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Bande dessinée : le traumatisme de Guantanamo

À la fin du tome 1 du « Jour où j’ai rencontré Ben Laden », Jérémie Dres laissait les deux héros de sa bande dessinée, les Vénissians Mourad Benchellali et Nizar Sassi, en mauvaise posture en Afghanistan. Le tome 2 vient de paraître.

 

L’histoire était si forte et porteuse d’enseignements qu’elle méritait, après les livres écrits par Mourad Benchellali et Nizar Sassi, d’être traduite en bande dessinée. Celle-ci se nomme Le Jour où j’ai rencontré Ben Laden et est sortie aux éditions Delcourt/Encrages. Ce qui, sans doute, favorisera sa lecture par un public jeune. Nous en avions parlé dans une précédente édition.

Alors qu’ils ont une vingtaine d’années, en 2001, Mourad et Nizar quittent Vénissieux pour se rendre en Afghanistan. Partis comme des touristes, ils ont en fait été bernés par un réseau terroriste et se retrouveront, malgré eux, dans un camp d’entraînement d’Al Qaida où ils croiseront même Ben Laden.

L’auteur et dessinateur de bande dessinée Jérémie Dres s’est donc intéressé à cette aventure hors du commun. Il a rencontré les deux Vénissians et de nombreux autres intervenants et a publié, en 2021, la première partie de leur histoire. Voici que le second tome, sous-titré Détenus 161 et 325 à Guantanamo, est paru ce 5 octobre chez Delcourt/Encrages.

Le récit démarre donc dans les montagnes de Tora Bora, dans l’est de l’Afghanistan. Comme dans le premier tome, Jérémie Dres choisit de se mettre en scène et mêle les époques. On suit bien sûr les pérégrinations des deux Vénissians, racontées par l’un ou par l’autre, avec des retours au présent, lorsque Jérémie, par exemple, retrouve Nizar dans un bistro de La Rotonde. Toujours proche de la réalité, comme dans un documentaire, Jérémie dessine aussi les à-côtés, le gars qui commande un tacos escalope, « steuplé », tandis que Nizar poursuit son échange.

Comme un véritable cinéaste, Jérémie Dres monte ses plans, proposant le présent — discussion avec Nizar dans le café, conférence de Mourad dans un lycée de Dammartin-en-Goële —, le passé et les interventions des autres personnes interviewées. Tel cet ancien agent du FBI, Ali Soufan, ou, dans ce nouveau tome, André Gerin, ancien député-maire de Vénissieux, et Dominique de Villepin, ancien Premier ministre de Jacques Chirac.

D’un point de vue formel, le dessinateur sait également rythmer son récit : il éclate la pagination, fait disparaître les cases quand il le faut, passe d’un très grand format pleine page à de petits dessins, mélange les couleurs et le noir et blanc. Il sait accaparer l’attention du lecteur et créer un réel suspense.

Une bédé cinématographique

Autre exemple de l’influence du cinéma : la page où, capturés par les Américains, Mourad et Nizar se retrouvent à l’aéroport de Kandahar pourrait être tirée d’Apocalypse Now, avec ces GI armés et portant des lunettes de soleil et, derrière, les hélicoptères qui attendent. Et, comme dans un vrai documentaire, une authentique photo apparaît soudain au milieu des dessins. L’autre force de l’ouvrage est sa facilité à passer, justement, de ce style documentaire au plus pur cinéma d’action hollywoodien. Comme cette évasion du convoi militaire pakistanais digne de figurer dans n’importe quel James Bond ou autre blockbuster et qui, pourtant, s’est réellement passée.

Les Vénissians sont transférés dans la prison américaine de Guantanamo, à Cuba, et deviennent les matricules 161 et 325. Le récit se charge de violence, empli de séquences de torture et d’humiliation. Jusqu’à aujourd’hui, Nizar et Mourad, que nous avions rencontrés à l’époque de la sortie du premier tome, ressentent encore ce traumatisme qui hante leurs cauchemars. Même s’ils se sont reconstruits et œuvrent maintenant à la lutte contre les méthodes de radicalisation dans les quartiers.

Le combat d’André Gerin

Le récit prend soudain un tour plus politique. Jérémie Dres dessine sa rencontre avec André Gerin et décrit le combat mené pour sortir ses deux jeunes concitoyens de l’enfer de cette zone de non-droit qu’est Guantanamo. Il sera aidé par l’actrice britannique Vanessa Redgrave, dont on se souvient avec émotion du passage à l’hôtel de ville de Vénissieux, et par Dominique de Villepin.

Le tome 2 du Jour où j’ai rencontré Ben Laden s’achève sur la sortie du tome 1 et sur les retrouvailles à Vénissieux, photo à l’appui, de Jérémie avec Mourad et Nizar. Dans sa postface, Yves Prigent, un des responsables d’Amnesty International, décrit Guantanamo comme « la version ultramoderne de l’oubliette médiévale », une affirmation à laquelle la bande dessinée et les témoignages des deux Vénissians apportent tout leur crédit.

N’allons pas croire pour autant que ce récit traumatique ne soit que plombant. Jérémie Dres apporte une distance nécessaire, de par le jeu des allers-retours entre présent et passé, et les deux témoins clefs lâchent eux-mêmes quelques notes d’humour. « Il n’y a rien de logique chez les Américains, commente Nizar. On te torture mais, à la fin, tu récupères tes biens, ta montre et tes 10 francs. »

D’autres dialogues résonnent en donnant de sérieuses pistes de réflexion. « On ne réglera pas le problème avec plus de moyens militaires, explique l’ancien agent du FBI à propos du terrorisme et de l’appel au djihad. Il faut investir dans l’éducation pour créer des opportunités. Donner de l’espoir aux jeunes pour qu’ils aient d’autres perspectives que Kandahar. » Une évidence !

Le Jour où j’ai rencontré Ben Laden, tome 2 : Détenus 161 et 325 à Guantanamo de Jérémie Dres. Paru ce 5 octobre chez Delcourt/Encrages. Prix : 25,50 euros ; 17,99 euros (version numérique).

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