Photo Emmanuel FOUDROT
Si, pour présenter Zingonia Zingone, l’autrice en résidence littéraire auprès de l’Espace Pandora, il fallait trouver un adjectif, ce serait forcément « cosmopolite ». Écoutons-la : « J’habite Rome et je passe beaucoup de temps au Costa Rica, en Colombie et au Mexique, parce que j’y suis publiée. » Elle poursuit : « Je suis née à Londres mais ai vécu à Milan mes premières années. Quand j’ai eu 5 ans, ma famille a quitté l’Italie pour le Costa Rica. J’ai étudié dans une école en Angleterre et j’ai grandi avec trois langues : l’italien, l’espagnol et l’anglais. »
Elle indique encore qu’elle a vécu à Genève, où elle a appris le français, mais aussi au Nicaragua et qu’elle a beaucoup voyagé, entre autres en Inde, « à cause de la poésie ». Quant à son nom, elle précise qu’il n’est pas un pseudonyme.
« Mon père était dans la construction. Après la Seconde Guerre mondiale, il a eu l’idée de construire une ville, Zingonia, avec des usines, des bureaux, une zone commerciale, des habitations… C’était l’époque de Brasilia, de Chandigarh et de la Ville radieuse conçue par Le Corbusier. Zingonia a été construite en 1963, près de Bergame. »
Ce père qui lui a donné son joli et original prénom meurt quand elle a 10 ans et Zingonia va vivre à Rome avec sa mère. Laquelle la pousse à suivre des études d’économie. « J’ai travaillé dans une banque, à la révision des comptes. Moi qui ne comprends rien aux chiffres, je ne sais pas pourquoi je me suis retrouvée là ! » Elle part ensuite au Nicaragua, travailler dans la partie administrative de la culture du riz. « À la banque d’affaires, à Milan, j’avais un travail artificiel. Là, j’ai connu la vie authentique. »
Zingonia revient sur son enfance : « J’avais une grande fantaisie quand j’étais petite. J’avais des amis imaginaires à qui je racontais des histoires. Je les disais ensuite à ma mère, qui les notait. À la mort de mon père, nous habitions en Amérique centrale. J’ai ressenti de la solitude, un besoin de me poser les questions les plus importantes de ma vie. J’ai commencé à écrire des réflexions, des métaphores. Je les avais nommés Éclats d’émotion. Et j’ai continué. » L’écriture est pour elle un refuge. « Je devais avoir 15 ans quand le poète beat américain Gregory Corso, qui habitait Rome, est venu dans mon école. Il a inscrit plein de mots sur le tableau qui n’avaient aucun sens pour mes copines. Pour moi, ils avaient tous les sens du monde. J’ai compris que j’écrivais de la poésie. »
Premières publications
À Genève, Zingonia a ses premiers contacts avec la littérature française : « J’ai lu les poètes maudits, Baudelaire et Verlaine, un peu moins Rimbaud. J’ai découvert Camus, Gide, Sartre, beaucoup de théâtre… J’ai eu la chance de connaître le fils de Jean Anouilh qui m’a donné à lire les pièces de son père. En guise d’exercice, j’ai écrit ma propre pièce. Je voulais traduire au théâtre ce que je vivais. » Son premier texte publié est un roman, Il velo (Le Voile), et le second, Cosmo-agonía, un recueil de poèmes sur « les contradictions de notre époque ».
« Je me suis marié au Nicaragua. Le grand-père de mon mari était le médecin du grand poète Rubén Darío. Et c’est à sa grand-mère que Darío avait dédié un de ses poèmes les plus connus, récité par tous les enfants nicaraguayens, Margarita, está linda la mar. J’ai aussi connu là-bas Claribel Alegría, une grande poète qui a vécu entre le Nicaragua et le Salvador, et Ernesto Cardenal, un de mes maîtres en poésie. » Zingonia écrit, est publiée et est invitée dans les grands festivals de poésie à travers le monde. « À Medellin, en Colombie, quand 2 000 personnes t’écoutent, tu as l’impression d’être une rock star ! Je suis aussi partie en Inde comme représentante d’une manifestation italienne et, pendant dix ans, j’ai suivi ce festival itinérant. Trois de mes livres, écrits en anglais, sont sortis en Inde. En France, j’ai publié un petit recueil aux éditions de la Margeride, Petit Cahier du grand mirage, et Les Naufragés du désert vient de sortir à La Rumeur libre, dans une collection dirigée par Thierry Renard, de l’Espace Pandora. »
La qualité d’écriture des ateliers
Depuis son arrivée à Vénissieux, Zingonia a animé de nombreux ateliers, tant avec des enfants que des adultes. « Les petits de CP/CE1/CE2 ont fait des acrostiches avec les éléments, leurs prénoms… Au centre social de Parilly, les acrostiches étaient avec Espace et Pandora. Au Moulin-à-Vent, on a considéré la poésie comme une boîte d’allumettes, pour allumer le sourire des gens avec un poème. J’ai aussi rencontré les ateliers d’arts plastiques et leur ai montré des images de tableaux du peintre nicaraguayen Armando Morales. Et le samedi, à la médiathèque, je leur propose des textes du poète chilien Vicente Huidobro et de moi, je leur parle des voix des femmes du XXe siècle d’Amérique latine et, pour le 14 février, nous avons écrit des poèmes d’amour. » Au cours de tous ces ateliers, elle a remarqué « un niveau très haut » : « Ils écrivent bien et aiment être stimulés, que ce soit le groupe de la médiathèque ou de la Mission locale. »
Bien occupée par toutes ces rencontres et celles à venir (elle va participer au Magnifique Printemps*), Zingonia aimerait également prendre le temps, pendant sa résidence, d’écrire un livre de poèmes. Elle aime citer Huidobro : « Pourquoi chantez-vous la rose, ô poètes ? Faites-la fleurir dans le poème ». « C’est le cœur de ma pensée, de ma poésie qui ne vient pas de la tête mais d’ailleurs. Je me suis dessiné un parcours et je me retrouve beaucoup avec les poètes hermétiques italiens et Cesare Pavese, en Angleterre avec Emily Dickinson et les femmes fortes de la littérature, avec toutes les influences espagnoles et latino-américaines, avec quelqu’un comme Huidobro qui a également écrit en français. Ils ont beaucoup bougé et le voyage a été une ouverture.
*: À l’occasion du Magnifique Printemps, Zingonia Zingone sera à Chambéry le 10 mars, à Annecy le 20 mars et au Théâtre de Vénissieux le 24 mars, entre 19 et 21 heures, pour la soirée de clôture de sa résidence.
