
Qu’est-ce qui a fait qu’un jeune tisseur se soit retrouvé à la tête d’une grande usine automobile ? Né à La Croix-Rousse le 21 janvier 1866, Marius Berliet est l’aîné de sept enfants, quatre garçons et trois filles. Son père, Joseph, exerce la profession de tisseur. À l’âge de 14 ans, Marius rejoint l’atelier paternel. Il est passionné par la mécanique et va se perfectionner en prenant des cours du soir. Débordant d’énergie et d’intelligence, il apprend très vite de nombreuses matières techniques et scientifiques et l’anglais. En 1899, il installe son premier atelier d’automobiles, rue Sully à Lyon. Trop exigu, celui-ci est déplacé dans un autre local. Puis, en 1902, Marius Berliet achète l’usine d’automobiles Audibert et Lavirotte, située dans le quartier de Monplaisir. Victime de son succès et de la vente croissante d’automobiles, il doit étendre son entreprise. Dans l’impossibilité de toute extension à Monplaisir, il ne peut qu’envisager la création d’un second établissement, près de Lyon.
En 1907, Marius Berliet épouse Louise Saunière. Le couple aura huit enfants, quatre filles et quatre garçons : Jean, Simone, Odette, Yvonne, Henri, Maurice, Paul et Jacqueline. Né en 1918 et disparu en 2012, Paul prendra la direction de l’usine qui porte son nom en 1954.
Mais ne nous précipitons pas. Dès 1910, Marius Berliet conçoit les plans de son futur domaine industriel. En prospectant, il découvre un emplacement idéal pour l’installation de nouvelles usines : de vastes terres qui s’étendent dans le secteur de Vénissieux-Parilly et de Saint-Priest. Cet immense territoire, où paissent quelques maigres troupeaux, comprend de rares petites fermes avec des familles vivotant sur des terrains de mauvaise qualité, quasiment incultes. L’acquisition de ces parcelles représente une véritable aubaine pour le chef d’entreprise. Cette nature ingrate qui ne nourrit pas ses propriétaires et leur famille va se révéler être une excellente terre industrielle.
Autre atout des terrains, le sous-sol regorge d’eau, grâce à une nappe phréatique peu profonde et à quelques sources. C’est un élément capital pour l’alimentation de l’usine et le fonctionnement des fours, forges et fonderies. Sous le couvert de la société Trible, créée pour l’achat des terrains, Marius Berliet devient propriétaire d’un immense domaine. Il acquiert dans un premier temps une superficie de 212 hectares, longeant la route d’Heyrieux, puis effectue d’autres acquisitions.
Dès 1915, débutent les constructions d’ateliers, qui s’étendront sur 23 hectares. Au total, 732 parcelles sont acquises soit près de 400 hectares sur Vénissieux et Saint-Priest. L’implantation de cette gigantesque entreprise va pleinement bouleverser et transformer notre commune qui, jusqu’alors, était majoritairement agricole et maraîchère.
De vastes hangars et bureaux se déploient entre une voie de communication routière, la route d’Heyrieux et la voie ferrée Lyon-Grenoble, très utile à l’acheminement du matériel dans plusieurs ateliers et au transport des ouvriers.
De 1916 au début des années 1950, des trains spécifiques de l’entreprise transportent un grand nombre d’employés, des différents quartiers de Lyon et des villages de l’Isère.
L’avantage des gisements de charbon
Diverses communes proches, telles que Communay et Ternay, possèdent des gisements de charbon. Ce combustible est l’élément incontournable et indispensable de l’industrie. Pour Marius Berliet, la proximité de ces sites et leur éventuelle exploitation près de sa future entreprise est un avantage important.
Au cours des années 1905 à 1908, des sondages sont effectués par la Société des houillères de Rive-de-Gier à Chandieu-Toussieu et à Saint-Bonnet-de-Mure. À partir de 1910, d’autres sont menés par le Syndicat des recherches du Bas-Dauphiné. Ils permettent de découvrir la précieuse houille noire à Genas et Chassieu, qui sera exploitée par la Compagnie des charbonnages de Lyon.
