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Moustique tigre : peut-on encore gagner la guerre ?

Des solutions existent pour freiner sa prolifération. Mais sont-elles suffisantes pour réduire son pouvoir de nuisance à néant ?

Une femelle multiplie les petites piqûres lors de chaque repas de sang (photo James Gathany)

« Top ! Je suis originaire des forêts tropicales d’Asie du Sud-Est. Mon corps noir est marqué de rayures blanches argentées. Plus trapu et pataud que mon cousin autochtone, je suis en revanche bien plus discret. On ne m’entend pas lorsque je m’approche de vos chevilles ou de vos bras pour vous prélever un peu de sang. Je viens vous piquer le matin et en fin d’après-midi, ce qui fait de moi le trouble-fête idéal lors d’un apéritif en extérieur. Je suis, je suis, je suis ? »

Bon nombre d’entre vous ont certainement répondu « le moustique tigre » dès les premières lignes. Cette terreur de l’été, Samia ne peut plus la voir en peinture. « Comme pour toute personne habitant dans une maison avec jardin, les étés sont compliqués, constate cette habitante de Parilly. On cherche des astuces mais rien ne fonctionne vraiment. On met du répulsif sur la peau. Certains sont efficaces, d’autres non. Chez nous, on veille à ce que la gouttière s’écoule bien pour ne pas avoir d’eau stagnante. »

14 ans après son arrivée dans le Rhône, cette espèce exotique envahissante y est désormais bien implantée. Selon l’Agence régionale de santé (ARS), l’intégralité de la Métropole de Lyon était colonisée en 2025. En particulier les zones urbaines et péri-urbaines. Dans l’Hexagone, au 1er janvier 2026, seuls 13 des 96 départements sont épargnés, principalement en Bretagne, en Normandie et dans les Hauts-de-France. Ses capacités de nuisance ne se limitent pas aux démangeaisons, ses piqûres peuvent être vectrices de trois maladies : le chikungunya, la dengue ou le zika (voir par ailleurs).

Va-t-on devoir « vivre avec » ?

En résumé, la présence du moustique tigre est devenue un fléau pour la plupart des Français. Chacun a recours au système D pour tenter, tant bien que mal, de limiter les piqûres. On suit les conseils que distillent les campagnes de communication des ARS. La consigne repose sur trois axes : « Ranger, vider, couvrir », pour éviter les eaux stagnantes, donc les gîtes larvaires que recherchent les femelles pour y déposer plus de 150 œufs par ponte.

Beaucoup s’interrogent : va-t-on devoir « vivre avec » ? Et pour combien de temps ? À ce jour, personne ne connaît la réponse. « Sa progression est constante, admet Coline Laennec. Dans quelques années, toute la France métropolitaine sera couverte. » Cet agent de maîtrise de l’Entente interdépartementale de démoustication (EID Rhône-Alpes), opérateur technique public que mandate l’ARS, ne peut que constater les dégâts, avec réalisme.

« On ne dispose pas de solutions pour l’arrêter, poursuit-elle. On peut le freiner dans sa progression et limiter les piqûres en appliquant tous les gestes du quotidien qui assèchent les lieux de ponte. Mais le ‘zéro moustique tigre’, ça n’existe pas. Un jour, on trouvera peut-être la solution miracle. Pour l’instant, on dispose juste d’une combinaison de techniques. L’effort doit être collectif. »

Le pouvoir du collectif

Si le moustique tigre a remporté une première bataille, il n’a peut-être pas encore gagné la guerre. La reconquête du territoire peut-elle passer, comme le suggèrent les ARS et les EID, par une véritable action collective ? Le baromètre de la mobilisation citoyenne dans la lutte anti-vectorielle 2025, que vient de publier Colnex le 19 mai dernier, laisse entendre que oui.

