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Portraits

Alain Ferra : le privé ouvre ses dossiers

Après avoir exercé pendant 28 ans le métier de détective, le Vénissian Alain Ferra publie ses mémoires. Savoureux.

Photo Emmanuel Foudrot

Il arrive souvent un moment, dans une vie, où l’on a envie de se poser et de se remémorer le passé. De raconter sa vie. C’est ce qui est arrivé à Alain Ferra qui, né dans le 3e arrondissement de Lyon, a grandi à Vénissieux et y habite toujours, tout en ayant exercé ses nombreuses activités un peu partout. L’existence d’Alain a été tellement riche en aventures qu’il y avait de quoi remplir tout un livre. Ce qui s’est fait. Confessions d’un détective – 30 ans d’histoires vraies vient de paraître au Lys bleu et Alain nous en livre quelques anecdotes.

Commençons par les éléments biographiques. « Cela fait longtemps que j’avais envie d’écrire mais là, quand même, un premier livre à 76 ans, c’est quelque chose ! » Si ce qu’il raconte principalement est nourri par ses nombreuses enquêtes, Alain a démarré sa carrière dans la chimie. « À 14 ans, j’ai fait l’école de Rhône-Poulenc et j’y ai obtenu un CAP. À 18 ans, j’ai commencé à travailler en équipes. J’étais chimiste mais ça ne m’intéressait pas du tout. »

Il devient alors photographe, à 28 ans. Un métier qu’il exerce une quinzaine d’années.

« Je faisais des portraits, je les agrandissais, je gagnais un peu d’argent. Je me suis formé à la photo de mariage, j’en suivais 130 par an et je me suis mis rapidement à mon compte. Puis, j’en ai eu marre ! »

Son local de l’avenue Paul-Santy étant repris par une agence de détective, Alain se renseigne sur le métier. « J’ai discuté avec le patron, l’ai suivi dans une enquête… et j’ai fini par reprendre l’affaire ! »

Dans tous les polars américains, le détective privé bat le pavé et a du mal à dénicher une affaire qui lui rapportera de quoi vivre. Pour Alain, le client semble moins rare que pour Philip Marlowe à Los Angeles et, rapidement, une dame lui confie sa première mission : découvrir où travaillait son copain.

« À cette époque, reprend Alain, je dirigeais aussi une boîte de nuit à Saint-Genis-Laval. J’ai réussi à retrouver le gars du premier coup. Et cette chance m’a suivi. »

La parenthèse du monde de la nuit

Parallèlement au métier de détective, Alain ouvre sa première discothèque à Saint-Genis. Pour lui, un rêve de longue date. Mais l’établissement ferme au bout d’un an. Deux ans plus tard, il renouvelle l’expérience à Châtellerault, dans la Vienne. « Mais la taille modeste et les faibles revenus m’ont poussé à viser plus grand. J’ai investi alors dans une immense discothèque de 750 m² à Aurillac, dans le Cantal. J’avais 17 employés. Malheureusement, l’absence de licence IV m’a contraint à la revendre. J’ai ensuite exploité le bar « Le Vieux Pressoir » à La Roche-Posay, toujours dans la Vienne. Mais, malgré des moments merveilleux, le manque de clientèle m’a poussé à le céder après un an. Je n’ai pas duré dans le monde de la nuit. Il fallait être plus méchant que je ne suis ! »

Pendant tout ce temps, Alain continue son métier de détective, prenant conscience qu’il est bâti pour travailler seul. « J’ai fait essentiellement des filatures pour des adultères ou des recherches de personnes. En toute modestie, j’étais doué. »

Photo Emmanuel Foudrot

Connaissant les ficelles de cette profession, Alain crée des agences fictives, grâce à des téléphones qu’il place ici et là. « Suivant les gens, on préfère s’adresser à un détective proche de chez soi ou, au contraire, éloigné. J’avais plein de téléphones un peu partout. »

