Les artistes ont besoin de jouer

Alors que de nouvelles mesures sanitaires réduisent les jauges et les rassemblements, où en est la rentrée culturelle ? Comment le spectacle vivant et le cinéma peuvent-ils continuer à maintenir une offre qui attire le public ? La parole est donnée aux dirigeants des structures vénissianes et à l’association Traction Avant.

L’évolution inquiétante de la situation sanitaire pousse les autorités à augmenter drastiquement les contraintes afin de protéger la population. Le monde de la culture n’est pas le dernier à souffrir de la pandémie. Et nul n’est épargné, pas plus le spectacle vivant que le cinéma. Malgré les annonces du Premier ministre promettant, fin août, un plan de relance de 100 milliards, dont 2 pour le secteur culturel, les professionnels restent moroses.

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Plusieurs grandes tournées internationales ont été annulées, les concerts debout ne sont plus possibles, les jauges des salles de spectacle sont réduites avec des spectateurs obligés de porter un masque. Quoi qu’il en soit, les structures résistent, s’adaptent et s’efforcent d’accueillir au mieux les spectateurs.

Baisse des réservations au théâtre

Françoise Pouzache, directrice de La Machinerie — qui rassemble le Théâtre de Vénissieux et « Bizarre ! » —, s’apprête à démarrer sa saison théâtrale le 2 octobre. « Les spectacles sont maintenus mais nous ne sommes pas à l’abri de cas qui se déclarent chez les artistes. »

Elle s’efforce de rassurer le public, toutes les dispositions étant prises pour l’accueillir dans les meilleures conditions, mais remarque qu’elle a moins de réservations que l’an dernier. « Beaucoup vont les faire le jour même, ne sachant pas à l’avance s’ils pourront venir. On sait aussi que les directives changent tous les 15 jours. »

Elle regrette que le nouveau protocole crée moins de proximité avec les spectateurs et soit « aux antipodes de la convivialité ». Elle ajoute : « Mais il faut faire avec, les artistes ont besoin de jouer. »

La distanciation réduit la jauge du théâtre : « En imaginant qu’on annule un siège sur deux, on est à 300 places. Disons qu’on peut monter jusqu’à 350 parce que certains viennent en groupes. Nous faisons des simulations pour voir combien de places seront occupées et combien seront libres. Tout le monde tâtonne. »

Pour les scolaires, elle explique que le protocole est différent. « La première séance scolaire aura lieu début novembre. Ils veulent tous venir. On laissera un rang de libre entre chaque classe. Nous devons en revanche espacer les séances scolaires, ce qui est compliqué car il faut savoir si les artistes pourront rester un peu plus. »

Elle résume parfaitement la situation : « On avance tout doucement avec une épée de Damoclès au-dessus de nous. Mais il faut que le spectacle vivant reste vivant ! »

À « Bizarre ! », il faudra composer avec des concerts assis

Arrivé à la mi-avril à « Bizarre ! », l’équipement vénissian de musiques actuelles, Grégoire Potin a exercé ses nouvelles fonctions de programmateur et coordinateur grâce aux visioconférences et au télétravail. « En raison du Covid, je suis arrivé pour annuler la programmation du printemps, établie par mon prédécesseur, Thomas Piran. Je l’ai repoussée à l’automne puis à 2021. »

Pour lui aussi, la pandémie n’a fait que compliquer la situation. « Depuis le mois de mars, nous n’avons plus eu d’activités ni de concerts sur notre scène. Avec Françoise Pouzache, la directrice de La Machinerie, nous voulions proposer aux artistes de créer et de leur en donner les moyens. Dès juin, nous avons relancé les résidences sur les plateaux danse et musique. »


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Malgré toutes les difficultés liées à la crise sanitaire, la compagnie vénissiane Traction Avant multiplie les projets. Pour ne pas succomber à la période anxiogène.

 

 

 


Bien entendu, il faut mettre en vigueur un protocole sanitaire strict, qui évolue rapidement au fil du temps : port du masque, gel hydro-alcoolique, distanciation, non-partage des sanitaires et de la cuisine par les résidents et les équipes en place, espace balisé… « Les studios de répétition ont rouvert en septembre, avec un ordre de roulement pour que les groupes ne se croisent pas. Il convient également d’aérer régulièrement les locaux. »

Réduction de la jauge

Mais ce qui cause le plus de souci à Grégoire, c’est la mesure concernant l’interdiction faite aux salles de concert d’accueillir du public debout. « Les gens devront être masqués et rester assis. Il n’y aura pas de service au bar, ils ne pourront consommer qu’à leur table. Nous avions jusqu’à présent une jauge de 390 personnes. Nous avons pensé disposer une série de tables avec, chacune, trois chaises pour une scénographie qui ne soit pas un alignement de sièges en rang d’oignon, comme dans une salle polyvalente. On pourrait ainsi accueillir quelque 68 personnes mais ce sera probablement 45. Car, entre chaque chaise, il faut laisser un mètre d’écart. »

D’un point de vue artistique aussi, les contraintes créent des remous. Et, précise Grégoire, « un embouteillage ». « Beaucoup de tournées internationales de têtes d’affiche ont été annulées en 2020, ce qui fait que leurs premières parties n’ont pas joué non plus. Or, nombreux sont les nouveaux artistes qui veulent à leur tour être programmés. Il faut relancer la machine, c’est le maître-mot. »

Chargé aussi de la programmation des Fêtes escales, Grégoire est obligé d’envisager deux cas de figure, avec soit des contraintes fortes, soit plus de contraintes du tout. Il met en avant l’enjeu économique de la pandémie, avec déjà de grosses tournées internationales qui risquent d’être annulées en 2021. « Heureusement, « Bizarre ! » est soutenu par la Ville, la Région et la Métropole. On vient de connaître une année blanche pour l’intermittence mais les salles jouent le jeu en s’efforçant de donner des outils afin de continuer la création. »


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Après une 7e édition du Jour du livre prévue le 26 septembre et finalement annulée à la dernière minute par la préfecture, l’avenir reste flou pour les manifestations organisées par l’Espace Pandora. Son directeur, Thierry Renard, se refuse néanmoins à baisser les bras : « On ne va pas cesser toute activité, ce n’est pas possible ».

 

 


 

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