
Photo Emmanuel Foudrot
Lorsqu’il descend de l’avion ce jour d’octobre 2012 à l’aéroport Charles-de-Gaulle, Laithe Mohamed Halifa sait qu’il s’engage dans une aventure dont on revient nécessairement différent. Tout juste âgé de 18 ans, il vient étudier à Paris avec l’objectif de repartir plus tard aux Comores pour « œuvrer concrètement pour un monde plus juste ». « Je voulais agir pour le pays qui m’accueille, mais aussi pour mon pays d’origine », nuance-t-il.
« J’ai toujours aimé travailler dans la solidarité, dans l’action, se souvient-il. Dans mon village, très jeune, j’ai participé à la création de plusieurs structures. Vers la fin du collège, j’avais par exemple contribué à la création d’une association pour l’environnement de notre localité. J’avais autour de treize ans. »
Mais qu’est-ce qui poussait le jeune Laithe à s’investir si tôt pour le bien commun ? « C’est mon père qui m’a inspiré et poussé dans cette dynamique, répond-il. Il n’a pas fait de grandes études, mais il a occupé des postes importants. Il s’engageait beaucoup dans la vie locale, y compris en dehors des horaires de travail. »
Laithe se souvient d’une enfance heureuse, malgré les difficultés et la pauvreté dont il avait à peine conscience. « L’électricité n’est arrivée dans notre commune qu’en 2006 », sourit-il. Et de poursuivre : « Pour aller à l’école, il me fallait marcher 10 kilomètres deux fois par jour, mais je me levais tous les matins avec le sourire. » Au cours de ces longues marches, sa volonté et ses projets se renforcent. « C’est ce qui m’a donné l’envie de réussir. Je me suis souvent souvenu de cette expérience par la suite. »
Tenir bon, étudier, s’intégrer
L’arrivée en France sera toutefois, de son propre aveu, « un peu difficile ». « Je n’avais pas les moyens nécessaires pour financer mes études. Alors je me suis rapproché d’autres membres de ma famille arrivés avant moi, et j’ai travaillé dans la restauration rapide. J’ai aussi dû m’inscrire en philosophie à Paris XIII pour pouvoir renouveler mon visa, même si ce n’était pas le cursus que j’avais choisi. » Avec la découverte de la vie étudiante à la française et la peur d’échouer, Laithe peine à s’intégrer, mais il tient bon. « Je n’ai pas subi le racisme à cette époque. J’avais peut-être déjà la peau un peu dure et une certaine maturité. L’autonomie, je l’avais déjà avant de partir, alors je l’ai développée. »
Vient alors le cursus tant désiré, un master de droit des organisations à l’université Lyon 2. Et parallèlement, Laithe s’investit dans le syndicalisme étudiant, via notamment l’UNEF. En 2013, il devient aussi bénévole pour l’Association de la fondation étudiante pour la ville (AFEV) à raison de deux heures par semaine. Sa mission : lutter contre le décrochage scolaire. L’année suivante, il y effectuera un volontariat en service civique pendant neuf mois.
En 2015, Laithe est recruté au centre social du Moulin-à-Vent pour une mission d’accompagnement à la scolarité — où il restera plus de cinq ans — et par le Programme de réussite scolaire (PRE), toujours pour réaliser des actions de soutien scolaire, d’ouverture à la culture, des sorties, pendant une année. Il retrouve ensuite en 2021 le 7e arrondissement de Lyon, pour arpenter en binôme les rues autour de la place Gabriel-Péri en tant que médiateur social pour l’agence Lyon tranquillité médiation. Il s’agit alors de mettre en place une « présence dissuasive » pour lutter contre les trafics de cigarettes et les vols à l’arraché. « C’était une occasion de sensibiliser des jeunes qui étaient pris dans l’engrenage des réseaux, qui se trouvaient en situation de fragilité, vers des structures comme la nôtre qui pouvaient les aider à recouvrer leurs droits. Il y a eu quelques réussites. »
Vocation sociale
Début 2022, Laithe intègre pour un an Forum réfugiés comme chargé d’accueil pour les demandeurs d’asile, auprès de personnes souvent menacées dans leur pays. Voilà une nouvelle expérience, plus technique que les précédentes, mais que son cursus étudiant nourrit largement. Chargé entre autres de la rédaction des récits, il accompagne les personnes dans leurs demandes administratives. Et c’est en toute logique qu’en début d’année dernière, Laithe entre au pôle juridique MEOMIE (Mission d’évaluation et d’orientation des mineurs isolés étrangers) de Villeurbanne.
Mais ce n’est pas tout. Aujourd’hui, Laithe cultive avec avidité son engagement citoyen, pour ce monde « plus juste et plus durable » qui lui tient à cœur, « dans une optique de solidarité internationale ». Farouche défenseur des valeurs de la francophonie — « solidarité, citoyenneté, vivre ensemble » —, il est depuis plusieurs années délégué du conseil de quartier Léo-Lagrange, membre du conseil citoyen de développement humain durable vénissian, ainsi que du conseil de développement de la Métropole de Lyon qu’il représente en outre au niveau national. Ajoutons à cela sa casquette de président fondateur de l’association Solidarité inter-nationale France Comores Rhône, basée à Vénissieux.
Le petit garçon qui parcourait à pied ses vingt kilomètres journaliers pour aller à l’école a creusé, semble-t-il, un joli sillon. Gageons que ce n’est qu’un début.






























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