
L’un des plus vieux documents conservés dans les archives municipales de Vénissieux. Photo Emmanuel FOUDROT
1646. En ce tout début du règne de Louis XIV, messire Guerynon, curé de Vénissieux, entame la rédaction du registre paroissial destiné à transcrire les baptêmes des nouveau-nés. Il caresse de la main son papier. Il est d’un contact à la fois doux et chaud, et est creusé de petits reliefs caractéristiques du papier fait avec de vieux chiffons broyés, comme c’était le cas autrefois. Puis, après avoir taillé sa plume d’oie et l’avoir plongée dans un encrier, messire Guerynon écrit, en formant de bien belles lettres : « Extraict des livres des registres des baptistaires de la parroisse de Venissieu en Dauphiné dioceze de Lyon commencé le 3e janvier 1646. » « Premierement. Anthoine Gallerand fils de Jullien et de Clauda Ogier mariés a esté baptisé par moy soussigné. Ont esté parrains Anthoine Larderet et Catherine Rochon ce troisième janvier mil six cents quarante six. Guerynon cur. » Et suivent les baptêmes de Jeanne Arnaud, de Jean Chasne, de Louis Blanc, de François Melin, et ainsi de suite, sur des pages et des pages. En tout, ce sont 43 enfants que le curé baptise durant cette année 1646 – ce qui est beaucoup pour un village, et qui prouve le dynamisme démographique de Vénissieux.
1190 mètres de rayonnages !

Photo Emmanuel FOUDROT
Son vieux registre paroissial est toujours là, à Vénissieux, 380 ans tout juste après avoir été écrit. Il s’avère particulièrement précieux, car il constitue le plus ancien document conservé par les archives municipales de notre ville. Pourtant des archives, ce service public logé au rez-de-chaussée de la mairie, en a, et pas qu’un peu. L’on mesure leur quantité d’après l’épaisseur des papiers dont elles sont constituées. Ainsi, le numéro d’Expressions que vous tenez en ce moment entre vos mains fait 2 millimètres d’épaisseur. Les archives municipales de Vénissieux pourraient en contenir près de… 600 000 exemplaires ! Car leurs rayonnages, disposés dans une grande pièce située en sous-sol de la mairie, atteignent 1190 mètres de longueur. Vous avez bien lu : plus d’un kilomètre ! Et sur ces 1190 mètres de rayonnages, 987 sont remplis de dossiers et de registres.
Tout le passé de la ville est là. C’est dès l’Ancien Régime que la communauté d’habitants de Vénissieux, l’ancêtre de notre commune, se soucia de conserver ses archives. Le consul du village, soit l’ancêtre du maire actuel, en avait la responsabilité, et les gardait soigneusement à l’abri dans sa maison. Ainsi trouvait-on chez lui les « rôles de taille » (la liste des chefs de famille imposés au principal impôt royal) depuis 1599 ; le « parcellaire » (l’ancêtre du cadastre) de 1659 ; les comptes de la communauté, minutieusement rédigés année après année ; les procès-verbaux de l’assemblée des chefs de famille, qui faisait office de conseil municipal ; et enfin, des procès menés par la communauté au cours des 16e, 17e et 18e siècles. Puis, lorsqu’un nouveau consul était élu, l’ancien lui remettait la totalité des archives, qui vagabondaient ainsi de consul en consul.
En 1921, un progrès décisif
La Révolution française puis le début du 19e siècle, en dotant Vénissieux de sa première mairie, mirent fin à cette incessante migration des archives communales. Désormais, elles furent conservées à l’hôtel de ville, dans la salle du conseil. Ainsi, le 1er septembre 1865, le maire Jean-Jacques-Louis Sandier se rendit « dans la salle de la mairie à l’effet de procéder à la reconnaissance et récolement des archives et autres objets appartenant à la mairie dudit lieu ». Las, ces archives n’en sont pas pour autant bien traitées. Elles s’entassent sans que l’on en prenne grand soin, sans les classer, et sans les préserver des injures du temps. Au tournant du 20e siècle, la municipalité prend conscience de leur mauvais état, et décide de nommer une commission pour y remédier. Mais c’est le 26 février 1921 qu’un progrès décisif intervient, lorsque le maire Louis Boyer affecte aux archives une employée de la commune, jusque-là occupée aux besoins du ravitaillement : elle sera « mise à la disposition du service des archives communales, dont la plus grande partie se trouve pêle-mêle dans des placards (…), pour permettre, le cas échéant, de retrouver rapidement les documents utiles à l’étude ou à la discussion de projets divers ».
Le service des archives municipales de Vénissieux naquit donc il y a un peu plus de 100 ans maintenant. De nouveaux pas furent franchis par la suite, notamment avec la création d’un emploi permanent de « sous-archiviste » en 1971, puis celle d’un poste d’assistant en 1975, date à laquelle les archives déménagèrent de l’ancien hôtel de ville de la place Sublet, pour s’installer dans la mairie actuelle, avenue Marcel-Houël. C’est là, juste à côté du commissariat de police de Vénissieux, que vous accueillent les deux agents actuels du service. Ils ont en garde des trésors. Entre les registres paroissiaux des 17e et 18e siècles, les registres d’état civil depuis 1792, les recensements de la population depuis 1836, le cadastre du 19e siècle, les affaires militaires – dont les mesures prises en 1870 pour se protéger de l’invasion prussienne, ou le recensement des chevaux -, les registres des délibérations municipales depuis 1793, les listes électorales depuis 1848, les budgets de la commune depuis 1817, et tout ce qui concerne les édifices publics, l’agriculture, les moyens de transport, l’instruction publique ou même les associations sportives des 19e et 20e siècles, et encore, et encore, il y aurait de quoi nourrir pendant des années la curiosité des amoureux du passé de notre ville. Si le cœur vous en dit, n’hésitez pas à franchir la porte des archives. Elles sont accessibles à toutes et à tous.
Sources : Archives du Rhône, Es 214 et 215. Archives municipales de Vénissieux, séries D à S. Remerciements à S. Zaccardelli et à A. Poize, pour leur aide et leur dévouement.






























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