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Journée internationale des droits des femmes : contre la montée des discours masculinistes

Un récent rapport du Haut conseil à l’égalité s’inquiète de la démocratisation de mouvements tels que les masculinistes.

Archives © Raphaël Bert — Rassemblement organisé par le Collectif droits des femmes, place Louis-Pradel à Lyon, contre les violences faites aux femmes.

La menace masculiniste est « organisée, décomplexée », alertait mi-février Laurent Nunez, ministre de l’Intérieur. Cette intervention à l’Assemblée nationale faisait suite à une attaque subie par le numéro national 3919, dédié aux femmes victimes de violences. Cette ligne d’écoute a en effet été la cible d’appels malveillants visant à en saturer l’accès. Fin janvier, Camille Lextray, porte-parole de la Fédération nationale solidarité femmes (FSF), évoquait des « appels coordonnés », « de plus en plus virulents » et des « attaques envers les écoutantes ».

Le ministre a alors rappelé que cette situation n’est pas un fait isolé, mais un « contexte plus large de montée en puissance de la menace masculiniste (…) qui s’attaque frontalement aux politiques d’égalité, aux associations féministes et aux dispositifs de protection des femmes ». Ce constat a également été fait par le Haut conseil à l’égalité (HCE). Dans son rapport annuel, paru en début d’année, qui fait un état des lieux du sexisme en France, un focus a été fait sur l’émergence et l’expansion des réseaux masculinistes.

« Le masculinisme ne constitue pas un mouvement homogène, mais un écosystème diversifié dans ses discours, ses modes d’organisation et ses stratégies d’influence, explique l’instance. Ces réseaux présentent toutefois un dénominateur commun : la haine et la violence envers les femmes. Leurs messages se propagent de manière exponentielle, notamment via les réseaux sociaux, dans l’ensemble de la société. »

Là où le féminisme met en avant l’égalité entre les sexes, le masculinisme, quant à lui, défend la domination masculine : « Son discours repose sur une rhétorique victimaire dénonçant la prétendue fragilisation de la condition masculine, assure le HCE, instrumentalisant ainsi certaines frustrations sociales pour justifier le maintien des privilèges masculins, la restauration d’une virilité traditionnelle et, dans certains cas, la violence envers les femmes ».

À la naissance d’un enfant, c’est souvent encore la mère qui met sa carrière en pause pour s’en occuper

En juin 2025, à Saint-Étienne, un jeune homme de 18 ans a été interpellé avec deux couteaux près d’un lycée de la ville. Il s’est revendiqué de la mouvance incel (une communauté en ligne hostile aux femmes) et prévoyait de s’attaquer à des femmes. Pour la première fois en France, le parquet national antiterroriste (PNAT) s’est saisi du dossier, et le suspect a été mis en examen pour association de malfaiteurs terroriste en lien avec ces projets criminels.

Le HCE met également en avant la banalisation du sexisme paternaliste. D’après l’institution, sous couvert de « protection, de bienveillance ou de valorisation des rôles traditionnels », les femmes sont enfermées dans des représentations stéréotypées de fragilité ou de dépendance. Près de 27 % des hommes adhèrent à ces idées, contre 18 % des femmes. « Certaines femmes intériorisent ainsi, parfois inconsciemment, des schémas qui légitiment des inégalités ou valorisent des modèles traditionnels de féminité (soumission, dépendance, conformité aux rôles attendus) », détaille le Haut conseil à l’égalité.

« C’est un sexisme insidieux, explique Gwendoline Lefebvre, présidente de l’association Femmes solidaires Rhône. Sous ces prétextes de bienveillance et de protection, on maintient des idées inégalitaires. » Elle évoque par exemple le fait que la responsabilité financière du foyer revienne aux hommes, que les femmes, de leur côté, aient la responsabilité des tâches ménagères ou doivent réduire leur temps de travail à l’arrivée d’un enfant, car elles gagnent moins. « Ces idées laissent penser que les hommes et les femmes sont complémentaires et non égaux socialement. »

D’après la présidente de Femmes solidaires Rhône, même si certaines choses avancent dans le combat pour le droit des femmes, un retour en arrière doit tout de même être observé. « Que ce soit le sexisme, le racisme, l’antisémitisme, la LGBTphobie, on entend des discours qu’on n’entendait plus. » Elle fait notamment le lien avec la montée de l’extrême droite en France comme dans le reste du monde. Un constat partagé par le Haut conseil à l’égalité. « Il existe également une forte corrélation entre l’adhésion au sexisme et certaines appartenances idéologiques ou religieuses. Les personnes se déclarant croyantes, celles se positionnant à droite ou à l’extrême droite, ainsi que les individus sans orientation politique affirmée, apparaissent comme les groupes les plus perméables à ces attitudes hostiles envers les femmes. »


CHIFFRES CLÉS

• 60 % des hommes pensent que « les féministes veulent que les femmes aient plus de pouvoir que les hommes », ce qui reflète une vision du féminisme comme une menace pour les hommes. Ils sont autant à estimer que « les féministes ont des demandes exagérées envers les hommes ».

• Plus de 18 % des hommes croient que « les femmes prennent les postes des hommes sur le marché du travail », une idée liée à la théorie du « remplacement » masculin.

Sources : rapport du Haut conseil à l’égalité


Le « bodycount » et les « tradwives »

Ces dernières années, deux phénomènes prennent de l’ampleur en France. Le premier est connu sous le terme de « bodycount » et recense le nombre de partenaires sexuels qu’une personne peut avoir au cours de sa vie. Sur les réseaux sociaux, de plus en plus d’hommes déclarent vouloir une femme « pure », ce qui veut dire avec peu ou aucun partenaire sexuel, les autres étant jugées « indignes de mariage ». Cette contrainte concerne quasi exclusivement les femmes. Pour les hommes, un nombre élevé de partenaires est au contraire souvent valorisé. Selon le rapport du Haut conseil à l’égalité, « 24 % des hommes pensent que les femmes ayant eu de multiples partenaires ne peuvent plus s’attacher durablement ensuite ».

Le mouvement des « tradwives » sont des femmes qui privilégient le foyer et le rôle domestique traditionnel comme dans les années 50.

L’autre phénomène concerne les « tradwives » (traditional wives). Ce mouvement est largement inspiré des États-Unis et se développe sur les réseaux sociaux. Ces femmes présentent un mode de vie conservateur et mettent en avant la valorisation du mariage, la maternité, la gestion du foyer. Elle priorise et soutiennent leurs conjoints, souvent au détriment de leur propre épanouissement personnel. Le développement du contrôle de la sexualité féminine avec le « bodycount » et la promotion des « tradwives », montrent que les inégalités persistent et remettent en cause la place de la femmes dans notre société.

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