

L’équipe de Wake up Café Lyon accueille une dizaine de wakeurs par jour, du lundi au vendredi
Ce mercredi 15 avril, une nouvelle journée bien remplie commence dans cette bâtisse située à deux pas du métro Parilly. Comme chaque matin, dès 9 heures, Rayan, Didier, Amélie, Mohamed et les autres poussent le portillon métallique du jardin. La cafetière ronronne. Roland, cuistot de formation et doyen de l’équipe (74 ans), s’apprête à préparer ses choux-fleurs en croûte qu’il servira au déjeuner.
Au salon, le tableau blanc indique les objectifs, missions et rendez-vous de chacun : chercher une mission en intérim, finaliser un CV, réviser son code, ou encore refaire des papiers. Dans la salle à manger, le tableau noir qui lui fait face affiche la citation inspirante du jour : « La réussite est un voyage, pas une destination. » Cette nouvelle étape du voyage commence à la chinoise, sur la terrasse, avec un réveil musculaire collectif en musique.
Ces dix personnes ont deux points communs : toutes ont connu la prison. Et veulent se construire un avenir meilleur. Installé à Vénissieux depuis novembre 2025, le Wake up Café Lyon a été créé en 2019. Il est financé à la fois par le secteur public et par le privé, et a déjà accompagné plus de 200 bénéficiaires. Le site de l’avenue Jules-Guesde est l’un des douze que compte Wake up Café (WKF) dans l’Hexagone. « Une réinsertion durable, sans récidive » : telle est la devise de l’association fondée en 2014 par Clotilde Gilbert, aumônier de prison.
94 % ne replongent pas
« Cette maison est une base d’ancrage, un lieu ressource, présente Amélie, responsable de site, à la tête d’une équipe de huit personnes. Nos bénéficiaires s’appellent ‘wakeurs’. On pourrait traduire par ‘réveilleurs’. Ils manifestent une vraie volonté de changer de chemin. Ils reçoivent l’aval de leur Conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation (CPIP). En amont, nous les rencontrons au parloir et entretenons un lien épistolaire jusqu’à leur sortie. Ils s’engagent à venir du lundi au vendredi de 9h30 à 17 heures pour participer à des ateliers. Dès la sortie de prison, beaucoup de choses leur tombent dessus : des dettes, des soucis administratifs, amicaux, familiaux… Passé la phase d’excitation viennent la frustration et la colère. C’est au moment où ils se heurtent aux obstacles que le risque de récidive est le plus haut. »
Les chiffres parlent pour le Wake up Café Lyon. Les données de 2025 révèlent un taux de récidive dans l’année qui suit la libération de l’ordre de 6 %. Alors qu’en France, environ un sortant sur trois est à nouveau condamné dans l’année, selon le service statistique ministériel de la justice.
Pour tenir le cap, les ex-détenus ont une étape cruciale à valider et un écueil à éviter : trouver un toit et régler leurs soucis d’addiction. « Le logement, c’est la bête noire, affirme Alix, chargée d’insertion. Beaucoup n’ont pas d’endroit où vivre. Ceux qui bénéficient du régime de semi-liberté au centre de Jean-Macé peuvent se concentrer sur la recherche de travail en attendant de pouvoir accéder au logement social. L’autre problème courant, c’est l’addiction. Beaucoup ont consommé de la drogue ou des médicaments pour tenir le coup. Ici, nous avons un suivi psychologique et nous orientons vers un addictologue. Pour se reconstruire, il est essentiel d’être dans une bonne disposition mentale. »
Ils témoignent
Amélie (33 ans) : « Le sentiment d’appartenir à une famille »
« Je suis sortie fin février après 6 ans d’incarcération à Corbas et Roanne. Dedans, c’était l’enfer. Je ne sortais pas de mon lit. Mais une fois dehors, je me suis sentie totalement vide. J’avais des nausées et des vertiges. J’ai connu Wake up Café grâce à une copine qui est sur le site de Montpellier. Et ma mère avait vu un reportage à la TV. C’est encore mieux que j’imaginais. Ici, j’ai le sentiment d’appartenir à une famille. Tout le monde est bienveillant. Avant, j’étais aide médico-psychologique auprès des personnes handicapées. Comme j’ai un casier judiciaire, je ne peux plus faire ce métier. Mais j’ai un projet dans l’esthétisme. J’ai trouvé une école aux Brotteaux. Reste à trouver un employeur. Un jour, je pourrai me mettre à mon compte. J’ai une formation en comptabilité et en gestion entrepreneuriale. Et j’ai obtenu mon CAP vente en prison. »
Mokhtar (50 ans) : « Il n’est jamais trop tard pour bien faire »
« En cumulé, j’ai passé 25 ans derrière les barreaux. Soit la moitié de ma vie. Dès que je sortais, j’étais livré à moi-même, sans argent ni appartement. Je dormais à l’hôtel. À la fin du mois, je payais l’équivalent du loyer d’une villa ! Alors je repartais en besogne. J’ai 50 ans, maintenant ça suffit. À Rennes, mon CPIP m’a orienté vers Wake up Café. Au début, c’était dur. En prison, j’étais toujours tout seul. En sortant, en janvier dernier, j’étais à l’ouest. Je ne supportais rien. Il y avait trop de monde, trop de bruit, alors je m’isolais. J’ai tout arrêté : drogues et médicaments. Je reviens de loin. Maintenant, je veux me poser. J’ai un CAP horticulture. Travailler dans les espaces verts me conviendrait bien. Il n’est jamais trop tard pour bien faire. »
Roland (74 ans, cuisinier bénévole) : « L’oisiveté est mère de tous les vices »
« Je suis là depuis le début, en 2019. J’ai rencontré l’équipe du Wake up Café lors d’une soirée au TNP de Villeurbanne au cours de laquelle je parlais des longues peines. J’ai passé 28 ans de ma vie en prison. Je n’ai jamais travaillé. J’étais un bandit. Plus jeune, j’ai passé mon CAP cuisine, comme le souhaitait ma mère. Je voulais devenir guide de haute montagne. Au lieu de ça, je n’ai pas arrêté de plonger. Je viens tous les jours au Wake up Café. Je prépare le repas. Ça m’occupe l’esprit. On dit que l’oisiveté est mère de tous les vices. Et le lien, ça fait du bien. Je compte acheter un camion, prendre un chien, et partir visiter quelques pays. Ma femme, qui est avec moi depuis 43 ans, me rejoindra. »
Mohamed (48 ans) : « Je me suis vite mis à la page »
« J’ai connu la rue et la prison. Ici, on m’a accueilli à bras ouverts. Je me suis vite mis à la page. En moins d’un mois, j’ai trouvé mon premier contrat d’intérim dans les espaces verts. J’ai travaillé 5 mois sur 7. Je passe bientôt un entretien. J’aimerais bien signer un contrat de 6 mois. Sans l’équipe de Wake up Café, je n’en serais pas là. Ils me donnent beaucoup de force et de motivation. Si on n’est pas décidé à s’en sortir, on n’a rien à faire ici. Il y a une charte à signer qui nous engage. On se doit de la respecter. »






































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