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Culture

Mahamoud M’Saidie, le témoin du passé

L’écrivain vénissian Mahamoud M’Saidie publie un ouvrage sur les changements survenus aux Comores et répertorie tout ce qui a disparu.

 

– Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous replonger dans ces Comores d’hier où beaucoup de choses ont disparu ? Etait-ce une sorte de retour vers votre enfance ?
Mahamoud M’Saidie : Ce n’est pas seulement un retour. J’ai commencé ce projet en voulant reprendre tout ce qui a été perdu aux Comores ou qui est en voie de disparition. Dans d’autres livres, j’ai traité des proverbes, des superstitions, des noms. Les Comores se modernisent beaucoup et il faut préserver ces choses-là. C’est un travail de mémoire. Je ne veux pas qu’on oublie toutes ces traditions, qu’elles soient positives ou négatives. Je ne suis pas historien mais je suis capable de me souvenir de ce qui existait avant, en me référant à mon vécu ou à celui de mes parents.

– Ainsi, avez-vous vous-même connu quelques-uns de ces métiers disparus, de ces coutumes, de ces jeux ?
J’ai vu la plupart des choses que je cite : les réparateurs de parapluies, les bûcherons, les forgerons, les chirurgiens en circoncision… Ma grand-mère, par exemple, accouchait les femmes de son village. Elle se levait tôt, pour le faire. C’était avant qu’on aille dans les hôpitaux. Et le frère de mon grand-père était chirurgien en circoncision. Les Comores sont un pays musulman où il faut être circoncis. Il était le meilleur et, en même temps, il était maçon. On ne le payait pas pour circoncire, cela faisait partie de la vie sociale. Ma grand-mère non plus n’était pas payée. Elle avait été formée par sa grande sœur. Cela se passait encore dans les années soixante jusqu’aux années quatre-vingt. À partir de 1990, les gens quittaient le village pour aller accoucher à Moroni, la capitale de la Grande Comore. Les vieilles dames sont mortes et il n’y a pas eu de relève dans la nouvelle génération. Et il n’y avait alors pas plus d’accidents qu’aujourd’hui.

– Quels autres métiers avez-vous encore connus ?
Je pense à ceux qui fabriquaient des pirogues. Les pêcheurs allaient dans la forêt abattre de gros arbres qui, une fois attachés à une corde, étaient traînés jusqu’à Iconi, la ville près de mon village. J’avais 7-8 ans et j’étais fasciné par ces groupes d’une cinquantaine de jeunes qui aidaient les pêcheurs. Les gens étaient solidaires. Aujourd’hui, cela n’existe plus. J’ai quitté les Comores pour la France en 1987. On voyait encore une entraide entre voisins pour cultiver les champs. Je suis retourné en 2017, trente ans après, et tout cela n’existait plus. Les gens se sont modernisés et c’est devenu chacun pour soi. Vous sortez de votre travail, vous rentrez dans votre village, vous allumez la télé, regardez les infos et vous vous occupez seulement de votre petite famille.

– Quelles traditions vous ont encore marqué ?
Je me souviens, le week-end, des grands mariages, où l’on pouvait se rencontrer. Maintenant les réseaux sociaux se sont installés. Vous n’avez plus envie de voir vos copains, plus envie d’aider vos voisins. Tout cela a rogné cette solidarité. À présent, quand votre parapluie est cassé, vous en achetez un neuf. Pour construire votre maison, vous prenez des ouvriers que vous payez.

-Est-ce de la nostalgie ?
Non, ce n’est pas de la nostalgie mais le constat que la vie sociale est morte. Il ne s’agit pas de tourner le dos au présent, qui propose aussi du positif.

– Vous faites également un travail sur la langue, avec les différentes appellations suivant les îles.
Quand j’ai grandi, les populations étaient mélangées et on n’avait pas besoin de se rendre à Mayotte pour comprendre le mahorais ou à Anjouan pour l’anjouanais. C’est la même culture et il y a peu de différences.

– De qui sont les dessins qui illustrent le livre ?
Mon éditeur s’en est occupé et a choisi un illustrateur. Honnêtement, au début j’ai eu peur. Je ne voulais pas qu’on prenne mon livre pour une bédé. Finalement, c’est bien, les dessins marquent les entrées de chapitres.

– Quand le livre est-il sorti ?
Fin novembre, chez 4 Étoiles éditions. Et j’ai déjà deux autres livres en attente, qui seront publiés fin décembre : une pièce de théâtre et un roman.

« Les Comores d’hier » de Mahamoud M’Saidie, 4 Étoiles éditions, 133 pages, 15 euros.

 

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