De 1914 à 1916, la Société des recherches du bassin de la rive gauche du Rhône (Groupement Blanzy Creusot Gaz de Lyon) découvre d’autres gisements de charbon à Saint-Priest Mi-plaine et à La Fouillouse. Mais aucun de ces sondages n’aboutira à leur exploitation. Vénissieux, avec les usines Berliet construites sur le modèle des firmes américaines, va connaître une véritable révolution industrielle. Pour la première fois en Europe, ce vaste complexe utilise l’assemblage en continu sur tapis roulant, dans deux halls aux dimensions insolites pour l’époque. L’atelier V.L. — à ses débuts, il est utilisé pour la construction d’automobiles, d’où son nom de VL (Véhicules légers) —, s’étendant sur 500 mètres de long et 150 de large, en est le meilleur exemple. L’usine Berliet devient la plus vaste et la plus moderne entreprise d’Europe.
Fabriquant des voitures à l’origine, Berliet se diversifie et va créer, au cours des ans, de multiples gammes de camions, tramways, trolleybus, autocars, autobus, locotracteurs, autorails, véhicules militaires… Progressivement, grâce à cet immense site industriel, Vénissieux va être connue comme l’une des capitales de l’automobile et du poids lourd.
Sources
– Archives départementales du Rhône : Recensement année 1921: 6 MP 595.
– Saint-Loup : « Marius Berliet l’inflexible », Presses de la Cité, 1961.
– Philippe Videlier, Bernard Bouhet : « Vénissieux de A à V 1921-1931 », Presses universitaires de Lyon, 1983.
– « Mémoires villageoises d’un quartier de Vénissieux… Parilly entre-deux-guerres », recueillies par Florence Charpigny, centre culturel communal Boris-Vian, 1985.
– Georges Leprince : « Le monde du poids lourd, les travailleurs Berliet-RVI Vénissieux 1915-1991 », éditions Messidor, 1991.
-Maurice Corbel : « Vénissieux la rebelle », éditions Cercle d’art, 1997.
– Extrait de « Saint-Priest, centre charbonnier » de Gabriel Vachon dans l’ouvrage « Histoire et vieilles chroniques », Les Amis du vieux Saint-Priest, La San-Priode, 2004.
– Roland Racine, Georges Quemin : « Berliet et le ferroviaire », éditions Les Passionnés de bouquins, 2017.
– Fondation de l’automobile Marius-Berliet.
– Site Internet : « Le charbon dans les Alpes françaises et dans l’Est de Lyon [autre] », Maurice Zimmermann, Annales de géographie, année 1918, volume 27, numéro 148 pp. 393-394.
– Alain Belmont : « Naissance d’un géant », article dans le journal « Expressions » n°595 du 27 janvier 2016.






























Sylvie MUSCÉDÈRE
16 janvier 2026 à 16 h 30 min
Petite fille , nièce et fille d’employés BERLIET
Ds divers ateliers et services :
La fonderie , les moteurs , autocars autobus , maçonnerie , plomberie , service commercial France et après vente pièces de rechange Monde chez RVI …. De quoi vous faire connaître les différents métiers , la géographie mondiale ( par les cartes postales envoyées par les inspecteurs techniques ) et aussi l’histoire de cette belle institution avec la cité BERLIET ou j’ai été élevée , et la goutte de lait ( portée par Mme Beliet ) qui a nourrit et fait grandir les enfants durant la guerre ( initiative de Mme BERLIET )
Je reste passionnée par cette entreprise qui m’a vu grandir ! Merci à mes parents de m’avoir transmis cette passion !
Bravo à tous ceux qui ont contribué à ce chef d’œuvre et à ceux qui sont les gardiens de l’histoire
Carnevali
8 janvier 2026 à 16 h 48 min
Berliet, symbole de la révolution industrielle à Vénissieux
Berliet, une ville dans la ville
Durant des décennies, cette entreprise fut l’un des plus grands vecteurs d’emplois de la région Lyonnaise et bien au delà
mathey
29 décembre 2025 à 10 h 59 min
article très intéressant je découdre l histoire des mines de charbon.
félicitations.