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Manon Gouez, du vélo à la recherche contre le cancer

Cette ancienne handballeuse de haut niveau s’est prise de passion pour le cyclisme d’ultra-distance. Chercheuse au Centre Léon-Bérard, elle étudie également les bienfaits de l’activité physique sur les patients atteints de cancer.

Photo DR

En septembre 2023, Manon Gouez se lance dans l’ascension du Grand Colombier avec une vingtaine de pratiquants de CrossFit. Elle a alors peu d’expérience à vélo. Elle en trouve un sur Le Bon Coin, équipé de pédales plates et d’un guidon différent des vélos de route habituels. « Je n’avais jamais fait de vélo à part quand j’étais petite », se souvient-elle. Pourtant, la sortie lui plaît : « Je me suis dit que c’était vraiment chouette. »

Depuis, on peut dire que la jeune femme a parcouru du chemin. Elle a notamment participé à la Race Across France, une épreuve de 500 kilomètres et un total cumulé de 8 000 mètres de dénivelé dans les Alpes, entre Albertville et La Napoule. Elle a également pris le départ des 24 Heures du Mans à vélo. Aujourd’hui, elle s’entraîne pour le Paris-Brest-Paris, une épreuve de près de 1 300 kilomètres qui nécessite une préparation exigeante : « Il faut s’exercer à accumuler des kilomètres, rouler de nuit et avec la fatigue. Parce qu’en fait, les kilomètres, il faut les faire en trois jours et demi maximum. Il faut aussi apprendre à rouler avec son matériel, le démonter, le remettre dans son sac. »

Si elle est devenue une accro de l’endurance, de l’ultra-distance et de l’effort de longue haleine, Manon peut se le permettre physiquement. Handballeuse de haut niveau pendant plus de quinze ans, évoluant même en Ligue 2, successivement à Brest, Rennes puis Lille, elle a pris une licence à l’Amicale cycliste du Moulin-à-Vent (ACMV) pour y trouver un souffle collectif : des rencontres avec d’autres cyclistes et des défis sportifs. Car le but du jeu, pour elle, est quand même de performer, de faire mieux à chaque sortie à vélo.

L’entraînement la stimule. « J’ai toujours aimé assister à ce processus, voir la progression, apprendre à se connaître dans l’effort. J’aime bien tester des choses sur moi. C’est toujours super intéressant de voir comment la physiologie s’adapte à certains types d’efforts. Et c’est vrai que l’ultra-distance, c’est quand même particulier pour cela. »
Née à Plouguerneau, près de Brest, elle commence le handball à 9 ans. « Mon parcours, c’est vraiment un double parcours entre le sport et les études. Il n’y avait jamais l’un sans l’autre », résume-t-elle. Après le bac, Manon envisage de devenir kinésithérapeute. Elle s’oriente finalement vers les STAPS et l’activité physique adaptée (APA).

L’activité physique, un allié face au cancer

Ce qui l’intéresse, c’est d’accompagner les personnes qui ne sont pas forcément actives, quels que soient leur âge ou leur pathologie. Au cours de ses expériences professionnelles, elle se questionne sur les effets de l’activité physique sur les traitements anticancéreux, en particulier sur la chimiothérapie. Elle prend alors contact avec le Centre Léon-Bérard, à Lyon, pour y préparer une thèse. Dans le cadre de son étude, elle fait pédaler des patients atteints d’un cancer du poumon métastatique avant leur chimio-immunothérapie. « Le but, c’est de faire progresser le patient dans sa condition physique et avec une intensité modérée. »

D’après elle, le vélo présente plusieurs avantages : l’effort peut être mesuré, quantifié et ajusté. C’est aussi un sport porté et donc moins traumatisant pour les personnes qui peuvent souffrir de difficultés articulaires. « Tout le monde ne veut pas ou ne sait pas forcément courir. Le vélo, c’est un sport normalement accessible à tout le monde. » Elle a ainsi montré que l’exercice physique avant une perfusion était bien toléré par les patients, sans effet indésirable lié à cette pratique.

Aujourd’hui, elle travaille sur une nouvelle étude, dans laquelle des vélos d’appartement sont mis à disposition des patients. « L’idée, c’est de voir si l’activité physique a un effet direct sur la tumeur. Des études menées sur des modèles animaux ont montré une diminution de la taille des tumeurs avec la pratique d’une activité physique. Nous nous intéressons ici aux cancers à un stade avancé, voire métastatique, car ces patients sont encore peu étudiés. Ils méritent eux aussi d’avoir des perspectives. L’activité physique est un allié pendant les traitements, aussi bien sur le plan psychologique que physique.

Le cyclisme féminin, un défi collectif

En évoluant dans le milieu du cyclisme, Manon constate rapidement que les femmes y restent peu représentées. À son arrivée à l’ACMV, elle ne trouve que des hommes. « J’avais un niveau largement inférieur au leur, donc c’est difficile d’arriver en tant que novice, femme, dans un groupe compétitif. » Au club, elles sont désormais trois. Manon défend l’importance de la mixité et du collectif, convaincue que tous les pratiquants ont beaucoup à s’apporter.

Cette volonté de faire une place aux femmes se retrouve aussi dans un projet qu’elle souhaite développer avec l’association Donnons des elles au vélo. Son objectif : monter un collectif de patientes ayant terminé leurs traitements et les accompagner pour réaliser une étape du Tour de France, la veille du passage des professionnels. « Ce sont des personnes qui doivent retourner dans la vie active. Donc, il y a un petit tremplin, un petit vide à ce moment-là. Il y a aussi le challenge de reprendre une vie normale et il faut les aider à reprendre confiance. Je veux leur faire vivre une expérience qu’elles n’auraient jamais imaginé vivre sportivement. »

Manon a déjà emmené trois patientes du Centre Léon-Bérard assister à une étape du Tour. Elles ont découvert l’ambiance des cols, les encouragements et les arrivées de ces groupes de femmes. Certaines se sont alors imaginées à leur tour sur le vélo. « Elles se sont dit : “J’aimerais tellement arriver en haut comme ça, être fière de moi et qu’on m’applaudisse.” »
Pour Manon Gouez, ce projet permettrait de réunir ce qui fait le fil rouge de son parcours : le sport, la recherche, le cancer et le cyclisme féminin. Elle veut aussi montrer qu’avec un accompagnement et un collectif, des femmes qui ne se pensaient pas sportives peuvent se lancer dans une telle aventure.

Poutchie Gonzales et Djamel Younsi

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