Il raconte aussi ses déboires avec les avocats qui le font travailler et, une fois la personne recherchée retrouvée par Alain, ne répondent plus à ses sollicitations lorsqu’il s’agit de le payer. Des ennuis, il en rencontre aussi avec la police. « J’ai fait une garde à vue. Ils ont débarqué avec des pistolets chez moi parce que je pratiquais les écoutes téléphoniques. Et que je plaçais des balises sous les voitures. Ils n’ont pas réussi à me faire parler. »

Quand on lui demande s’il n’a pas peur d’écrire cela aujourd’hui, il répond laconiquement : « Maintenant, je m’en fous ! »

« Une fois, raconte-t-il encore, les flics ont essayé de me piéger. Ils ont envoyé chez moi une des leurs pour une prétendue affaire. Puis cinq d’entre eux ont débarqué parce que j’avais donné un renseignement illégal. J’ai subi une perquisition et une garde à vue. Ils m’ont menotté à un radiateur, comme dans les films. Je n’ai pas parlé. Le lendemain, ils se sont excusés. Si on avait su, m’ont-ils dit. Et ils m’ont offert un coup à boire au mess. Moi, j’étais resté calme. Il faut toujours, quand on a tort. Et puis, si vous êtes pris avec la queue du rat dans la bouche, il ne faut jamais avouer que vous l’avez avalé. »

Une bonne filature

Alain livre quelques tuyaux. « Lorsque vous prenez quelqu’un en filature et qu’il entre dans un immeuble, arrangez-vous pour être le premier dans l’ascenseur. Ainsi, vous pouvez lui demander à quel étage il se rend. Ensuite vous le suivez pour voir à quelle porte il va et vous faites semblant de vous être trompé d’étage. Puis, vous regardez le nom sur la porte et votre rapport est fait. »

Malgré tout, il reconnaît que « les filatures sont ce qu’il y a de plus dur ! On n’est jamais maître de la situation. Il vous faut respecter les feux rouges et les stops. Et pourtant, j’en ai grillé quelques-uns ! »

À raison de deux affaires par semaine en moyenne, son agence fonctionnait bien. « Les gens étaient contents de mes services parce que j’osais des choses. »

Mais, après 28 ans d’activité, une nouvelle réglementation exige un niveau Bac +2 pour exercer. « J’avais 65 ans et cette contrainte était trop lourde. J’ai alors décidé d’arrêter. Je considère cette exigence comme une aberration française. »

Déjà deux autres livres en projet

Alain Ferra est content car Le Lys bleu, son éditeur, a déjà accepté deux autres projets.

« Je les ai intitulés Ils sont revenus de l’au-delà et Issues fatales. J’écris à la façon de Pierre Bellemare. Le premier contient une quarantaine d’histoires de gens qui sont réapparus. Le second enchaîne des récits qu’on peut lire en une dizaine de minutes. »

Sur l’écriture-même de ses Confessions d’un détective, il raconte qu’il s’est décidé sept à huit ans après sa cessation d’activités. « Au début, c’était très dur de me souvenir de tout. Je m’y suis mis et les idées revenaient au fur et à mesure. »

La simple lecture de la présentation, sur le site de l’éditeur, met l’eau à la bouche : « Dans ce livre, pas de pistolets ni de poursuites hollywoodiennes. Ici, la vérité se déniche à coup de patience, de filatures interminables et d’intuition aiguisée. On plonge dans des affaires d’adultères rocambolesques, de fraudes financières bien réelles, de disparitions troublantes… et même de missions plus légères, parfois franchement cocasses (un perroquet disparu, par exemple !). Chaque enquête est un petit voyage dans les zones grises de la vie quotidienne, où l’humain est toujours au centre. »

Confessions d’un détective – 30 ans d’histoires vraies d’Alain Ferra, Le Lys bleu éditions, 188 pages, 19,90 euros. Disponible chez l’éditeur et Amazon.

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