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Culture

Gilles Compagnon, par mots et par vaux

Alors qu’il publie son premier recueil de poésies, Gilles Compagnon évoque son parcours, ses déplacements et son goût pour la chanson et la littérature.

Qu’est-ce qui fait que l’on ait un jour envie d’écrire ? La question n’est pas simple et la meilleure façon d’y répondre est sans doute de raconter son parcours. L’auditeur pourra alors glaner ici et là des détails, des goûts, des envies qui font que l’on s’approche de la réponse. C’est ce que l’on a demandé à Gilles Compagnon : nous parler de lui et de sa vie. Cet habitant du quartier Pasteur a publié en octobre chez Jacques Flament son premier recueil de poésie, Souffleur de vers, poseur de prose. Un titre qui revendique, comme le fait Gilles lui-même, une façon de procéder : « Je ne suis pas écrivain, juste un amateur de mots. J’essaie de les mettre en forme de façon artisanale. »

Quoi qu’il en pense — Gilles Compagnon est modeste —, on sent à la lecture de ces textes un véritable art de disposer le bon mot à la bonne place. « Je suis né d’une famille bizarre », explique-t-il avant d’entrer dans le détail de cette « ambiance familiale » qui a marqué ses parents. Réanimée à sa naissance, la sœur cadette de Gilles est restée handicapée. « Mon père travaillait sur les zones de triage de la SNCF et ma mère dans les bureaux de la Poste. Elle a ensuite trouvé une place aux chèques-postaux, rue Parmentier, tandis que mon père a été muté à La Guillotière. Ils n’avaient pas le temps de s’occuper de moi et m’ont placé chez mes grands-parents maternels, en Saône-et-Loire. »

Du petit appartement qu’il décrit, rue Bancel, Gilles se retrouve en zone rurale, pour son plus grand plaisir. « J’étais vachement heureux ! Il n’existait pas encore cette dépendance à ces choses inutiles d’aujourd’hui. Les réseaux sociaux nous font croire à des milliers d’amis mais on n’a jamais été aussi seul dans la foule, qu’elle soit informatique ou médiatique. On est au milieu de nulle part, c’est l’un des paradoxes du système. »

Un vieux dico Larousse

Chez ses grands-parents, Gilles profite de la nature : « On faisait les foins, des coupes de bois, je remuais le lopin de terre que mon grand-père m’avait laissé, j’étais bien. » C’est là que le futur poète se découvre une passion pour le seul livre à sa portée, « un vieux dico Larousse ». « Je lisais quelques pages du journal Écho-Liberté ou d’un magazine de mode, mais j’étais surtout attiré par le dico. Je me suis mis à potasser, à m’éveiller. Je faisais des listes d’insectes, de poissons, d’oiseaux, ça me sortait de mon cheval de bois à quatre roulettes. J’avais envie d’apprendre et de me plonger dans la nature. »

Alors qu’il n’a pas encore 14 ans, Gilles Compagnon vient habiter Vénissieux, dans les chalandonnettes du quartier Pasteur, du nom du ministre Albin Chalandon qui lança des programmes de construction de maisons individuelles en série. C’est au collège qu’un prof, Michel Gauchon, l’ouvre à d’autres formes d’écriture que celles habituellement apprises en classe, ainsi les chroniques de Jean-Jacques Lerrant au Progrès.

Son premier boulot temporaire, c’est à La Poste qu’il l’exerce : il est bouliste (« Je recevais le courrier et le répartissais dans les services, une tâche spécifique aux administrations »). Au retour de l’armée, il passe plusieurs concours : celui de rédacteur à la mairie de Vénissieux, où il échoue, et ceux de contrôleur aux impôts et contrôleur à La Poste, qu’il réussit tous les deux. Il choisit ce dernier, où il débute en juin 1973. Après Bègles et le centre du boulevard Yves-Farge, il sera pendant plus de 15 ans dans la brigade de remplacement, dans le Rhône, en Savoie et Haute-Savoie. À Joncy, où il est ensuite nommé chef d’établissement, il se souvient surtout de son logement de fonction : « L’été, les couleuvres à collier traversaient la cuisine jusqu’au jardin et on avait aussi des chauves-souris. » La nature, toujours… Au bout de six mois, il parvient à être muté à Vourles comme chef d’établissement, où il restera 17 ans. Ses dernières années professionnelles lui laissent un goût amer : « On utilisait mes compétences sans me rémunérer et comme, pour la retraite, seules comptent les dix dernières années, ça m’oblige à travailler encore. »

Et l’écriture, dans tout cela ? « J’ai toujours écrit de loin ou de près, sur ma propre vie ou ceux qui m’entourent. J’allais beaucoup au théâtre, au cinéma, aux concerts. J’ai ainsi assisté à l’un des premiers de Jeanne Cherhal à Miribel, en 2002. J’ai écrit un article que j’ai envoyé à Chorus, la revue de Fred et Mauricette Hidalgo, et ils l’ont publié. J’étais attiré par le milieu de la chanson. »

Ce que l’on peut rapprocher, une fois de plus, de son enfance : élève au lycée Charial, à Lyon, il se souvient du passage dans les classes de chanteurs tels que Marc Ogeret, Hélène Martin, Henri Gougaud et Maurice Fanon. Et puisque, depuis son enfance, il aime les listes, il dresse celles des auteurs et chanteurs qu’il apprécie. Pour les premiers, Pierre Perrin, Bernard Clavel, Émile Zola, Rimbaud, Apollinaire, Verlaine, Aragon… Pour les seconds, il cite des chansons de Léo Ferré, Martine Caplanne, Philippe Forcioli, Pierre Perret, Claude Nougaro, Jacques Bertin, Jean-Michel Piton, Barbara, Allain Leprest, Jean Guidoni, Michel Jonasz, Alain Souchon, etc.

Le plaisir d’écrire

Gilles Compagnon écrit aujourd’hui systématiquement dans le bloc-notes de son téléphone portable. « Si je vois un truc qui me plaît, je prends des notes, après j’étoffe. »

Sur sa manière de travailler, il parle du « plaisir d’écrire » : « Je me rends disponible à l’écriture dès que je me réveille. Je ne suis pas un militant, mes textes sont peu politiques, ils s’intéressent quelquefois au social. J’ai plutôt un attachement à l’humain, l’émerveillement, la description de ce qui me paraît agréable, les nécessités de la vie, les problèmes rencontrés… »

Il publie ses textes sur son FaceBook, avant d’élargir son audience et de les partager sur des blogs. « C’est grâce à cela que j’ai rencontré Jacques Flament, mon éditeur. » Les textes du premier plaisent au second : Flament propose alors à Compagnon de le publier. « Je me suis vidé la tête et consacré qu’à cela. J’avais pris des congés : c’est qu’il me fallait faire un choix de textes parmi 3100. Je voulais qu’il y ait un équilibre entre la prose et les vers, mettre de l’émerveillement, des hommages à des personnes mortes, des billets d’humour et des billets d’amour. Est-ce que j’ai réussi ? Je n’en sais rien. J’étais juste tout seul et c’était la première fois que ça m’arrivait d’être édité. »

Souffleur de vers, poseur de prose, Jacques Flament Éditions, 16 euros.

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