Josiane Gonnot, Madame Rêves

Dans les contes des mille et une nuits, si on frotte une lampe magique, un génie réalise vos vœux les plus fous. Dans la vraie vie, c’est Josiane Gonnot qui s’en charge. Par la “magie” de l’association Rêves, qu’elle a créée en février 1994. Dans les histoires, on a toujours droit à trois vœux. Rêves en a réalisé plusieurs milliers à ce jour.

“Notre objectif : offrir aux enfants très gravement malades une parenthèse enchantée pour oublier la maladie… Plus que les autres, ces enfants ont besoin de rêver à des projets qui les stimulent et leur donnent la force de se battre.” En réalisant leurs vœux les plus fous, l’association leur permet de s’évader du quotidien et de vivre des expériences inoubliables qui les aident à reprendre confiance en l’avenir.

“Nous avons réalisé 5 000 Rêves, soit 300 en moyenne par an.” Une cinquantaine d’hôpitaux se font le relais de l’association auprès des enfants et de leurs familles, au sein des services de pédiatrie, oncologie, hématologie. “On répond à toutes les sollicitations quelle que soit la spécialité médicale dont dépend la pathologie de l’enfant. On évite de répondre à des Rêves de matériel, sauf si ça se justifie pour l’enfant. Les médecins référents nous donnent leur accord en délivrant un certificat médical, document obligatoire pour leur mise en place.”
Le premier Rêve, Josiane s’en souvient comme si c’était hier : Marjorie, 8 ans, traitée à Debrousse, voulait rencontrer Patrick Bruel. Le second : Virginie, 14 ans, a rencontré Vanessa Paradis. Le premier réalisé à l’étranger ? “Celui d’un petit garçon devenu adulte aujourd’hui et qui voulait aller faire du cheval dans l’Ouest américain avec les Indiens. Le 2 avril prochain, une bénévole part avec une adolescente qui veut aller sur les pas de Mandela en Afrique du sud.”

Les enfants débordent d’imagination : “Nous en avons emmené en Laponie rencontrer le Père Noël. Les adolescents préfèrent New York ! On a aussi des demandes de rêves liés à des passions : vétérinaire dans un zoo, conduire un TGV, piloter un hélicoptère ou une voiture de course, dormir avec des loups, passer une journée avec des soigneurs, découvrir un tournage de cinéma, aller en famille au Marineland d’Antibes ou à Disneyland Paris, ou encore rencontrer l’équipe de France de rugby ou de foot…”

35 délégations en France

Très rapidement, l’association prend de l’ampleur. Rêves compte aujourd’hui 35 délégations départementales et vit uniquement de dons. Le 30 mars, Josiane Gonnot recevait, à l’institut Rockefeller, les insignes de chevalier dans l’ordre de la Légion d’honneur des mains de Gwendall Peizerat, champion du monde et champion olympique de danse sur glace, ambassadeur de l’association. Une véritable reconnaissance pour cette Vénissiane, dont l’engagement altruiste plonge ses racines dans le passé familial.

“Je suis née dans une famille très engagée politiquement et syndicalement, ainsi que dans la vie associative, rappelle Josiane. Mon grand-père était communiste et syndicaliste, ami de l’ancien maire Marcel Houël. Il avait créé dans le 8e arrondissement de Lyon la Maison du peuple. On y parlait politique, culture, loisirs… Un lieu inoubliable ! Dans ma famille, l’injustice nous rend malades. Très jeune, je me suis engagée en tant que déléguée de classe ; rapidement, je suis descendue dans la rue pour manifester.”

Élève douée, elle obtient en primaire une bourse d’honneur décernée par l’école Alain-Fournier. Au lycée Lumière, elle décroche sans difficulté un bac scientifique puis se dirige en première année de médecine : “Mon projet d’alors était d’être pédiatre ou obstétricien.” Mais parallèlement à ses études, elle est obligée de travailler en tant qu’animatrice périscolaire dans les écoles. Difficile de concilier le concours et le travail étudiant. “Pour être très franche, l’ambiance de la faculté ne me plaisait pas.”

La profession d’infirmière l’a finalement emportée. Une fois son diplôme en poche, elle prend contact avec Médecins sans frontière. “À l’époque, on m’a demandé d’optimiser mon anglais et de pratiquer dans un service d’urgence.” Dans le même temps, elle rencontre son compagnon très impliqué lui aussi syndicalement : ils auront deux enfants. “Cette nouvelle situation a fait évoluer mon projet professionnel. Plus question de partir au bout du monde faire de l’humanitaire !”

“Dans un service d’oncologie pédiatrique, ce n’est pas triste »

Josiane rebondit très rapidement et ses états de service sont impressionnants. Elle décroche le diplôme de puériculture, enseigne à l’institut de puériculture, exerce dans des services hospitaliers, réussit un master des sciences de l’éducation et du langage, prend la direction d’une crèche à Villeurbanne et crée, avec ses collègues, la maison ouverte “Premier pas”, lieu permettant de tisser les liens parents-enfants. Enfin, elle intègre l’école des cadres de santé de Rockfeller. Et elle nous pardonnera sûrement d’en avoir oublié !

Après plusieurs postes dans différents hôpitaux, Josiane décide de poser son stéthoscope dans les services d’oncologie pédiatrique de l’hôpital Debrousse. “Ces enfants et ces familles ont été à l’initiative de rencontres extraordinaires. Ces jeunes nous permettent à nous, adultes, de faire preuve d’humilité. Ce n’est pas un milieu triste, les enfants sont gais et leurs familles très courageuses. C’est une période douloureuse parfois mais extraordinairement enrichissante.”

À cette époque, la rencontre avec Christophe Charlet, est déterminante. “Un de ses enfants présentait une maladie chronique. Ce papa était extrêmement sensibilisé aux maladies des plus jeunes et à ce qui pourrait leur faire plaisir .” C’est ainsi qu’est née l’association Rêves. “Ce que je fais avec cette association, c’est la continuité de mon métier. La rencontre avec ces enfants apporte du sens à ma vie. Je me dis souvent que je ne dois pas baisser les bras et donner le maximum pour faire de leurs rêves une réalité.”

Mais au fait Josiane, aviez-vous enfant ou adolescente un rêve ? “J’ai pratiqué la danse pendant de nombreuses années, j’aurais aimé devenir danseuse étoile !” Ce rêve-là n’a pas été exaucé !

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