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Symbio, une belle et grande coquille bientôt vide

Le fabricant de piles à combustible à hydrogène, passé par Vénissieux et installé à Saint-Fons, va se passer de 358 collaborateurs en 2026. Terrible désillusion.

Tout va très vite, dans l’industrie ! En dix ans, Symbio était passé du statut de startup innovante en 2010 à celui de future « licorne » lors de sa phase de pré-industrialisation réussie sur le site Usin Lyon Parilly de Vénissieux. Grâce à l’entrée de Stellantis dans son capital en 2023, elle était devenue une Entreprise de taille intermédiaire (ETI) de 650 salariés promise à un avenir radieux. Rien ne laissait présager l’annonce de la suppression de 358 postes deux ans plus tard.

Le 5 décembre 2023, la confiance était en effet de mise, lors de l’inauguration de SymphonHy, en présence des patrons de Forvia, Michelin et Stellantis, ses trois solides actionnaires. Cette gigafactory futuriste, basée à Saint-Fons, est le plus grand site dédié à la production de piles à combustible en Europe. Ses générateurs électriques, éléments clés des véhicules à hydrogène, devaient générer plus d’1 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2030.

Malheureusement, cet objectif n’est plus d’actualité. Car Stellantis, coactionnaire à parts égales de Symbio avec Forvia et Michelin, a annoncé, en juillet dernier, stopper ses activités liées à l’hydrogène à compter de 2026. « Le marché de l’hydrogène demeure un segment de niche, sans perspectives de rentabilité économique à moyen terme », justifiait alors Jean-Philippe Imparato, chef d’exploitation de Stellantis pour l’Europe. « Ce revirement inattendu intervient alors même que Stellantis est à la fois coactionnaire et principal client de Symbio, dégainaient, par voie de communiqué, Forvia et Michelin. Ses commandes représentent à elles seules environ 80 % du volume de production prévu. »

Seulement 175 emplois maintenus

Selon Vincent Guilly, secrétaire CFTC du Comité social et économique (CSE) de Symbio, des signes avant-coureurs étaient visibles depuis quelque temps : « Les perspectives étaient bonnes mais la direction s’inquiétait du fait que l’intégralité du volume prévu n’était finalement pas commandée. Stellantis n’était pas l’actionnaire-client le plus simple à gérer. Récemment, le groupe a connu trop de déboires et d’instabilité. Carlos Tavares, parti il y a un an, voulait se mettre en conformité avec l’électrique et cherchait à se diversifier avec l’hybride et l’hydrogène. Aujourd’hui, Stellantis travaille à l’américaine : l’hydrogène n’est pas rentable, donc ils arrêtent. »

Début décembre, au terme de la procédure de conciliation, les contours de la restructuration ont été dévoilés. Seuls 175 emplois seront maintenus pour se concentrer sur la production de piles de 75 kW destinées aux bus, autocars et data centers. « L’objectif est d’atteindre une capacité de production de 10 000 systèmes par an à l’horizon 2028-2030 », précise Jean-Baptiste Lucas, PDG de Symbio. On est bien loin des 50 000 unitées annuelles prévues initialement… dès 2026. L’accent sera également mis sur la R&D, pour développer des piles de 150 kW qui équiperont les camions.
« Dans la production et les fonctions support, c’est l’hécatombe, déplore Vincent Guilly. Précisons que depuis juin 2024, environ 150 collaborateurs sont partis, dont près de 70 à l’annonce du Plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) en juillet dernier. Au final, on aura réduit les effectifs de 70 %. En mai 2026, on travaillera dans une coquille vide. On va vivoter, mais comment rebondira-t-on lorsqu’on aura à nouveau des clients ? Car il devrait y avoir un décalage dans le temps, comme ce fut le cas pour l’électrique il y a une quinzaine d’années. L’État et les actionnaires croient en un rebond pour les poids lourds, le ferroviaire et le maritime. Reste à savoir comment l’État et les collectivités locales vont s’engager pour créer un écosystème. »

Quel avenir pour les partants ?

Fin novembre, le CSE redoutait le pire : la liquidation. Aujourd’hui, si le danger est écarté, l’avenir reste très sombre pour les 358 postes qui sont amenés à être supprimés au printemps 2026. Pour l’ensemble de ces collaborateurs, l’incertitude demeure. D’autant que la direction n’a pas encore communiqué à ce sujet.
« Les mesures d’accompagnement des partants ne sont pas à la hauteur de l’engagement des salariés, dénonce Vincent Guilly. Tout le monde s’est investi et s’est montré flexible car tous croyaient au projet. Certains vont être difficiles à reclasser car notre savoir-faire, comme celui d’agent de stackage, n’est pas vraiment duplicable. Je pense évidemment à tous ceux qui ont été formés dans notre Académie, dont les Cared (Contrat d’aide au retour à l’emploi durable). À ce jour, des mesures d’accompagnement ne sont proposées qu’aux plus de 55 ans. Pour les autres, c’est direction France Travail. Des indemnités supralégales ont été proposées mais elles ont été financées par les départs précédents. Quitter cette usine va être un deuil pour beaucoup. On y est attachés. »

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