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Commémorations du 8 mai 1945 : France-Algérie, des mémoires en miroir

Cette année, le souvenir de la victoire contre le nazisme a résonné avec celui des massacres perpétrés le même jour dans l’Est algérien.

Sous un soleil éclatant et devant un public nombreux, la cérémonie du 8 mai 1945 conduite pour la première fois par le maire, Idir Boumertit, a rassemblé élus de la majorité et de l’opposition, représentants d’associations d’anciens combattants, habitants, mais aussi de nombreux jeunes. Des membres du conseil municipal d’enfants, des élèves du collège Paul-Éluard ainsi que les cadets de la Protection civile du Rhône étaient présents.

Entouré des représentants du monde combattant, le maire a d’abord rendu hommage « à celles et ceux qui ont combattu, résisté, souffert, été déportés, exécutés ou exterminés pour abattre la barbarie nazie ». Il a également rappelé l’importance de défendre l’ordre international né au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, aujourd’hui fragilisé par les tensions géopolitiques et les atteintes au droit international.

« La mémoire républicaine n’est jamais affaiblie par la vérité »

Très vite, le discours s’est élargi à l’autre réalité du 8 mai 1945 : les massacres perpétrés par l’armée coloniale française contre des milliers d’Algériens venus réclamer davantage de droits et de liberté.
« Le 8 mai ne doit pas être une mémoire sélective, mais une mémoire complète, digne et exigeante, a déclaré Idir Boumertit. Le même jour où l’Europe célébrait la défaite du nazisme, des massacres débutaient à Sétif, Guelma et Kherrata. L’armée française se rendait coupable d’un crime d’État de masse contre une population civile. Nul ne doit ignorer ces faits. »

Le maire a insisté sur la nécessité d’un regard lucide sur l’histoire : « La mémoire républicaine n’est jamais affaiblie par la vérité. Elle en sort grandie. Commémorer, c’est honorer tous les combattants de la liberté et refuser une histoire simplifiée qui ferait disparaître sa portée universelle. »

Évoquant la réconciliation franco-allemande née des ruines de la Seconde Guerre mondiale, il a exprimé le souhait qu’un chemin similaire puisse un jour conduire à une réconciliation franco-algérienne « fondée sur la reconnaissance et la vérité des faits historiques ».

Une gerbe de Vénissieux déposée à Sétif

Alice Ruffo, ministre déléguée aux armées et aux anciens combattants, aux côtés de la première adjointe, Monia Benaïssa, et de l’adjoint à la culture et au logement, Farouk Ababsa, déposant la gerbe offerte par la Ville de Vénissieux lors de la cérémonie du 8 mai à Sétif. Photo DR

Le travail de mémoire autour de la colonisation et de la guerre d’Algérie demeure un sujet sensible dans les relations entre la France et l’Algérie. En décembre 2012, devant le Parlement algérien, François Hollande déclarait : « À Sétif, le 8 mai 1945, le jour même où le monde triomphait de la barbarie, la France manquait à ses valeurs universelles. »

Malgré plusieurs initiatives engagées ces dernières années, notamment sous l’impulsion d’Emmanuel Macron, le dialogue mémoriel reste inachevé et régulièrement fragilisé par les tensions diplomatiques entre les deux pays.

Cette année marque toutefois une étape symbolique importante avec la présence à Sétif d’Alice Rufo, ministre déléguée aux armées et aux anciens combattants, première représentante du gouvernement français à participer à une commémoration de ce niveau sur place.

La Ville de Vénissieux a été directement associée à cet hommage. Une gerbe offerte par la commune a en effet été déposée par la ministre aux côtés de la première adjointe, Monia Benaïssa, et de l’adjoint à la culture et au logement, Farouk Ababsa. Les deux élus participaient à un voyage mémoriel organisé du 2 au 9 mai par l’association Debout Ensemble et Libre (DEL).

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