Alexandra Mathiolon, cheffe d’entreprise

La fille de l’entrepreneur Guy Mathiolon marche sur les traces de son père. Elle a pris en fin d’année la direction générale du groupe Serfim, fort de 2 250 collaborateurs (dont 900 à Vénissieux) et 400 millions de chiffre d’affaires. Rencontre.

Alexandra Mathiolon, vous voici donc en charge de la direction générale de du Groupe Serfim…
Nous poursuivons en effet le processus de transition de l’entreprise, après ma nomination comme directrice adjointe de Serfim Énergie en mai 2018. Guy Mathiolon est toujours présent. Il le sera de moins en moins dans les deux prochaines années. Mais j’ai vraiment besoin de lui car il est très impliqué dans la vie locale et dans de nombreuses institutions. Il fournit un travail exceptionnel, ce qui me permet de me concentrer sur l’interne et l’international, même si la ligne n’est pas figée.

Est-il difficile pour une femme d’accéder à des postes à responsabilités ?
Aujourd’hui, cela devient de plus en plus naturel, la question d’être une femme se pose de moins en moins. Ceci étant, il reste encore un certain nombre de biais en termes d’égalité professionnelle au sens large. On doit encore sensibiliser au quotidien et pousser ces sujets. Si, dans les conseils d’administration, la loi impose désormais la présence de 40 % de femmes, dans les comités de direction il y a encore du travail. Mais pour ce qui me concerne, j’ai été très bien accueillie. Serfim TIC a d’ailleurs reçu en avril dernier de l’Afnor le label Égalité, qui récompense la manière dont les femmes sont intégrées au quotidien dans l’entreprise.

Dans un autre registre, vous aviez évoqué en septembre 2018 un projet de production d’énergie solaire. Où en est-il ?
Nous avons réalisé des travaux sur une surface de 1 500 m², sur les toits d’une de nos entreprises de recyclage, soit à terme la consommation d’une communauté de 300 habitants. Mais les bâtiments de la zone sont plutôt anciens. Il nous faut donc renforcer certaines charpentes, désamianter par endroits, voire reconstruire. Certains projets seront donc réalisés moins vite que prévu. Ceci dit, nous avons trois autres projets sur le site Serfim, un de même taille autour de 250 kilowatts et deux plus petits. Et en tant que co-investisseurs, nous travaillons avec l’externe. Nous avons notamment confirmé un projet de vingt mégawatts dans la Creuse. Nous nous interrogeons aussi sur le modèle économique du solaire en France. Lorsque l’on rénove un bâtiment pour y placer des panneaux solaires, il est impossible de défiscaliser les travaux. C’est un vrai sujet.

Pouvez-vous parler de votre accélérateur de start-up, Serfinnov ?
L’idée, c’est de sélectionner des entreprises qui travaillent dans les domaines de la Smart-city (« ville intelligente »), la green tech (recyclage, dépollution, etc.) de l’énergie, mais aussi des travaux publics, de l’infrastructure et de l’industrie 4.0. Nous travaillons en collaboration avec un incubateur, 1Kubator, pour les mettre au contact du terrain et leur offrir un accompagnement personnalisé ainsi qu’un accès à nos ressources. Nous avons défini un budget qui pourrait tourner autour de 100 000 à 150 000 euros par an, mais nous pourrons aller plus loin au besoin.

Comment se porte la Serfim Académie ?
Bien ! Cette année, nous allons arriver à la millième personne formée (depuis 2006 ndlr). Elle est devenue un organisme de formation à part entière, qui offre désormais tout un panel de formations pour répondre aux nouveaux enjeux de nos métiers : formations de compagnons, chefs d’équipe, conducteurs de travaux par exemple. Nous proposons aussi des formations en Français langue étrangère et un certain nom de formations courtes à la carte, par exemple sur les outils numériques ou le management des liens hiérarchiques. L’idée, c’est d’attirer et de retenir les talents. Nous capitalisons sur nos formateurs internes et sur l’expérience de nos jeunes retraités dynamiques.

Parvenez-vous facilement à recruter ?
C’est clairement un sujet qui nous préoccupe, notamment sur l’Île de France. Avec les grands enjeux (Grand Paris Express, Jeux Olympiques notamment), on estime qu’il manque 150 000 personnes. Mais dans la région, nos collaborateurs sont fidèles. À mon arrivée, j’ai été bluffée de voir des gens qui ont quarante ans de boîte ou d’autres, qui ont 35 ans et ont commencé à travailler chez Serfim à quinze ans en alternance. Mais nous recherchons actuellement des chauffeurs poids lourds, des monteurs électriciens et des chefs d’équipe en bâtiment. On constate un véritable attrait pour ces professions — construire les infrastructures de demain — mais nous devons encore répondre à des questions sur la pénibilité et sur la formation.

Le 21 janvier, Guy Mathiolon a été reçu à l’Élysée avec 500 patrons d’entreprises de taille intermédiaire (ETI). Qu’en avez-vous retenu ?
Le président de la République a prononcé un discours tourné vers les entreprises. Il a valorisé un modèle d’actionnariat familial et managérial, qui correspond à notre modèle, où 25 % du capital est détenu par les salariés. Nous nous sommes retrouvés aussi dans le modèle de transmission des entreprises. Les ETI ont le vent en poupe, notamment depuis 2003 et le pacte Dutreil qui a facilité les transmissions.

Quels sont les grands projets de Serfim ?
Au cours des 18 derniers mois, Serfim a sauvé environ 200 emplois en reprenant plusieurs entreprises en redressement judiciaire. Ces reprises font partie de notre stratégie de développement, mais la sauvegarde de l’emploi est aussi une fierté. Nous avons aussi des projets autour du numérique : nos métiers se transforment, mais l’industrie et le BTP sont en retard, par exemple sur la dématérialisation des chantiers. Dans un autre registre, nous voulons renforcer la sécurité et la qualité de vie au travail de nos collaborateurs, en leur proposant notamment des prestations de conciergerie. Quant à notre projet à Vénissieux, il est plus que jamais d’actualité. Nous avons investi près de neuf millions pour le développer.

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