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Votre parcours révèle un fort attachement à l’industrie française. Quelles en sont les raisons ?
Ma première expérience était mon année de césure chez Michelin. Mon père y a fait carrière, et a connu pas mal de mutations, dans plusieurs pays. C’est cette entreprise paternaliste qui a structuré une partie de mon enfance. Ce rapport à la marque que mon père cultivait, cette fierté de contribuer à l’industrie française, c’est ce que j’ai souhaité reproduire. J’ai toujours été convaincue que le monde industriel me parlerait.
Pourquoi n’êtes-vous pas restée chez Michelin ?
Rester dans la boîte dans laquelle travaillait mon père aurait été trop facile. Je ne voulais pas être une fille de, et devoir sans cesse me justifier. J’ai choisi de démarrer ma carrière chez Renault (automobiles, ndlr), une entreprise française moins paternaliste mais dont l’approche est humaine. J’ai le goût du changement. Il faut dire que j’avais déménagé 18 fois dans mon enfance. Je n’ai jamais eu peur des situations que je ne connaissais pas.
Quel regard portez-vous sur l’industrie française en 2026 ?
Elle fait face à une concurrence plus forte. Avec la Chine, elle a une épée de Damoclès sur la tête. Une nouvelle offre est là, avec des produits de qualité vendus à des prix compétitifs. Nous devons rester attentif à cette concurrence mais l’industrie française a encore de belles choses à faire valoir et c’est ce qui nous pousse à nous transformer, innover.
Comment Renault Trucks résiste-t-il à cette concurrence ?
Les entreprises chinoises sont au niveau côté produit mais n’ont pas le réseau de réparation qui fait notre force et notre proximité. Les clients de Renault Trucks ont tout intérêt à rester fidèles. Une marque française, lyonnaise, ça leur parle. Nous avons 310 concessions. C’est le service après-vente qui fait la différence dans notre business model. La qualité de ce service après-vente est importante, surtout pour des produits dont le coût de possession atteint des centaines de milliers d’euros.
Vous avez dirigé le service après-vente de Renault Trucks Grand Lyon pendant 4 ans. Comment dirige-t-on une équipe de 120 personnes ?
La priorité des priorités, c’est la sécurité. Nos métiers sont complexes et peuvent être parfois dangereux. Le bien-être au travail est aussi essentiel et passe par une politique de management et de communication interne rigoureuse. Les gens doivent se sentir bien pour donner le meilleur d’eux-mêmes et avoir un sentiment d’appartenance fort à la marque, ce qui est le cas aujourd’hui. Retenir les talents est un défi permanent dans les métiers tendus, où la demande est supérieure à l’offre. Heureusement, aujourd’hui sur le bassin lyonnais, nous n’avons pas de problèmes de recrutement notamment du fait que nous avons un bon vivier de futurs salariés avec nos alternants et nos stagiaires.
Vous êtes une femme dirigeante dans un environnement très masculin. Est-ce encore un sujet en 2026 ?
Pas pour moi, en tout cas. Je n’ai jamais rencontré de difficultés dans mes relations professionnelles à cause de cela. Il faut admettre cependant que j’ai un caractère bien trempé, ça aide. Malgré tout, si j’ai une image d’ambassadrice et que je peux servir de modèle à certaines femmes, tant mieux, je l’accepte. Aujourd’hui, on a quand même l’habitude de voir des femmes à des postes importants. Et d’un autre côté, je ne constate pas de machisme exacerbé dans les garages. Le respect est important chez les anciens. Et chez les plus jeunes, la notion d’égalité hommes-femmes est bien ancrée.
Avez-vous commis des erreurs qui vous ont permis de progresser ?
Oui, plein ! Je peux avoir un côté fonceuse. Quand on a confiance en soi, on peut avoir tendance à vouloir imposer ses opinions. Mais j’ai appris à fédérer en donnant du sens au travail. Aujourd’hui, je consacre beaucoup de temps à échanger avec des collaborateurs, à répondre à des questions.
Quels conseils donneriez-vous à une personne désireuse d’occuper un poste à responsabilités ?
Justement, d’écouter les conseils des autres mais aussi de les sélectionner. Et d’écouter sa petite voix intérieure qui nous dit de nous lancer. Quand on hésite à prendre une décision, la bonne question à se poser et quel est vraiment le risque si j’échoue ? Il n’est pas toujours aussi gros qu’on l’imagine.
Vous dites vous intéresser à l’électrification du parc. Est-elle une vraie décision stratégique de Renault Trucks ou un choix subi ?
C’est une vraie conviction. Bien sûr nous nous conformons aux nouvelles normes. Mais la politique RSE (Responsabilité sociétale des entreprises, ndlr) est forte chez Renault Trucks depuis longtemps. Nous avons toujours travaillé sur la circularité. Nous sommes pionniers sur l’électrification. Nous commercialisons une gamme 100 % électrique. Nous sommes fiers de contribuer à laisser derrière nous une planète qui ressemble à quelque chose. Mais notre défi aujourd’hui c’est de convaincre et rassurer nos clients.
Quels sont les freins au développement de l’électrique dans le domaine du transport routier de marchandises ?
Le frein de l’autonomie n’est plus un sujet. Aujourd’hui, notre nouveau véhicule E-Tech T 780 affiche près de 660 km d’autonomie. Donc on va pouvoir commencer à s’adresser à de plus en plus d’usage. Le TCO (coût total de possession) devient plus intéressant grâce aux aides financières liées aux CEE (certificats d’économie d’énergie) mais aussi aux coûts de maintenance et d’énergie qui sont moindres. Aujourd’hui ce TCO peut être équivalent à celui d’un véhicule thermique. Nous avons beaucoup de clients dans la collecte et le retraitement de déchets déjà aujourd’hui sur le bassin lyonnais… La hausse du prix du carburant renforce l’intérêt de l’électrique. Nous avons de plus en plus de demandes de cotation. Les subventions sont donc nécessaires. Elles incitent nos clients à mettre le pied à l’étrier et à implanter des bornes sur site notamment.
Renault Trucks Grand Lyon revendique près de 38 % de parts de marché sur son territoire. Comment conserverez-vous
cette position de leader ?
Nous sommes largement devant mais rien n’est acquis même si nous avons des clients majoritairement très satisfaits de nos services. Nos clients sont très sollicités. Le marché est disputé. Tous les constructeurs sont présents à Lyon. Le véhicule et la technologie ne suffisent pas. Nous travaillons beaucoup sur la qualité de nos prestations et de nos relations au quotidien avec nos clients pour être de vrais partenaires de long terme. γ

Richard GRISAUD
3 juillet 2026 à 21 h 12 min
Entrée en 2016 et Directrice générale 10 ans plus tard .. ça force le respect !
Etant parti en retraite carrière longue en 2019 je n’ai pas eu la chance de la rencontrer
Du haut de mes 42 ans de carrière chez Renault Trucks force est de constater que c’est la première fois qu’une femme accède à ce poste
Félicitations .. et courage pour la suite !