectif reste de le faire à N+1. Mais certains, pour des raisons de restructuration ou de changement d’outil, ont produit des régularisations avec du retard.

Comment guider les locataires en difficulté ?

– Les locataires doivent être informés de la situation et pouvoir prendre attache avec la personne chargée de leur dossier. Un plan d’apurement est construit pour le ménage. L’organisme doit prendre en compte ses ressources pour ne pas le mettre davantage en difficulté. Pour une régularisation de 1 500 euros, sortir 150 euros par mois sur 10 mois est déjà moins compliqué. En parallèle, certains bailleurs disposent d’un fonds d’urgence. Et nous avons aussi la chance d’avoir les associations de locataires qui sont de véritables relais.

Le Fonds de solidarité logement (FSL) de la Métropole est-il adapté à la situation ?

– Le dispositif est en cours de révision, notamment pour les modalités de saisine et de traitement. Les fournisseurs d’énergie contribuent financièrement au FSL. Nous abondons nous aussi. Notre part est en hausse.

Ressentez-vous les conséquences des retards et des impayés ?

Les impayés ont un impact sur la trésorerie et nous obligent à consacrer des moyens importants pour accompagner nos locataires. Cela pose un problème d’équilibre.

La réhabilitation thermique du parc social résoudrait bien des problèmes…

Les objectifs nationaux sont particulièrement ambitieux. Entre 2020 et 2024, 1,3 milliard d’euros a été consacré à la réhabilitation du parc social. Cela représente 3 000 logements par an dans la Métropole. Cet engagement bénéficie aux locataires. C’est le meilleur moyen de diminuer la consommation, et donc les charges. Malheureusement, nous sommes dans une période où le financement du logement social est contraint. La baisse des financements publics est structurelle depuis des années.

Ils témoignent

Photo Emmanuel Foudrot

Philippe (quartier Viviani) : « Incroyable d’en arriver là »

« Mon rappel de charges concerne l’année 2023. J’ai eu l’impression de recevoir une facture de garagiste. 500 euros de rappel alors que j’avais déjà payé des provisions ? C’est incompréhensible, d’autant que je n’ai pas logé chez moi cette année-là. Moi, encore, je vis seul dans un petit appartement.

Mais pour certaines familles des T4 et T5, la régul’ peut grimper jusqu’à 3 000 euros. Parfois, le rappel varie du simple au double entre deux ménages à la composition familiale identique. On n’y comprend rien. Notre bailleur avait communiqué au préalable, nous conseillant de nous rapprocher d’organismes sociaux ou des pouvoirs publics.

C’est incroyable d’en arriver là. On subit une crise énergétique alors qu’en France, on est censé avoir tous les outils pour être indépendants. »

Jeanne (quartier Centre) : « Chaque euro compte »

« Je suis en HLM et j’ai une petite retraite. Je pensais être protégée par mon bailleur des hausses des énergies, mais quand j’ai reçu ma facture qui portait sur mes consommations de 2023, je suis tombée de ma chaise. On me demandait près de 1 000 euros ! Je n’en avais pas les moyens, évidemment.

Je bénéficie du chèque énergie pour réduire un peu le montant dû, et ma fille m’a aidée dans les démarches : nous avons contacté mon bailleur, qui a accepté un étalement sur 10 mois. Je suis inquiète parce que dans mon quotidien, chaque euro compte, alors ça ne va pas être facile d’acheter à manger… Mais ma priorité, c’est de payer mon loyer. À mon âge, je ne veux pas me retrouver à la rue. »

Abdelatif (quartier Darnaise) : « Toute mon épargne est partie dans ma facture »

« Les charges avaient déjà augmenté avec la crise énergétique : on nous avait prévenus que le chauffage collectif coûterait plus cher, et qu’il faudrait anticiper. Malgré ça, j’ai reçu une régularisation de plus de 700 euros. J’ai vraiment cru que c’était une erreur.

Mon immeuble est une passoire énergétique, tout le monde le sait. L’hiver, on chauffe pour rien : l’air passe autour des fenêtres, les radiateurs tournent à fond et malgré ça, il fait froid dans les chambres. Mais ça, le bailleur, il s’en moque : à la fin, c’est le locataire qui paie.