« Cette étude confirme que la lutte contre la prolifération du moustique tigre ne peut pas reposer uniquement sur des interventions techniques, résume Olivier Althuser, dirigeant de cette jeune entreprise iséroise, partenaire de la Ville de Vénissieux depuis 2025. Elle dépend avant tout de la capacité à faire évoluer durablement les comportements. »

Les campagnes de communication semblent être indispensables dans cette lutte

Colnex se base sur l’analyse de plus de 10 000 utilisateurs de son application citoyenne Zzzapp, qui incite les habitants à repérer les zones d’eau stagnante, supprimer les gîtes et contribuer à l’élaboration d’une carte interactive.

Les données révèlent un pic d’activité chez ses utilisateurs en début de saison, période où les campagnes d’information se multiplient. L’étude indique également que 80 % des utilisateurs sont incités à agir lorsque les actions de leur commune sont visibles.

L’essentielle sensibilisation du grand public

À Vénissieux, les agents d’entretien des espaces verts sont formés pour repérer et supprimer les sites de ponte sur le domaine public. Cette action, renforcée depuis 2024, repose sur trois axes : le traitement larvicide dans les regards d’eaux pluviales, l’élimination de gîtes larvaires dans les bâtiments municipaux et une surveillance des zones sensible.

La mairie de Vénissieux subventionne l’acchat de ce type de pièges passifs qui reproduisent des sites de ponte

La lutte passe également par la sensibilisation de la population, notamment les usagers des jardins partagés et des cimetières. Depuis 2023, la Ville encourage l’achat de pièges. Le dispositif concerne les Vénissians résidant en maisons individuelles. Ces pièges n’utilisent ni insecticides ni consommables. Ils sont passifs : ils capturent les femelles qui viennent pondre. L’aide financière, qui représente 50 % du prix TTC du piège, est plafonnée à 35 euros.

Les insecticides à grand échelle : fausse bonne idée

D’aucuns, exaspérés par cet insecte qui démange tant, seraient tentés de réclamer une solution bien plus radicale : la démoustication de masse. Or, les ARS, l’Anses (Agence nationale de sécurité de l’alimentation, de l’environnement et du travail) et Santé publique France déconseillent fortement ce type de pratiques radicales à l’échelle d’une ville ou d’un quartier. Le coût est élevé, l’efficacité limitée et l’impact environnemental conséquent.

Sans compter que les moustiques tigres développent déjà une résistance aux insecticides. C’est ce que révèle un rapport scientifique issu du projet Tigerisk (2020). Les auteurs recommandent plutôt l’utilisation de larvicides biologiques et d’alternatives innovantes comme la Technique du mâle stérile (voir par ailleurs). Le combat continue…

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Dispositif d’aide à l’achat de pièges : venissieux.fr

Zzzapp, l’application citoyenne : zzzapp.fr

Il met un tigre dans le jardin

Julien Luu Van Dong a créé la société Paf Le Tigre

Pour la société Paf Le Tigre, il n’y a pas de fatalité : la victoire contre le moustique tigre passe par une méthode 3 en 1 : éliminer les larves, capturer les piqueuses et les pondeuses.

Depuis plus d’un an, Paf Le Tigre distribue quelques bonnes baffes à notre envahisseur de jardins. Partenaire certifié de la marque de pièges Biogents, la jeune société basée à Vernaison, dans le Sud-ouest lyonnais, équipe particuliers, privés et collectivités territoriales.

Nous avons suivi Julien Luu Van Dong, son fondateur, à l’occasion de la maintenance d’une installation chez une habitante de Saint-Symphorien-d’Ozon. Complètement infesté il y a encore un an, le jardin de cette maison située dans un lotissement est aujourd’hui délivré de tout nuisible.

