Leïla Chafii : le masque et la plume

Difficile de suivre ce touche-à-tout. À 19 ans, brillante élève en 2e année de prépa littéraire au lycée Edouard-Herriot, Leïla poursuit son parcours musical et vient de reprendre une licence d’épéiste à Vénissieux.

« J’avais goûté au judo, à la danse classique et à la gym, je suis tombée sur des démonstrations d’escrime à Sport Expo, ça m’a fait sourire, ça me rappelait davantage Star Wars que les films de cape et d’épée. Je devais avoir six ou sept ans, j’ai pris une licence dans le club de Vénissieux, les entraînements se déroulaient au gymnase Jacques-Brel, pas très loin du Charréard où je réside. Bonne ambiance aidant, j’ai poursuivi. »

Hyperactive, Leïla suit les recommandations de ses parents qui lui conseillent d’ajouter une activité plutôt culturelle à son agenda, et de se rendre à l’école Jean-Wiener. « Il n’y avait plus de place aux cours de piano ou de violon. Je me suis rabattue sur le violoncelle… car la trompette, ça vous fait des grosses joues, me disait mon entourage. »
Très vite, la jeune fille progresse dans tous les domaines, se révèle excellente élève, fait découvrir un timbre de voix qui séduit Mick Wagner, la responsable de la chorale vénissiane. Celle-ci lui conseille d’intégrer la Maîtrise de l’Opéra de Lyon, dès l’école primaire. « Mes parents avaient jugé que se déplacer sur Lyon, alors que j’étais encore en primaire, était trop contraignant, que c’était trop tôt. On verra quand tu passeras en 6e m’ont-ils dit. »

Après avoir avalé ses années de primaire à l’école du Charréard — encouragée par Michel Patras, directeur de l’établissement — puis à La Xavière, Leïla se rend à l’audition pour intégrer le collège Ampère (Lyon 1er). Son épreuve se passe sans encombre, elle choisit “Wolfgang et moi ” de Marie-Paule Belle, récite “le Chat” de Charles Baudelaire, et intègre le collège Ampère. Jusqu’en 3e, elle a droit aux mêmes programmes officiels dispensés dans les établissements scolaires standards, avec des horaires aménagés — l’équivalent de trois demi-journées dégagé sur le temps scolaire pour l’enseignement artistique à la Maîtrise. Cette organisation lui assure un apprentissage équilibré, entre enseignement musical et enseignement général.

Ce qui n’empêche pas Leïla de briller aussi sur les parquets des salles d’escrime, notamment en 2014. Elle devient championne de France Nationale 2 par équipes en catégorie minime, puis médaillée de bronze aux championnats de France cadets par équipes l’année suivante. Pour la petite histoire, elle « s’offre » un diplôme départemental d’arbitrage pour ses 14 ans, et entre en formation d’arbitrage. De là à dire qu’elle est devenue une bête à concours…

“C’est là que j’ai compris ce que recouvraient les notions de discriminations sociale et géographique.”

En classe de seconde, elle doit intégrer le Chœur d’adolescentes de la Maîtrise de l’Opéra, et parallèlement le lycée Ampère. Cours de technique vocale, de chant choral, et atelier chorégraphique sont dispensés le mercredi après-midi et le vendredi en fin d’après-midi. « Quand la direction de l’établissement m’a redirigée vers le lycée Ampère Saxe, soi-disant en raison de la carte scolaire, j’ai refusé. Cela m’obligeait à perdre du temps dans les transports, à courir après bus ou métro. C’est là que j’ai compris ce que recouvraient les notions de discriminations, d’inégalités sociale et géographique. En catastrophe, je me suis rapprochée du Lycée La Xavière, mon frère Jalil y était inscrit. J’ai dû baisser un peu le pied en escrime, notamment durant l’année du bac, bien chargée. »

Reçue avec mention, la Vénissiane s’est dirigée vers ce qui la passionne, la littérature et la philo. « J’ai postulé pour une prépa au lycée Édouard-Herriot, avec une première année en lettres supérieures (hypokhâgne), et la seconde que je suis actuellement, axée sur la préparation des concours des écoles normales supérieures (ENS) de Paris et Lyon. “

Et la musique, notamment le chant ? « Plus que jamais, je continue, c’est ma passion. Mais je fais de nouveau du sport. » Pas question de tomber le masque. « Je suis licenciée à Vénissieux Escrime, pour me dépenser un peu, surtout aux entraînements, la compétition pépère, on verra plus tard. »

 

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