Oumse Dia, le flow de Monmousseau

L’hommage d’Oumse Dia à la MJC de Vénissieux, lieu mythique du rap lyonnais. Photo Raphaël Bert Expressions
L’hommage d’Oumse Dia à la MJC de Vénissieux, lieu mythique du rap lyonnais. Photo Raphaël Bert Expressions

À quarante ans, le temps du partage d’expérience est venu pour Oumse Dia, qui a grandi et reste attaché à Monmousseau. La famille et les amis l’ont aidé à se construire, le foot et le rap à s’affirmer, en toute intégrité.

Oumse Dia n’est pas un chat. On prête aux félins plusieurs vies successives, alors que lui les vit toutes en même temps. Footeux, rappeur, acteur… Certes, on est loin des neuf existences des matous, mais Oumse Dia a encore de la marge.

Né en février 1979 à Djambala (Congo Brazzaville), il arrive à Vénissieux à l’âge de six ans, suivant ses parents qui font médecine à Lyon. La famille emménage à Monmousseau. École Léo-Lagrange, collège Paul-Éluard, lycée Jacques-Brel : parcours classique de gosse du quartier. Classique aussi, il est inscrit au foot, à 7 ans. D’abord à l’US Vénissieux puis à l’AS Minguettes, où il joue défenseur central.

« On m’a trouvé des capacités, ça m’a fait voyager » dit-il, modeste. Forbach en CFA, Beaucaire en National, Clermont-Ferrand en D2. Mais la coupure avec les siens est difficile. « Dans la culture africaine, la famille c’est sacré. Je suis revenu dans le giron, d’abord en jouant à la Duchère puis de nouveau à l’ASM ».

Avec le temps, le son empiète sur le gazon, le flow filoute le foot. « J’ai été bercé par le jazz, la musique congolaise et Kool and the Gang. D’où mon premier nom de scène Dady Funky ! Mais avec les copains du collège, on écoutait les Vénissians IPM et Maréchal, et IAM, dont les titres passaient des messages. » Oumse Dia pousse sur le riche terreau du rap lyonnais des années 1990-2000. Mais Casus Belli, IPM, DNC, Octopussy, Les Gourmets, les Enfants Sauvages, Ming8 Halls Starf ou le collectif de l’Animalerie traversent le ciel hip-hop en météorites, sans s’accrocher à la voûte.

Le QG des héritiers, c’est la MJC de Vénissieux. « C’était le seul endroit pour se poser, écrire, répéter, enregistrer et faire nos premiers concerts, dans le parc qui accueillait les Nuits Métisses. Boucif et Yvon, les animateurs, et Michel, le directeur, nous encourageaient à nous frotter au public. » Avec son copain d’enfance Bassem Braiki (alias Transporteur RS), ils deviennent La Mannschaft. Le duo tourne sur les scènes lyonnaises, décroche les premières parties de Gravediggaz, Wu Tang Clan, IAM… « Ça commençait à prendre, se souvient Oumse Dia. Je bossais dans le télé-marketing la journée et le soir je composais et je jouais. »

Au culot, le jeune homme débarque au printemps 2014 dans les studios parisiens de Traces TV, pour présenter son single solo « Viens faire un tour ». Dans l’émission Jeunes Talents, le morceau passe de la 10e à la 1re place en deux semaines. La suite va très vite : interviews, concerts, autographes et retrouvailles avec Bassem pour un nouveau morceau (« 6-9 à l’ancienne ») qui cartonne sur la FM, YouTube et iTunes. Pour la première fois, Oumse Dia commence à vivre de son art. « Mes amis et ma famille m’ont aidé à garder les pieds sur terre, à ne pas prendre la grosse tête. Et à gérer ce qui allait suivre. »

Ce qui suit, c’est le pont d’or offert par la plus grande major musicale : contrat mirobolant, tournées, clips, médias, vie de château. À une petite condition. « On m’a dit que ce que je faisais c’était bien, mais que l’image renvoyée n’était pas assez noire, qu’il fallait montrer que, d’où je viens, c’est le feu, la violence, la drogue, il faudrait des textes hardcore, me relooker caillera, remplacer les potes par des bimbos. » Invité dans un palace, le gamin de Monmousseau a une nuit pour réfléchir.

« Le lendemain, je leur ai dit que je voulais rester moi-même, que j’aimais la musique qui passe des messages pour avancer et qui apporte de la joie, que je ne voulais pas m’enrichir en dénigrant le quartier où vit ma famille. On m’a dit OK, dommage, ciao. » Décidé à s’auto-produire, il fait le tour des radios et des télés. Fait de belles rencontres (Kery James, Soprano…) mais tombe de haut. M6 et Skyrock veulent bien le suivre, à condition qu’il leur achète des plages de pub. Nouveau refus. « J’ai continué à tourner en local. »

Des tournées aux tournages, il n’y a qu’un pas. En 2015, il est casté en pleine rue pour une figuration dans une série TV. Le voici maître d’hôtel dans la série Accusé sur France 2. « Ma tête devait bien passer, j’ai été ensuite contacté pour des tournages à Lyon, puis j’ai démarché les boites de prod. » Cherif, Plus belle la vie, Les sauvages, Un si grand soleil, Le grand bain… il enchaîne les apparitions, souvent en flic ou en vigile : le cinéma est fait de clichés. « Pour avoir une présence à l’écran, il ne faut pas avoir peur de la caméra. Le foot et le rap m’ont aidé à m’affirmer, à m’engager. »

Aujourd’hui salarié dans une société informatique, sa notoriété lui permet de donner un coup de pouce aux espoirs du rap (GVN, Nat Van Ba…) et aux associations telles qu’ASP à Vénissieux. Il intervient aussi dans les collèges, à la demande de l’Éducation nationale. « J’explique l’importance d’avoir un bagage scolaire, de ne pas être fasciné par ce qui brille, de se respecter soi-même et les autres. Mais aussi que venir d’un quartier peut être une vraie force… »

Le clip « Pourquoi moi ? » qu’il vient de réaliser sur les violences à l’école, sera diffusé début 2020. Quasiment en même temps que la sortie de son nouveau morceau. « Avis personnel » évoque les inégalités homme-femme, le racisme et le harcèlement scolaire. Pas sûr que ça plaise davantage aux majors, mais il s’en moque, il retombe toujours sur ses pattes, et enchaîne sur une nouvelle vie. Finalement, Oumse Dia est un chat.

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