Bien que passionnée de jardinage, la propriétaire avait fini par renoncer à entretenir ses plantes. Equipé de trois bornes à CO2 et d’un piège passif, le jardin est également traité au Bti, un larvicide biologique. « Le test de l’apéro est formel : pas un moustique à l’horizon, pas une piqûre à signaler ! »

Un dispositif efficace mais coûteux

« Éliminer l’eau stagnante, ou la traiter, est indispensable, conseille Julien Luu Van Dong. Le Bti est idéal pour les regards. Il est efficace au bout de six heures et le reste pour un mois ou deux. »

Alimentés par une bonbonne de CO2, trois aspirateurs à moustiques sont positionnés aux extrémités du jardin. Ces trois bornes, pilotables à distance, imitent la présence d’un être humain qui expire du dioxyde de carbone. Une fois que la bestiole assoiffée de sang s’approche, un ventilateur l’aspire et le précipite dans un filet. Peu de femelles réchappent à un vol dans ce « Triangle des Bermudes ». « On les place tous les 15 mètres environ, à l’ombre et loin des gens, précise le professionnel. Enfin, les pondeuses sont attirées par le piège passif, qui reproduit un lieu de ponte. Elles finissent collées au papier. »

Si le dispositif fait ses preuves, son installation et sa maintenance ne sont pas forcément à la portée de toutes les bourses : « Il faut compter 1 500 euros, plus 140 euros par intervention pour changer la bouteille, en comptant le traitement larvaire. »

Paf Le Tigre signe également des conventions avec des collectivités, pour lesquelles il procède à des achats groupés et des formations. Comme dernièrement avec la communauté de communes Collines Isère Nord Communauté. Vendus 46 euros les deux, les pièges pondoirs sont subventionnés pour moitié par l’établissement public.

Mions teste sa nouvelle arme écologique

Chaque saison, 5 millions de mâles seront lâchés à Mions (photo fournie par la Ville de Mions)

Pionnière dans le département, la Ville de Mions teste dès ce printemps la Technique de l’insecte stérile. Chaque année, 5 millions de moustiques tigres mâles stériles seront lâchés sur le territoire communal.

Envahie depuis une dizaine d’années par cet insecte indésirable, la Ville de Mions a décidé de sortir l’artillerie lourde. Depuis le 24 avril, la municipalité a recours à la Technique de l’insecte stérile (TIS). Elle est la troisième collectivité de France métropolitaine à franchir le pas, après Brive-la-Gaillarde (Corrèze) et Montpellier (Hérault) en 2025. Concrètement, 5 millions de mâles stériles se disperseront sur une cinquantaine d’hectares jusqu’en octobre. Bon à savoir : chez les moustiques, seules les femelles piquent.

Les petits soldats seront relâchés au fur et à mesure, une à deux fois par semaine, depuis 30 points différents. Ces mâles, stérilisés en laboratoire, s’accoupleront jusqu’à cinq fois avec des femelles sauvages avant de mourir. Ces dernières pondront des millions d’œufs sans embryons, et donc non-féconds. L’objectif est de réduire la population de moustiques de 50 % la première année, puis de 90 % l’année suivante.

De bons résultats à Brive

« Le partenariat avec l’entreprise Terratis nous coûte 70 000 euros par an et s’étend sur 3 ans, explique Mickaël Paccaud, maire (LR) de cette commune résidentielle de l’Est lyonnais. Cela peut paraître élevé mais on n’a rien sans rien. Cela fait des années que les Miolands n’en peuvent plus. Les gens ne sortent plus. Pourtant, l’été est fait pour passer du temps dehors. On a ouvert quatre parcs et personne n’en profite. »

La TIS, mise au point aux États-Unis dans les années 1950, Terratis l’applique au moustique tigre depuis 2024. Cette entreprise montpelliéraine est pionnière en France. « Nous produisons 1,5 million de mâles par semaine sur notre site pilote, détaille Clélia Oliva, entomologiste cofondatrice de Terratis. Notre projet industriel nous permettra d’en produire plusieurs millions par semaine et répondre à une demande croissante. »

Pour produire ces spécimens, le laboratoire sépare les nymphes mâles et femelles, qui présentent une différence de taille importante. Dans la ferme à insectes, les mâles adultes sont ensuite exposés aux rayons X. Cette stérilisation se fait donc sans produits chimiques et ne modifie pas la génétique des individus.

