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À Lyon, les manifestations interdites dans plusieurs quartiers

Les manifestations sont interdites dans la majeure partie de Lyon ce samedi. À Vénissieux, les Gilets jaunes annoncent une mobilisation avenue de Préssensé.

Manifestation lycéenne et étudiante à Lyon, le 6 octobre, première grande mobilisation du mouvement. Prévue de longue date, la manifestation des Gilets jaunes contre la vie chère, le 17 octobre, a elle aussi pris de l’ampleur dans ce contexte de contestation. Photo Emmanuel FOUDROT

Alors que l’« acte II » du mouvement des Gilets jaunes est annoncé pour samedi, le préfet du Rhône, Étienne Guyot, a pris un arrêté interdisant les manifestations dans une grande partie de Lyon. Cela concerne notamment « les cortèges, défilés, attroupements et rassemblements à caractère revendicatif ». Cette mesure préfectorale s’applique de 10 heures à 23 heures dans les secteurs suivants : la Presqu’île, des Terreaux à Perrache, une partie du Vieux-Lyon, Confluence, le 6e arrondissement ainsi que les quartiers Préfecture et Part-Dieu. La manifestation prévue à Vénissieux, avenue de Pressensé, à 14 heures, n’est a priori pas concernée par cette interdiction, même si rien n’indique qu’elle soit déclarée.

Cette décision préfectorale fait suite aux violences et aux pillages survenus en marge de la manifestation du 17 octobre. Près de 200 commerces de Lyon et des communes voisines, notamment Villeurbanne et Vénissieux, auraient été dégradés et pillés. L’antenne de l’office de tourisme, située place Bellecour, a aussi été incendiée. Depuis mardi soir, des couvre-feux ont été mis en place dans certains secteurs de la Presqu’île.

Le préfet du Rhône a justifié sa mesure en invoquant « la violence inédite observée samedi dernier et les nombreux appels à rassemblements dans différents secteurs de la ville circulant sur les réseaux sociaux ». Le maire de Lyon, Grégory Doucet, a déclaré « prendre acte » de la décision préfectorale. S’il dit comprendre les préoccupations liées à la sécurité, il appelle également les autorités à répondre aux revendications des manifestants. « Le retour au calme est donc une nécessité absolue, même s’il ne suffira pas à lui seul. Derrière les mobilisations, il y a des inquiétudes, des revendications légitimes, notamment celles d’une jeunesse qui demande à être entendue. Notre pays a trop souvent payé le prix de dialogues refusés ou engagés trop tard. Nous ne devons pas répéter ces erreurs », a-t-il déclaré.

Le droit de manifester remis en cause ?

Dans plusieurs villes de France, des manifestations sont également interdites ce samedi 24 octobre. Le jeudi 22 octobre, Emmanuel Macron, président de la République, a déclaré que seules les manifestations organisées par des syndicats seraient autorisées : « La recommandation générale, c’est qu’il n’y ait pas de manifestation (…) Partout où il y a une volonté de manifester, de se regrouper, des demandes faites par des gens qui n’ont aucune légitimité pour cela, elles seront interdites par les préfets. »

Pourtant, quelques jours plus tôt, au lendemain de la mobilisation du 17 octobre, le président reconnaissait que « plusieurs centaines de milliers de nos compatriotes ont manifesté avec la volonté de porter des revendications légitimes ». Il ajoutait qu’il ne fallait « jamais […] confondre ces derniers avec ceux qui ont détruit, cassé, pillé ».

Les déclarations du président ont suscité des réactions, notamment de la part d’Amnesty International France. Interrogée par 20 Minutes, Nathalie Godard, spécialiste en droit international et directrice de l’Action à Amnesty International France, a critiqué cette position : « C’est consternant, notamment venant d’un président de la République qui est le garant des droits et libertés d’un pays comme la France (…). On peut toutes et tous être légitimes à exprimer des opinions dans l’espace public et souhaiter organiser une manifestation. C’est aussi le principe d’une démocratie comme la France : la liberté de manifester pacifiquement doit être la même pour l’ensemble des citoyens du pays. Cette limitation-là n’a aucune base légale. »

D’après elle, une manifestation ne peut être interdite par les préfets qu’en dernier recours, s’il n’existe pas d’autre solution pour limiter les violences. « Ce qui est problématique et qu’on dénonce de longue date, ce sont ces interdictions générales, comme celles qui sont déclarées aujourd’hui, et qui disent ‘toutes les manifestations sont interdites dans tel endroit, tel jour’. C’est totalement disproportionné par rapport à l’atteinte qu’il y a à la liberté de manifester. »

Un dispositif policier renforcé pour samedi

Un autre point a fait débat après la manifestation du 17 octobre : les effectifs des forces de l’ordre déployés face à l’ampleur du mouvement. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a reconnu « un manque d’anticipation ». Pourtant, les manifestations étaient annoncés depuis plusieurs semaines sur les réseaux sociaux. Les services du renseignement territorial avaient estimé à 200 000 le nombre de participants à l’échelle nationale. Or, le jour J, entre 550 000 et 800 000 personnes sont descendues dans la rue pour dénoncer la vie chère.

Au total, 60 000 policiers et gendarmes ont été mobilisés, selon le ministre de l’Intérieur. À titre de comparaison, 80 000 membres des forces de l’ordre avaient été mobilisés lors du mouvement des Gilets jaunes, le 8 décembre 2018, et 89 000 pendant le mouvement « Bloquons tout », qui a eu lieu en 2025.

Pour cette nouvelle journée de mobilisation, samedi 24 octobre, environ 70 000 membres des forces de l’ordre doivent être déployés dans toute la France, selon Laurent Nuñez. Le ministre a notamment annoncé la mobilisation de renforts locaux et de forces mobiles, ainsi que d’unités spécialisées comme le RAID, le GIGN et la BRI. Il souhaite mettre en place un dispositif plus mobile et réactif.

De son côté, le préfet du Rhône a indiqué au Progrès ne pas vouloir communiquer le nombre exact de forces de l’ordre qui seront présentes dans les rues de Lyon. Il assure toutefois que le dispositif sera renforcé : « Plus de policiers, des gendarmes, des CRS, des unités spécialisées », détaille-t-il. Des militaires de l’opération Sentinelle, des équipes cynophiles ainsi que des drones sont également prévus. « Les militaires ne sont pas en charge du maintien de l’ordre, assure-t-il. Ils sont plutôt en garde statique sur un certain nombre de lieux, de bâtiments publics. »

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