En ce début d’année 2026, sur le marché du centre de Vénissieux, les discussions vont bon train : le froid, la période des fêtes qui vient de s’achever, les bonnes résolutions, les élections municipales qui approchent… occupent la plupart des échanges près des étals. Alors, quand on interroge les habitants sur l’impact de la ZFE dans leur quotidien, il faut bien souvent un temps de réflexion avant d’émettre un avis.
« Ah, oui, la ZFE [Vénissieux est concernée dans toute sa partie interne au boulevard périphérique Laurent-Bonnevay, comme le sont Caluire-et-Cuire, l’ensemble des arrondissements de Lyon, certaines zones de Villeurbanne et Bron, ainsi que les voies structurantes de l’agglomération, ndlr]… réfléchit un habitant de Max-Barel. Je m’en suis surtout préoccupé au moment de changer de voiture. J’ai pris une essence, même ancienne, plutôt qu’un diesel assez récent. Mais elle est toujours en vigueur ? »
Ce doute est légitime : le 17 juin, l’Assemblée nationale a approuvé, par 275 voix contre 252, la suppression des zones à faibles émissions (ZFE), en adoptant un article relatif au projet de loi de simplification. Ce dernier avait été introduit en commission, quelques semaines plus tôt, à l’initiative de députés LR et RN. Et depuis ? Plus grand-chose.
En effet, s’il ne restait qu’un passage du texte en commission mixte paritaire (pour trouver un compromis sur les différentes versions des textes adoptés par l’Assemblée Nationale et par le Sénat), celui-ci a été victime de l’instabilité politique. Prévu initialement pour le 30 septembre dernier, puis pour le 26 novembre, il pourrait avoir lieu en ce mois de janvier. Mais aucune date n’a pour l’instant été annoncée.
« En l’état, la ZFE reste pleinement active sur notre territoire, confirme Jean-Charles Kohlhaas, vice-président de la Métropole de Lyon en charge notamment des déplacements. C’est aussi le cas de toutes les mesures d’accompagnement décidées et mises en place depuis l’entrée en vigueur de la mesure. Tant qu’il n’y a pas de décision définitive au niveau national, rien ne change et c’est une bonne chose pour la protection de la santé des habitants de la Métropole. »
Quels résultats pour la qualité de l’air ?
Au-delà de l’avenir des ZFE en France, au sein de la Métropole de Lyon le bilan semble plutôt positif. La dernière étude « Portraits de territoire », réalisée sur la période 2019-2023 par l’observatoire de la qualité de l’air dans la région, confirme une baisse des émissions générées par le trafic automobile de 44 % pour les oxydes d’azote et de 24 % pour les particules fines PM2,5. « Nous avons divisé, en dix ans, par deux la pollution au dioxyde d’azote sur la Métropole de Lyon, assurait ainsi, en 2024, la président de la collectivité territoriale, Bruno Bernard. Et la vitesse de diminution peut nous rendre optimiste pour l’avenir. » Au point de revenir sur l’interdiction du diesel prévue par la ZFE lyonnaise en 2028 ?
À Vénissieux, près de 10 000 véhicules interdits
Un horizon qui a attisé les tensions politiques, y compris au sein de la majorité métropolitaine. Et pour cause : les villes populaires sont en première ligne. À Vénissieux, au 1er janvier 2025, 7 007 nouveaux véhicules ont été interdits de circuler dans la ZFE — sauf dérogation. Un nombre conséquent qui s’ajoutait aux 699 véhicules Crit’Air 5 et aux 2 188 véhicules Crit’Air 4, interdits de ZFE en 2023 et 2024. Au total, en janvier 2025, 9 894 véhicules vénissians ont été concernés, soit près de 40% du parc automobile local. « Et nos projections nous confirment que cette situation ne va pas s’améliorer dans les prochaines années, assurait, dans un courrier adressé au ministre de l’Économie et à la ministre de la Transition écologique, Michèle Picard, maire de Vénissieux et vice-présidente de la Métropole. En effet, en 2028, avec l’interdiction des Crit’Air 2, 17 000 véhicules vénissians seront empêchés de circuler en ZFE, soit 3 voitures existantes sur 4. »
Alors, quel avenir pour la ZFE de la Métropole de Lyon ? La réponse se trouve sans doute entre les mains de la future commission mixte paritaire… voire entre celles du Conseil constitutionnel — qui pourrait décider que le texte voté par l’Assemblée nationale n’était pas valable car trop éloigné de son objet initial, la simplification de la vie économique. « En attendant, on prend un peu plus le tramway que la voiture pour aller dans Lyon ou au Moulin-à-Vent, confie Manuel, un père de famille Vénissian. De toute façon, on a tellement de mal à circuler en ville… »
Les ventes de véhicules hybrides et électriques dopées
Quel que soit son avenir, la ZFE aura fortement modifié le marché automobile, avec une forte chute des motorisations essence et diesel. Selon des données publiées récemment dans le département, les volumes de ventes des véhicules neufs sont passés d’environ 82 000 véhicules en 2023 à près de 67 000 en 2025. Une baisse plus marquée que la moyenne nationale sur la même période.
Dans le même temps, les ventes de véhicules hybrides non rechargeables connaissent une forte dynamique, tout comme les véhicules électriques : les ventes de ces derniers ont encore progressé d’environ 16 % dans le Rhône en 2025. Un rythme supérieur à la tendance nationale.
« Ce qui est certain, c’est que les véhicules diesel ont plus de mal à trouver preneur chez ceux qui suivent l’actualité locale, y compris en occasion, confirme un employé d’une concession automobile de Vénissieux. Il m’est arrivé de faire de la sensibilisation sur le sujet, notamment auprès des plus de cinquante ans, en leur demandant s’ils savaient qu’un diesel ne serait pas une bonne idée en fonction de leurs trajets réguliers. Mais les modèles hybrides et électriques restent chers, tout le monde n’a pas les moyens. Alors, beaucoup optent pour un modèle essence, et nous préférons céder certains véhicules diesel à d’autres professionnels dans des zones plus rurales, dans lesquelles ceux-ci restent recherchés. »































Derniers commentaires