
Fin 2025, les locataires du parc social d’Alliade Habitat ont reçu une régularisation de charges importante portant sur l’exercice 2023
« Alliade, Alliade ! Tu nous a mis dans la panade. La régul 2023, c’est toi qui la paieras ! » Le refrain, entonné au mégaphone devant le siège du bailleur social rhodanien, révèle la pomme de discorde. Si une cinquantaine de locataires mécontents s’est rassemblée jeudi 12 février au pied du bâtiment de l’avenue Jean-Jaurès (Lyon 7e), c’est avant tout pour protester contre le rappel de charges reçu à l’automne 2025. Celui-ci concerne la consommation de l’année 2023. « Depuis 2022, notre bailleur avait connaissance de l’augmentation très importante des tarifs de l’énergie, scande un manifestant. Pourtant, il n’a pas informé ses locataires. »
« Les régularisations vont de 400 à plusieurs milliers d’euros, résume Michel Canillot, membre du comité des locataires Viviani, que pilote la Confédération nationale du logement (CNL). Alliade a souscrit son contrat d’achat de gaz au pire moment et a payé le prix le prix fort, sans négocier de clause de révision. C’est une grave erreur ! »
Les locataires de Viviani-Honorines, résidence qui abrite 278 familles à Vénissieux, ne sont pas les seuls à exprimer leur incompréhension. Certains ont même fait la route depuis Grigny-sur-Rhône pour faire le pied de grue sous les fenêtres de la direction d’Alliade.
« Le rappel de 2022 était de 30 euros, raconte un couple villeurbannais logé au Grand Chassagnon jusqu’en 2024. Celui de 2023 monte à 3 331 euros, regardez, c’est marqué là. On gagne 1 800 euros par mois. On a 5 enfants. On ne va pas payer. Comment voulez-vous qu’on fasse ? »
Une mère de famille de la petite résidence Triangle Thioley s’inquiète aussi : « Je dois payer 1 250 euros. J’élève seule mes trois ados. Je suis incapable de régler cette somme. On me propose d’échelonner. Mais jusqu’à quand ça va durer ? Les régul vont s’accumuler… »
L’un des derniers habitants des tours Monmousseau, résigné, attend calmement des explications : « Tout cela manque de transparence. Nous sommes allés à la Maison de justice pour comprendre cette situation. »
Finalement reçu dans les locaux d’Alliade Habitat, une petite délégation représentée par la CNL est redescendue rendre compte de l’entretien, sans nouvelles rassurantes : « Ils nous ont répété qu’ils recevraient les locataires, soit individuellement, soit par résidence. À nous de rester unis ! Même s’ils avancent des raisons techniques et la guerre en Ukraine pour justifier ces hausses, cela n’aide pas les gens qui ne peuvent pas payer à le faire. Quand on doit 3 000 euros et qu’on s’engage à rembourser 40 euros par mois, ça prend plus de 6 ans. Et encore, viendra s’ajouter la régul de 2024. Personne n’a pu anticiper. Quand on a reçu des provisions entre 8 et 15 euros, beaucoup se sont dit que ça allait bien se passer. »
« Cette situation inflationniste est indépendante de notre volonté »
Sollicitée le jour-même, la direction d’Alliade Habitat apporte quelques éléments de réponse pour justifier cette régularisation de charges tardive et élevée : « Cette régularisation rétroactive est due à un retard lié à un contexte de crise économique et sanitaire ainsi que de fusions. Ce rattrapage entraîne un cumul de régularisations à quelques mois d’intervalle et peut s’assortir de montants inhabituels. »
Selon le bailleur, ces montants répercutés sur les locataires sont totalement subis par les deux parties : « Ces écarts s’expliquent principalement par la hausse exceptionnelle du prix du gaz qui a fortement touché les résidences avec chauffage et eau chaude collectifs. Malgré le bouclier tarifaire, celui-ci étant plafonné, le marché gaz a atteint 198 euros le mégawwattheure, contre 35 euros les années précédentes. Cette situation inflationniste est indépendante de notre volonté. »
Pour accompagner ses clients, Alliade assure répondre aux demandes liées aux régularisations depuis septembre 2025, via un dispositif dédié. « Nous proposons des échéanciers ou plans d’apurement et accompagnons les foyers avec le pôle recouvrement et le service social. Des permanences sont organisées pour les collectifs de locataires et les porte-parole des signataires de pétitions. Les équipes accompagnent chaque demande et étudient les aides spécifiques auxquelles chacun pourrait prétendre, et plus particulièrement les familles les plus fragiles. »
Des solutions pour les ménages modestes
L’État, la Métropole de Lyon et la Ville de Vénissieux offrent plusieurs solutions en cas de difficulté. Le Fonds de Solidarité Logement (FSL) finance une partie de la dette ou peu mettre en place un plan d’apurement. Certains ménages sont éligibles au chèque énergie. Visit’Énergie mobilise quant à lui un conseiller pour analyser les consommations des ménages les plus modestes. Soli’Al, association du groupe Action Logement mobilise également l’Aide sur Quittance, une subvention destinée à réduire les impayés. Enfin, le CCAS (Centre communal d’action sociale) de Vénissieux peut, via un travailleur social, organiser un suivi de la situation personnelle du demandeur, et l’orienter vers certains dispositifs.






























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