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Enfants pauvres : derrière les chiffres, des vies

Au moment où un rapport de l’Unicef pointe le peu d’efficacité de la France dans la lutte contre la pauvreté des enfants, nous sommes allés à la rencontre de ces filles et de ces garçons qui survivent au quotidien.

On parle régulièrement de la pauvreté en France, plus rarement du cas des enfants pauvres. L’Unicef vient de publier un rapport qui pointe les retards de la France parmi les pays les plus riches. À Vénissieux, dans tous les quartiers, des enfants sont touchés par cette pauvreté. Témoignages.
Anissa m’avait donné rendez-vous en début d’après-midi, ce lundi 4 juin, aux portes de l’école où ses trois enfants sont scolarisés. Trois enfants de 4, 6 et 8 ans qu’elle laisse deux fois par semaine à la cantine pour qu’ils prennent un repas équilibré. “Je travaille à mi-temps comme femme de ménage. Mon mari est sans emploi. Au chômage depuis plusieurs années, il ne perçoit presque plus rien. » Ils font avec les aides sociales, et celles des associations. « Cet hiver on allait au Resto du Cœur. Parfois on a des aides d’urgence par la mairie. Avec la CMU, on ne paie pas les visites chez le médecin. Pour les vêtements on fait les braderies du Secours populaire.”
Mais combien de temps vont-ils tenir ? “La priorité, c’est de payer le logement : sinon on s’enliserait encore plus vite. Le pire c’est pour nos enfants : on n’invite pas leurs copains à la maison. Notamment pour leurs anniversaires car acheter des jus de fruit, des gâteaux, des bonbons pour tous grèverait notre budget. » Pour la cuisine, la maman se rend au marché du Centre tous les mercredis matins, au moment où les forains remballent : “Certains vendeurs me connaissent bien et font des prix vers midi, ce qui me permet de cuisiner quelques légumes. Mais c’est très difficile. Nous comptons à l’euro près. »
Un peu plus loin, à Parilly, il y a ces enfants qui « échappent aux statistiques » et qui vivent dans des camps de Roms dans des conditions de pauvreté extrême. Il y a aussi ceux qui vivaient au hangar, à Vénissieux, avant qu’il ne brûle en mars 2011. Après avoir erré plusieurs mois de parc en parc, ils sont pour certains installés dans un autre camp, rue de la Feyssine à Villeurbanne, au bord du périphérique.
Vénissieux accueille également d’autres enfants dont les parents, chassés de leur pays, sont entrés illégalement sur le territoire. Alors que faire face à cette situation ? Ce garçon de 12 ans que je connais depuis longtemps résume bien son ressenti : “Moi je vis dans un foyer depuis que je suis arrivé avec ma mère, et mes deux frères. J’ai honte de dire là ou j’habite. Personne ne connaît ma vie. Au collège, je fais celui pour qui tout va bien mais au fond de moi c’est difficile. J’ai très peur du regard des autres. Car je suis pauvre. Pourtant je n’en veux à personne. Peut être qu’un jour je réussirai et que je tiendrai ma revanche. En travaillant bien au collège, j’intégrerai un lycée. À moins que je sois expulsé. On apprend à vivre ainsi. Mais on ne l’accepte pas”.
Selon l’Unicef, notre pays se situe au 14e rang des 35 pays étudiés, parmi les moins bons élèves des pays les plus riches : la France compterait entre 8,8 % et 10,1 % d’enfants pauvres.
Pour l’Unicef, tout n’est pourtant pas sombre. L’organisation souligne “l’engagement de la France” le plus important en Europe, “les fortes dépenses publiques consacrées aux familles” qui permettent “de diminuer pour moitié le taux de pauvreté relative des enfants”. Mais, faute d’efficacité, l’Unicef plaide pour un suivi plus précis de l’enfant : “l’aider concrètement dans sa scolarité, favoriser l’accès régulier aux sports et aux loisirs, permettre une visite médicale régulière, le doter d’un bureau, d’un ordinateur, d’un accès internet…”

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