J’avais un peu d’épargne, tout est parti dans cette facture. En cas de coup dur, je n’ai plus rien. Mais ce qui m’inquiète, c’est la suite. Si rien n’est rénové dans l’immeuble, on aura les mêmes problèmes à la prochaine crise. »

Questions à Pierre-Alain Millet, adjoint délégué au logement

« Une régularisation de 1 000 ou 1 500 euros, c’est impossible à payer ! »

Président de la Sacoviv, adjoint au maire et conseiller métropolitain, Pierre-Alain Millet observe avec inquiétude les montants des factures énergétiques dans le parc social. Et craint « des difficultés pour de nombreux habitants, même ceux qui ont a priori plus de souplesse ».

La crise énergétique remonte à 2022. Aujourd’hui, les prix sont revenus à des niveaux plus « classiques ». Alors, pourquoi autant de locataires, notamment dans le parc HLM, connaissent-ils autant de difficultés à payer leurs charges ?

PAM : Tout simplement parce que c’est aujourd’hui que l’on paie les conséquences de l’explosion des prix de l’énergie en 2022-2023. Les gestionnaires ont en effet trois ans pour effectuer leurs régularisations. Résultat : les factures de chauffage de 2023, basées sur les consommations réelles, arrivent seulement maintenant, en 2025.

Ce sont surtout les locataires des grands bailleurs qui sont le plus en difficulté ?

– Oui. Les gros gestionnaires, comme Alliade Habitat, ont des milliers de comptes à régulariser. Quand ça traîne, l’effet “massue” est d’autant plus violent. On voit aujourd’hui des pétitions dans plusieurs résidences. Et pour cause : une régularisation de 1 000 ou 1 500 euros, c’est impossible à payer pour de nombreuses personnes, et pas seulement les familles au SMIC ou au RSA !

Les bailleurs concernés par ces importantes régularisations doivent donc soigner la relation avec leurs locataires, expliquer clairement les possibilités d’étalement, et les accompagner. Parce que lisser 1 500 euros sur dix mois, c’est toujours 150 euros par mois : pour beaucoup, c’est encore trop.

Vous êtes également président de la Sacoviv. Quelle est la situation pour ce bailleur social ?

– La situation de nos locataires est moins compliquée, parce que nous avons choisi d’augmenter les provisions dès 2023. Les régularisations ont donc été anticipées, elles sont plus abordables.

Mais il faut le dire, la question n’est pas juste de savoir si la hausse a été anticipée dans les provisions de charges ou si elle ne se retrouve que sur les factures de régularisation. Tout dépend du moment où l’énergie a été achetée. C’est aussi ce qui rend ce dossier compliqué. Le bailleur qui avait signé un contrat fixe début 2022 n’a pas senti la flambée. Celui qui a renégocié fin 2022 pour 2023 a vu les prix doubler, voire tripler. C’est totalement inégal, et très difficile à expliquer aux habitants.

Pourtant, beaucoup de logements sont raccordés au réseau de chaleur. Ça devrait lisser les prix, non ?

– Oui, en théorie. Mais le réseau utilise encore environ 40 % de gaz. Quand le prix du gaz triple, même un mix avec 60 % de biomasse ne suffit pas à compenser. Le mécanisme du réseau de chaleur protège, mais il ne peut effacer les fluctuations sur les marchés, malheureusement.

Que recommandez-vous aux locataires concernés par ces difficultés ?

– Tout d’abord, de contacter leur bailleur pour négocier un étalement de la dette. Les bailleurs sont conscients de l’impact de ces régularisations, et ont tout intérêt à trouver une solution.

Ensuite, de ne pas hésiter à solliciter le Fonds Solidarité Logement (FSL) de la Métropole. Son budget a été revu à la hausse, un choix politique rendu nécessaire par la crise énergétique… alors qu’il y a quelques années, il n’était pas mobilisé en totalité !

Je recommande aussi de vérifier son éligibilité au chèque énergie. Son attribution est automatique, mais il peut y avoir des ratés. Enfin, la Ville propose une aide aux factures d’énergie, via le CCAS. Elle sera bien sûr reconduite en 2026.

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