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La vallée de la chimie sonnée : 475 emplois supprimés chez Polytechnyl

Le fonds d’investissement Lone Star ne conservera que 72 salariés sur 547 dans le cadre de la reprise de Polytechnyl. Une nouvelle désillusion cruelle pour la vallée de la chimie.

Le site de Saint-Fons emploie actuellement près de 450 personnes – photo DOMO Chemicals GmbH

 On a appris, en début de semaine, que Polytechnyl, filiale française du groupe belge DOMO Chemicals en redressement judiciaire, allait être reprise par le fonds d’investissement américain Lone Star. Lequel ne va pas faire dans la dentelle : il ne souhaite conserver que 72 salariés sur 547, tous à Saint-Fons — le groupe possède également un site à Valence, dans la Drôme, qui emploie 90 personnes.

Près de 90 % des employés vont donc devoir prendre la porte, à très court terme : dans sa décision, le tribunal des activités économiques de Lyon, qui a validé la reprise par Lone Star, note que Polytechnyl « ne dispose pas de capacités de financement suffisantes pour envisager une poursuite d’activité, même brève, dans le cadre de la période d’observation ». L’entreprise fabrique une matière que l’on retrouve, par exemple, dans les balles de tennis, dans certains textiles techniques ou dans l’industrie automobile.

Mais le 30 avril, plus rien ne sera produit sur ce site implanté depuis les années 1950 à Saint-Fons, qui a appartenu successivement à Rhône-Poulenc, Rhodia, Solvay et DOMO. Lone Star n’a en effet pas souhaité reprendre les outils de production et le foncier. Seuls les brevets, la marque Technyl, et les activités de recherche et commerciales seront conservés. Le fonds d’investissement américain s’est par ailleurs engagé à ne pas licencier les salariés repris dans un délai d’un an.

Une reprise « inadmissible » et « scandaleuse »

Une reprise jugée « inadmissible », « scandaleuse » et « lamentable » par les syndicats, qui assurent que les carnets de commande sont pleins et rappellent s’être déplacés à plusieurs reprises au ministère de l’Économie pour tenter de sauver l’entreprise. Et qui a entraîné de nombreuses réactions.

« Derrière [les] chiffres, ce sont des centaines de travailleurs et de travailleuses, ainsi que des savoir-faire industriels essentiels, qui disparaissent, regrette le député de la 14e circonscription du Rhône et maire de Vénissieux, Idir Boumertit. Ces travailleurs et travailleuses ont tenu pendant les crises successives et subissent aujourd’hui les conséquences de décisions dictées par des logiques purement financières. (…) Polytechnyl est le nouvel exemple dramatique de l’abandon du gouvernement de notre appareil industriel. La réindustrialisation ne peut pas rester un slogan : elle doit se traduire par des actes. »

« Les suppressions d’emploi ainsi que l’arrêt des productions chez DOMO Belle-étoile constituent pour la vallée de la chimie, une vraie catastrophe, résume pour sa part Gilles de Géa, au nom de l’Union locale CGT. Nous mettrons tout en œuvre avec les syndicats de notre territoire, pour lutter contre cette casse de l’emploi. Notre territoire ne pourra vivre sans industrie. Quand une entreprise comme DOMO ferme, on ne supprime pas que les emplois des salariés DOMO, on supprime aussi les emplois indirects des entreprises qui interviennent dans ces sites SEVESO. Ensemble, avec les pouvoirs publics, nous devons stopper ces suppressions d’emploi. »

Dans un communiqué, Olivier Minoux, ouvrier dans la chimie et porte-parole de Lutte ouvrière, estime que « le milliardaire belge De Clerck, patron de Domo, qui avait repris l’entreprise en 2020, s’est débrouillé pour gratter le maximum de bénéfices sans investir un euro pour entretenir les sites ». « Depuis la mise en redressement judiciaire en janvier, il n’est plus responsable de rien : envolés les millions qu’il aurait dû provisionner pour payer le plan social de l’an dernier, envolés les jours mis par des travailleurs sur des comptes épargne temps, et finalement envolés les emplois et les salaires dont les travailleurs ont besoin. »

« Sur ce dossier, l’État s’est fortement mobilisé depuis de nombreux mois, a tenu à rappeler la Préfecture. (…) L’État s’assurera que le groupe DOMO remplit bien l’ensemble de ses obligations vis-à-vis de ses salariés et qu’il respecte les obligations de sécurité liées à son statut d’installation classée pour la protection de l’environnement (ICPE), SEVESO seuil haut. »

Évoquant « une étape douloureuse pour le territoire », la Métropole de Lyon a, enfin, assuré « suivre avec la plus grande attention (…) la situation des salariés et de leurs familles, qui font face à une incertitude majeure ». « [La Métropole] entend assurer un suivi rigoureux et coordonner les premières mesures d’accompagnement possibles des salariés dans ce contexte d’urgence, et assurer le maintien des activités transverses disponibles sur le site de la Vallée de la chimie. La collectivité [assure être] consciente que la fragilisation d’une telle entreprise impacte l’ensemble de l’écosystème de la vallée de la chimie. »

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