Comme chaque année, la trêve hivernale des expulsions locatives s’est achevée le 31 mars. Depuis cette date, en France, des milliers de familles peuvent de nouveau être mises à la porte de leur logement suite à des impayés — et les fournisseurs d’énergie peuvent, également, procéder à des coupures.
À Vénissieux, cette perspective concerne « une dizaine de foyers, notamment des femmes et des familles mono-parentales, en tout cas s’agissant de ceux que l’on accompagne », indique André Mazuir, porte-parole du Réseau d’alerte et de solidarité des Vénissians, qui œuvre depuis des années contre l’enfer des expulsions. « Mais en réalité, il y a sans doute beaucoup plus de familles sur lesquelles la menace place, anticipe-t-il. Car, et c’est le grand malheur de la précarité, il est souvent difficile pour ces personnes de s’ouvrir à d’autres, de demander une aide dont ils auraient bien besoin. Certains partent alors, pour éviter de voir la police arriver un matin pour leur dire de s’en aller, alors même qu’ils n’ont pas de solution de relogement. »
Dans son dernier rapport, la Fondation pour le logement (ex-Fondation Abbé-Pierre) ne dit pas le contraire. « En 2025 en France, 30 500 expulsions ont eu lieu. Largement sous-estimée, cette réalité concerne bien plus de personnes, puisque deux à trois fois plus partent d’elles-mêmes, de peur d’une expulsion par la force. Près de 200 000 personnes ont subi ce traumatisme en 2025. Une augmentation de 25 % ! »
Les expulsions forcées de locataires ont même bondi de 60 % en deux ans, selon les données de la Chambre nationale des commissaires de justice. Là encore, sans prise en compte de ceux qui partent avant l’intervention des forces de l’ordre.
Une loi Kasbarian aux effets dévastateurs
Les causes de ces hausses ? « La crise du logement, le faible niveau des APL, l’inflation, le non-respect de la loi DALO », résume André Mazuir. Qui n’oublie pas d’incriminer également la loi dite Kasbarian-Bergé de juillet 2023, qui avait pour but de faciliter l’expulsion des locataires en situation d’impayés en accélérant les procédures, en renforçant les sanctions et en réduisant les délais et protections dont ils pouvaient bénéficier. « À cause de cette loi, on a des familles expulsées pour des dettes de quelques centaines, ou quelques milliers, d’euros, regrette André Mazuir. C’est une autre logique avec laquelle il faut désormais composer : en face de nous, l’objectif est moins de trouver une solution pour apurer la dette, il s’agit plutôt de récupérer au plus vite le logement pour le relouer. Résultat, des parcours de vie se brisent et vivent le traumatisme de l’expulsion. Avec des conséquences dans la durée. »
« En effet, l’expulsion est un bouleversement qui a des conséquences graves sur la santé psychique et physique, la vie professionnelle ou encore la scolarisation des enfants, confirme la Fondation pour le logement. Un à trois ans après une expulsion, un tiers des ménages n’a pas retrouvé de solution durable de logement. Ces dizaines de milliers de familles viennent grossir les rangs des personnes toujours plus nombreuses en attente d’un logement social ou d’un hébergement d’urgence. Faute d’accéder à une solution pérenne, ces ménages se retrouvent alors hébergés chez des tiers, comme 600 000 personnes déjà, ou contraints de vivre dans leur voiture ou à la rue. »





































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