De Sembat à Sciences Po Paris : « n’ayez pas peur de l’excellence »

Trois étudiants de Sciences Po Paris, anciens élèves du lycée Marcel-Sembat, sont revenus témoigner de leur parcours auprès de lycéens qui rêvent à leur tour d’intégrer le prestigieux établissement, via la convention éducation prioritaire (CEP).

Niels, Aline et Louise, de retour à Vénissieux pour témoigner de leur vécu à Sciences Po

Lundi midi, centre de documentation et d’information du lycée Marcel-Sembat. Comme chaque semaine, Ayoub, Marie, Sarra et Aryane (en terminale ES), ainsi qu’Enzo, Océane et Lukas (en première ES), viennent plancher sur des sujets de société. L’ambiance est studieuse. À leurs côtés, Mmes Ermakoff et Hermite, respectivement documentaliste et professeur de sciences économique et sociale, et M.Tilland, qui enseigne l’histoire-géographie.

Mais ce 14 janvier est un peu particulier. Il marque le retour des enfants « prodiges ». Trois anciens élèves de Sembat, qui ont décroché le concours d’entrée à Sciences Po Paris dans le cadre de la convention éducation prioritaire (CEP) signée en 2005 avec le prestigieux établissement. Louise, Niels et Aline sont venus témoigner de leur parcours. Niels étudie sur le campus de Sciences Po à Nancy, les deux filles sont à Paris. Les questions ont été nombreuses : « Vous qui veniez de la section S avez-vous eu des problèmes avec l’économie ? Avez-vous pensé qu’intégrer cette école via la CEP vous donnait moins de chance de réussir ? Appréhendiez-vous l’oral d’admission ? Y a-t-il une vie à côté de Sciences Po ? ».

Les trois étudiants ne cachent pas que le concours est difficile, mais estiment qu’il ne faut pas être forcément un excellent élève pour le réussir. Aline donne des tuyaux : « Le premier oral d’admissibilité sur votre revue de presse que vous passerez ici est très important. Si vous êtes admissible, vous passerez un oral à Paris. Il s’agit d’un entretien de personnalité. Il faut leur montrer votre motivation. N’hésitez pas à leur dire vos passions, même si c’est le coloriage, foncez, n’ayez pas peur de l’excellence. Le jury est parfois un peu déconcertant, car il pose des questions sur le dernier film vu ou le dernier livre lu ».

Pas moins bons que les autres

Aline reconnaît qu’au début elle ne se sentait pas à sa place parce qu’elle avait été admise via la CEP. « Mais cela m’a donné envie de croire en moi. Au final, je ne suis pas moins bonne que les autres. Aujourd’hui, je me sens bien. Les profs nous aident beaucoup, ils sont à notre écoute. Je ne partirai de Paris pour rien au monde, alors qu’au début, croyez-moi, ce fut difficile ! On quitte notre famille, on ne connaît pas grand monde et puis il faut s’assumer, faire ses courses. Enfin, ce n’est pas toujours facile de s’intégrer, car les milieux sociaux sont très diversifiés. »

Concernant la charge et les méthodes de travail, les trois étudiants s’accordent à dire qu’il suffit de bien s’organiser et de privilégier la régularité. « À Sciences Po, vous gérez du premier jour jusqu’au partiel. » Mais, assurent-ils, « il y a quand même une vie à côté des études. Le nombre d’associations présentes sur les campus est tellement important que vous êtes quasiment obligés de vous investir dans des activités parallèles ». Aline pratique la musique une fois par semaine et mène des actions humanitaires. Louise s’investit dans l’aide aux migrants, tandis que Niels a commencé le rugby à sept et effectue des maraudes auprès des SDF.
Tous trois ont eu parcours similaire : avant la cité scolaire Sembat, ils étaient scolarisés à Saint-Symphorien-d’Ozon, leur collège de secteur. Pendant deux ans, ils vont rester soit à Paris soit à Nancy, puis passeront un an à l’étranger, avant de se retrouver à Paris où ils termineront leur cursus.

 

Pour en savoir plus

Au début des années 2000, Sciences Po faisait le constat du manque d’ouverture sociale et culturelle du recrutement des grands établissements français. À l’origine de ce verrou social : le manque de moyens financiers, l’absence d’informations, le biais social lié à la nature des épreuves de sélection, et un important phénomène d’autocensure.

En 2001, naissait la CEP (convention éducation prioritaire) permettant aux élèves de lycées relevant de l’éducation prioritaire d’intégrer Sciences Po. Une vingtaine d’élèves de Marcel-Sembat y ont été reçus depuis 2005, et cinq de Jacques-Brel depuis 2006. Ce dispositif bénéficie d’un certain nombre d’aides. Les billets de train (Lyon-Paris) des étudiants sont financés par une subvention du Conseil régional. Une allocation de la Ville de Vénissieux permet de prendre en charge une partie du coût des billets des enseignants qui accompagnent le groupe. Le reste étant payé sur les crédits de fonctionnement du lycée.

La CEP se double parfois d’autres partenariats. Ainsi le lycée Sembat a signé avec Sciences Po Lyon une convention pour aider les élèves à se préparer au concours commun écrit. Un accord existe également avec l’INSA. « Ces ententes s’inscrivent dans notre contrat d’objectifs tripartite qui veut favoriser et accompagner les parcours ambitieux, adaptés à chaque élève », souligne Marie Ermakoff, documentaliste de l’établissement du boulevard Marcel-Sembat.

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