Hacine Cherifi au Théâtre de Vénissieux : sur le chemin des fleurs

Hacine Cherifi et Jean-Baptiste Épiard dans "La plénitude des cendres"

Vous arrivez sur le plateau. Un frisson vous parcourt la peau car, devant vous, se trouve le public et, face à vous, quelqu’un dont vous ne savez pas encore s’il est votre partenaire ou votre adversaire. Où êtes-vous ? Sur un ring ou sur une scène de théâtre ? Le boxeur Hacine Cherifi, champion du monde des poids moyens en 1998 qui a connu l’un et l’autre, pourrait vous répondre : les deux mon général. Pour lui, il n’existe peut-être qu’une différence : “En boxe, vous savez tout de suite si vous êtes bon ou mauvais. Au théâtre, il faut attendre la fin du spectacle.” Il ajoute : “Sur un plateau, on ne prend pas les mêmes coups !”

Les 15 et 16 octobre prochains au Théâtre de Vénissieux, Hacine Cherifi laissera le public K.O. Il est, face au comédien Jean-Baptiste Épiard, l’un des interprètes de “La plénitude des cendres”, que met en scène Yan Allégret. Ce passionné d’art martial, adepte de l’aïkido, a toujours vu des parallèles entre un ring et une scène de théâtre. “Un endroit implacable, remarque-t-il à propos des deux, où l’on est poussé d’emblée dans ses retranchements. Pour la scène comme pour le ring, il n’existe pas de marche arrière. C’est comme si l’on était face aux grandes questions de la vie, posées de façon plus radicale.”
Lors d’un séjour au Japon, Yan Allégret remarque le parallèle entre le théâtre kabuki et le sumo : “Dans les deux, l’accès à la scène ou au ring se fait par le hanamichi, qui signifie “chemin des fleurs”. Il y a également un rapport entre la présence et l’absence. J’ai souvent fait travailler mes comédiens sur cette notion qui existe dans l’aïkido.”
Également féru de boxe, Yan songe à un spectacle sur ce sport. “L’idée de faire jouer un boxeur par un acteur s’est effacée. J’avais besoin de quelqu’un vraiment issu de ce monde. À ce moment, Hacine Cherifi se préparait à boxer Felix Trinidad à Puerto-Rico. Je suis tombé sur son interview dans “Punch Mag”. J’ai été scotché par la manière dont il parlait de sa préparation, du championnat du monde où il avait été battu en 1999. C’est un boxeur old school qui n’a pas peur de la défaite. Cette boxe-là parle de notre société. Du temps de Rocky Marciano, Floyd Patterson ou même Mohamed-Ali, les boxeurs n’avaient pas peur de perdre.”
Le metteur en scène contacte le boxeur par l’intermédiaire du magazine et une relation s’installe : Yan Allégret se rend régulièrement à Lyon pour écouter Hacine Cherifi lui raconter sa vie et ses combats. “La parole d’Hacine était réelle. À la fin de la rencontre, on s’est serré la main et on l’a fait.”

Yan Allégret et Hacine Cherifi

En rencontrant Hacine Cherifi, on comprend mieux pourquoi Yan Allégret a eu envie de travailler avec lui. Il se dégage de cet étrange boxeur, au nez cassé et aux mains larges comme des battoirs, une douceur et une humanité extraordinaires. “Mes plus beaux combats sont mes défaites, ose-t-il déclarer. Elles sont mes plus beaux souvenirs ! Je me suis surpassé, j’ai donné le meilleur de moi-même. Ce n’est pas parce que tu perds que tu es mauvais.” Pour Yan Allégret, la signification du titre de son spectacle réside bien dans cette réflexion d’Hacine : “La plénitude des cendres, c’est quand on a brûlé, tout a été consumé. La question de victoire ou de défaite n’existe plus, on a trouvé autre chose.”

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