Entre 30 500 et 55 000 étaient présentes ce jeudi à Lyon
C’est une journée qui était très attendue par les organisations syndicales. Depuis plusieurs semaines, elles annonçaient cette grève nationale du 5 novembre. Les salariés du privé et du public étaient appelés à descendre dans la rue pour demander des réponses au gouvernement et au patronat sur le pouvoir d’achat.
À Lyon, le parcours proposé par les syndicats, allant de la Manufacture des tabacs à la place Bellecour, a été interdit par la préfecture, qui craignait des débordements et des pillages comme le 17 octobre dernier. Le départ a été validé, mais l’accès à la Presqu’île était interdit. Le cortège a donc suivi le cours Gambetta, puis les quais Claude-Bernard et l’avenue Berthelot, pour ensuite atteindre la place Jean-Macé.
À 10h30, les abords de la Manufacture des tabacs étaient déjà bondés jusqu’au métro Sans-Souci. Il fallait jouer des coudes pour passer d’un trottoir à l’autre. La mobilisation présentait déjà tous les signes d’une manifestation massive. Dans le cortège, des lycéens, des étudiants, des retraités, des travailleurs mais aussi des parents venus avec leurs enfants. Tous déterminés à faire entendre leur voix.
Plusieurs centaines de personnes reprennent la chanson jouée par la fanfare présente : « J’ai deux passions, la fanfare, la révolution ». Puis les musiciens lancent la chanson « L’Arbre du Pendu » du film Hunger Games, devenue l’hymne de la mobilisation de cette rentrée. Un silence s’installe, la musique résonne et les manifestants murmurent la chanson en brandissant le salut à trois doigts.
Vers midi, les manifestants avancent pas à pas. Au loin, vers Garibaldi, on aperçoit la fumée des lacrymogènes et, en direction de Sans-Souci, on perçoit la fin du cortège. Alors qu’à l’avant, la situation est tendue entre les forces de l’ordre et certains groupes, le reste de la manifestation est très bon enfant, les participants dansent et chantent.
Parmi les personnes présentes, il y a Christiane, agent d’entretien dans une entreprise. Elle a tenu à venir aujourd’hui avec son mari Daniel, qui est ouvrier dans le bâtiment. Pour eux, c’est l’une de leurs premières mobilisations. Ils n’avaient pas participé aux grands mouvements sociaux comme celui pour les retraites ou celui des Gilets jaunes. « Ça nous coûte d’être ici, à nous deux on perd deux jours de salaire, mais c’est important ! On est allés à la manifestation aussi samedi dernier et on ira sûrement à celle du week-end, il faut leur montrer qu’on en a marre. »
Ces dernières années, comme bon nombre de Français, le couple a dû se serrer la ceinture : « Notre panier de courses est plus cher, l’essence aussi et je parle même pas du chauffage, pourtant notre salaire, lui, ne bouge pas ! » Ce que le couple regrette, c’est l’inaction du gouvernement et surtout son absence de réponse. « Je ne sais pas ce qu’il faut faire pour qu’ils réagissent », regrette Daniel.
Beaucoup d’enseignants sont également présents aujourd’hui. Ces derniers sont mobilisés aux côtés des lycéens depuis plus d’un mois. Ils sont là pour demander plus de moyens dans l’Éducation nationale, face au manque d’enseignants, aux locaux vétustes ou encore à l’opacité de la plateforme Parcoursup. « On s’est réunis dans le collectif pour les lycées prioritaires pour ces questions-là, indique un membre du personnel de vie scolaire de la cité scolaire Sembat-Seguin. Nous avons des rats dans l’établissement, les classes sont surchargées et notre dotation va baisser l’année prochaine. On va encore être fortement impactés. »
Depuis le début du mouvement lycéen, Jacques-Brel et Sembat-Seguin sont fortement touchés. Les deux établissements ont été fermés plusieurs jours, puis les cours ont été mis à distance à la suite de tensions. Ce lundi, les cours ont repris après deux semaines de vacances scolaires, mais la situation reste tendue. Les élèves continuent de revendiquer leurs droits, faute de réponses concrètes de la part du gouvernement.
« Le rectorat veut faire croire à une illusion de normalité alors qu’il y a très peu d’effectifs en cours, on avance au ralenti, liste Patrick Samzun, enseignant à Sembat-Seguin et syndicaliste. On a une réelle inquiétude pour la suite et notamment pour ce trimestre. Il y a de graves inégalités entre les élèves. Nous avons demandé des adaptations au rectorat, qui nous a demandé de mettre aux élèves une moyenne “représentative”. On ne sait même pas ce que ça veut dire. » De nombreux établissements vénissians étaient représentés ce mardi. On a notamment pu apercevoir des enseignants du collège Katia-Krafft.
Sur la route, au niveau du pont Gallieni, des affrontements ont eu lieu avec les forces de l’ordre. Mais une fois le cortège arrivé place Jean-Macé, l’ambiance était détendue. Une chenille géante s’est alors formée. Cependant, des groupes hostiles ont commencé à s’éparpiller dans les rues adjacentes, créant de nouvelles tensions avec les forces de l’ordre.