Un an après l’expérimentation, Brive-la-Gaillarde vient de publier des chiffres encourageants. Après avoir relâché 11 millions de moustiques sur 110 hectares en 2025, la Ville observe un taux de stérilité des œufs de 50 %, proche du seuil de 60 % attendu. « Les résultats préliminaires de cette première saison posent déjà des bases solides en vue d’une limitation durable des nuisances », commente le cabinet du maire. À l’étranger, (Bologne en Italie, Fribourg en Allemagne et Valence en Espagne), les taux de stérilité varient entre 65 et 80 %.

Indispensable pédagogie

Autour de Mions, d’autres communes pourraient se laisser tenter. « Nous allons organiser une réunion avec une dizaine de villes voisines dans les prochaines semaines », révèle Mickaël Paccaud, qui s’est décidé à reconduire le partenariat avec Terratis pour trois saisons supplémentaires.

« La lutte doit intégrer des outils complémentaires, avertit Clélia Oliva. Les collectivités doivent continuer à tenir un discours qui responsabilise les habitants. Il est important d’appliquer les bonnes pratiques. » C’est justement ce que compte faire Mickaël Paccaud : « On continuera à faire de la pédagogie. Ce moustique tigre, on compte bien lui mettre une bonne cartouche ! »

Gare à la dengue et au chikungunya

Le moustique tigre ne se contente pas de causer des démangeaisons. Dans certains cas, il peut être vecteur de virus : principalement la dengue et le chikungunya.

La plupart du temps, la personne contaminée revient d’un voyage dans une zone tropicale. Le virus se développe dans le sang au bout d’une semaine. La dengue, le chikungunya et le zika sont des maladies à signalement obligatoire auprès de l’ARS. Pour éviter que le virus se réplique dans le corps d’un moustique et contamine d’autres sujets, l’Entente interdépartementale Rhône-Alpes pour la démoustication (Eirad) mène une enquête de terrain autour des lieux fréquentés par le cas malade. Une opération de démoustication est ensuite déclenchée dans les deux ou trois jours.

Dans la Métropole de Lyon et le Rhône, ces opérations ont presque doublé entre 2024 et 2025, passant de 72 à 134. Le département connaît une forte augmentation de cas ces dernières années. On compte 46 cas importés de dengue et 49 de chikungunya, plus un cas de chikungunya autochtone.

« La dengue, bien pire qu’une grippe »

Marc, un habitant de Saint-Priest, garde un mauvais souvenir de son retour d’Inde en août 2022. Comme une quinzaine d’autres Rhodaniens cette année-là, ce San-Priot a fait partie des fameux cas importés. « Avec ma femme, les symptômes ont commencé la veille de notre retour, se souvient-il. On avait 40°C de fièvre. On ne savait pas ce qu’on avait. Le voyage a été très pénible. Arrivés à Lyon, nous avons contacté SOS Médecins. Les analyses effectuées au service des maladies tropicales de l’hôpital de la Croix-Rousse ont révélé qu’il s’agissait de la dengue. Dès lors, ce fut le branle-bas de combat. L’ARS nous a contactés. On ne devait pas sortir de chez nous. Un 4×4 a traité le quartier de manière musclée en répandant un insecticide dans l’atmosphère. Tout le voisinage, qui avait été averti par des tracts, se posait des questions. Mais l’anonymat était garanti. On a mis trois semaines à se rétablir. C’était bien pire qu’une grippe. Depuis, nous hésitons à voyager dans certains pays car nous risquons des symptômes encore plus importants en cas de nouvelle contamination. »

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Pour signaler un cas suspect; contacter le 0800 32 42 62 ou écrire à ars69-alerte@ars.sante.fr

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