
Sur cette image, on aperçoit au premier plan le quartier Démocratie (démoli en 1994), au second plan le quartier Monmousseau (dont il ne reste que trois tours), et à gauche les premières constructions de La Pyramide. © Ville de Vénissieux
Depuis des temps immémoriaux, le vaste plateau des Minguettes se compose de terres agricoles et de vignobles. Sous l’Ancien Régime et jusqu’à la Révolution, le vin des Minguettes était assez prisé. C’est en octobre 1963 que se déroulèrent les toutes dernières vendanges. Les frères Élie et Marius Payet, fermiers à La Corsière, procédèrent à l’ultime cueillette en famille.
Durant la fin des années 1950 et tout au long des années 1960, certains secteurs de Lyon et plusieurs communes environnantes, construisaient de nouvelles et gigantesques zones urbanistiques. À Vénissieux, un projet d’envergure prévoyait la réalisation d’une importante ZUP — les zones à urbaniser en priorité furent créées en France par le décret du 31 décembre 1958 — sur ce lieu, appelé le plateau et s’étendant sur 220 hectares. Ce qui allait devenir la plus grande ZUP de France serait apte à accueillir une population de 40 000 habitants. Tours, immeubles et pavillons allaient être bâtis sur différents lieux-dits : Malaize, Montchaud, La Corsière, La Darnaise, Le Couloud, Grandes Terres des Vignes. D’autres secteurs prendront le nom de Léo-Lagrange, Monmousseau, Herriot, Démocratie, Thorez, Division-Leclerc, Rotonde, Armstrong, Pyramide et Lénine.
Historiquement, les Minguettes correspondaient à un secteur allant du Cluzel à Saint-Fons. Durant l’entre-deux guerres, un petit quartier s’était créé en bordure du chemin de Petit-bois, composé de modestes maisons agrémentées d’un jardin (en 1945, l’artère sera élargie sous le nom de rue Gabriel-Péri). Les habitants étaient majoritairement originaires d’Italie et d’Espagne. C’est le nom de ce lieu-dit qui est choisi pour dénommer l’ensemble de la vaste ZUP.
Début 1966 : les premiers habitants s’installent dans la tour 112, à Démocratie
Au recensement de 1962, la population de Vénissieux s’élève à 29 260 habitants, presque le double par rapport à 1946. La crise du logement, endémique depuis les bombardements de 1944, s’aggrave avec l’arrivée de personnes attirées par les nombreuses usines. Le 4 juillet 1963, le conseil municipal accepte officiellement le projet de ZUP. Durant plusieurs années et jusqu’en 1965, sont effectuées les procédures d’expropriation des propriétaires de maisons et de terrains. Pour une majorité d’agriculteurs sonne le glas de la profession.
Initialement, il est prévu la construction de 5 000 logements. Finalement, 58 tours de 14 à 15 étages et 30 barres sont réalisées sous la direction de l’architecte Eugène Beaudouin, avec l’assistance de deux autres architectes, René Bornarel et Franck Grimal. Durant les premiers mois des travaux, chaque jour, d’innombrables badauds s’agglutinent autour de la croix de La Corsière, assistant au ballet incessant des engins de travaux publics et du va-et-vient de dizaines de camions.
En novembre 1965, débute la phase active de la construction, dans les secteurs Démocratie, Pyramide et Monmousseau. Au cours du premier semestre de l’année 1966, les premiers habitants s’installent dans la tour 112, à Démocratie. En septembre 1966, une navette de la ligne 12 relie la place Léon-Sublet jusqu’à Cachin/Martyrs-de-la-Résistance, première liaison de transports en commun du plateau. En novembre de cette même année, sont mis en chantier les premiers groupes scolaires, Jean-Macé et Jean-Moulin. Ils ouvrent en septembre 1967. En janvier 1968, le CES Jules-Michelet accueille ses premiers élèves. Cette année-là, la pharmacie de La Pyramide est la première des Minguettes à ouvrir ses portes.
La vie du nouveau quartier durant les années 1970

Les Minguettes en 1983. © Rajak Ohanian – Ville de Vénissieux
En 1970, débute la troisième tranche de constructions incluant la clinique La Roseraie de la Mutualité française du Rhône. Le quartier dispose d’un autre groupe scolaire, l’école Louis-Pergaud. Durant le deuxième semestre, s’achève la construction des 123 maisons individuelles. En 1971, le docteur Jean-Jacques Martin (qui exercera jusqu’en décembre 2009), le docteur Voegel et l’infirmier M. Hayotte ouvrent leur cabinet à La Rotonde. Ils sont parmi les premiers personnels de santé à s’installer. Cette même année, l’école Léo-Lagrange est opérationnelle. En juin 1972, le plateau dispose du premier centre social, Eugénie-Cotton. Cette année est riche en inaugurations, avec la clinique de La Roseraie, la résidence Henri-Raynaud et le CES Elsa-Triolet.
En 1973, l’essentiel des constructions est achevé et, en mai, les habitants peuvent profiter de la piscine Auguste-Delaune. Puis, en avril 1974, ouvre un second centre social, Roger-Vailland. Au cours des années 1960 et 1970, plusieurs centres commerciaux voient le jour à Rotonde, Pyramide et Vénissy.
En novembre 1975, une troisième ligne de bus dessert les Minguettes, la 36, complétée en mars 1976 par la 54. Et, le 29 octobre 1976, un conseil municipal extraordinaire se tient au cœur de la cité et publie la charte de la ZUP.
En 1977, sont créés des courts de tennis [et l’association sportive féminine Minguettes Volley-Ball par Joanny Corgier]. C’est également cette année-là qu’ouvre la résidence Ludovic-Bonin pour personnes âgées. Désormais, le quartier dispose d’une quinzaine de médecins et spécialistes. Enfin, en mars 1978, les passionnés du 7e Art disposent d’un bâtiment flambant neuf, le cinéma Gérard-Philipe.
Dès la fin des années 1970, des critiques s’expriment sur le manque dans certains secteurs d’espace urbain et du trop grand rapprochement des immeubles-tours, en particulier à Monmousseau et Démocratie, donnant une impression de tassement. Malgré tout, un soin particulier environnemental s’opère par la plantation de nombreux arbres et fleurs le long des artères et sur les ronds-points. Ce quartier aéré, verdoyant, est considéré comme la ZUP de France la mieux entretenue et la plus fleurie.
Sources
– Bulletins municipaux, du 4ème trimestre de l’année 1966 et du 1er trimestre de l’année 1967
– « Vénissieux la rebelle » de Maurice Corbel, éditions Cercle d’Art, 1997
– « Dans les rues de Vénissieux » de Maurice Corbel, Mâcon Imprimerie, 2000
– Thèse de Marcele Trigueiro de Araújo Morais : « Éléments pour une prise en compte du rôle des espaces publics dans les grands ensembles. Les cas lyonnais de la Ville Nouvelle et des Minguettes », présentée devant l’Institut national des sciences appliquées de Lyon et soutenue le 5 décembre 2008 (n° 2008 ISAL 0105)
– « La Porte des Minguettes, fragments d’histoire des ensembles Monmousseau et Démocratie » de Christophe Vincendon, Public Imprim, Ville de Vénissieux, 2009
-Articles du Progrès du 2 novembre 1980 et du du 5 mars 1983, de Lyon-Matin du 6 décembre 1980.






























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