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Dyslexie : quand "crocodile" se transforme en "cocodile"

Lla dyslexie est un trouble d’apprentissage de la lecture dont 8 à 10 % des enfants souffriraient. Ils n’ont pas d’atteintes neurologiques, intellectuelles ou psychologiques mais ils ont du mal à déchiffrer des textes.

Invisible de prime abord, la dyslexie est un trouble d’apprentissage de la lecture dont 8 à 10 % des enfants souffriraient. Ils sont intelligents, ils n’ont pas d’atteintes neurologiques, intellectuelles ou psychologiques mais ils ont du mal à déchiffrer des textes.
Les premiers troubles de Romain se sont révélés en maternelle. “Sa maîtresse m’avait dit qu’il ne se sentait pas concerné par les consignes. Et qu’il avait des difficultés de prononciation à l’oral, se souvient Catherine, sa maman. On a fait tous les bilans médicaux : visuels, auditifs… On n’a rien trouvé.
“Romain arrive en CP, il comprend parfaitement les histoires mais il ne lit pas correctement. Sa maîtresse ne comprenait pas pourquoi, d’autant que Romain était très en avance sur certains sujets et surtout très bon à l’oral. Il a fallu attendre la fin du CM2 pour que soit posé le diagnostic de dyslexie. Aujourd’hui en classe de cinquième, il reste suivi par une orthophoniste, deux fois par semaine.”
Obtenir un diagnostic approprié de la dyslexie relève souvent du parcours du combattant pour nombre de parents qui se voient d’abord renvoyés de professionnel en professionnel. Un parcours que complique le délai important demandé pour avoir rendez-vous avec un orthophoniste. À Vénissieux, où ils sont seize à exercer, il faut parfois attendre jusqu’à six mois. Le Dr Marie-Pierre Pollet, médecin scolaire, le déplore : “Une détection précoce de ces troubles de l’apprentissage faciliterait grandement leur prise en charge.”
“La dyslexie est un trouble spécifique et durable d’apprentissage de la lecture et d’acquisition de son automatisme chez des enfants intelligents, normalement scolarisés et indemnes de troubles sensoriels, précise-t-elle. Elle est souvent associée à une dysorthographie, difficulté d’apprentissage de l’orthographe. Il ne s’agit en aucun cas d’une maladie mais d’un trouble, qui ne peut être réellement diagnostiqué qu’à partir de l’âge de 8 ans. Soit en fin de CP en cas de redoublement, ou de CE1.”
Tous les dyslexiques ne sont pas égaux devant leurs troubles : “La dyslexie phonologique touche environ 65 % des patients ; l’enfant rencontre des difficultés pour reconnaître les sons à l’intérieur d’un mot. La dyslexie de surface (10 %) est liée à un défaut de reconnaissance visuelle globale du mot. Et la dyslexie mixte (25 %) est une atteinte des deux voies. Mais ce n’est pas parce qu’on est dyslexique qu’on ne peut pas faire d’étude”, insiste le Dr Pollet. La preuve par Einstein, Léonard de Vinci ou encore Steeve Jobs ! Mais, d’après une étude menée par des chercheurs français de l’Inserm et du CNRS, les dyslexiques présenteraient un fonctionnement cérébral particulier.
Les enfants sont le plus souvent repérés à l’école. “En grande section de maternelle, précise Lucie Burtin, infirmière santé scolaire coordinatrice, chaque enfant passe une visite médicale obligatoire qui s’étend sur plus d’une heure. Nous effectuons une série d’examens aussi bien visuels qu’auditifs, en passant par la motricité, le langage… Si des enseignants nous ont alertés sur des difficultés de langage, nous affinons les tests, en accord avec les parents. On va proposer à l’enfant d’écrire son nom, de dessiner un bonhomme, de reproduire des mots, de retranscrire un dessin, de repérer des objets parmi beaucoup d’autres, etc. Puis on dresse un bilan phonologique. On va lui dire, par exemple : “Dans le mot “souris”, qu’entends-tu comme son ?”. On lui propose aussi de la segmentation syllabique : “Dans le mot “joli”, j’enlève “jo” que reste-t-il ?”. En cas de suspicion de trouble, on l’oriente vers le médecin scolaire ou de famille qui prescrira un bilan orthophonique. Car à Vénissieux, insiste Lucie Burtin, nous travaillons tous en lien et c’est indispensable.”
Plus le dépistage est retardé, plus l’enfant risque de se sentir mal. Karine Miguel, psychologue scolaire au Rased (Réseau d’aide spécialisé aux élèves en difficultés) Henri-Wallon, en rencontre régulièrement. “Ces enfants peuvent déprimer parce qu’ils sont en échec scolaire. Régulièrement interpellés par les enseignants et les deux maîtres rééducateurs du Rased, nous évaluons le problème de l’enfant. Dans un premier temps, je le rencontre avec sa famille. Je propose des tests de quotient intellectuel (QI) et des tests psycho-affectifs afin d’écarter toute autre cause de difficulté d’apprentissage de la lecture. Une fois les résultats connus, je rassure l’enfant sur son intelligence. Et si besoin, j’oriente la famille vers l’aide spécialisée d’un ou d’une orthophoniste.”
Si le degré du trouble est important, l’enfant peut être suivi dans un centre de référence comme il en existe à l’hôpital Femme mère enfant, ou à Édouard-Herriot. “On peut aussi l’orienter vers une classe spécifique, ajoute le Dr Pollet : une CLIS (classe d’intégration scolaire) qui accueille les écoliers présentant des troubles du langage (il en existe une à Anatole-France), ou une ULIS (unité localisée d’intégration) s’il s’agit d’un collégien. À ce niveau scolaire, la dyslexie est considérée comme un handicap et les familles doivent déposer des dossiers auprès de la MDPH, la Maison départementale des personnes handicapées.”
L’enfant peut également bénéficier d’aménagements pédagogiques spécifiques au sein de la classe, ce qui ne nécessite ni dossier MDPH ni PPS (projet personnalisé de scolarisation). Aménagements qui peuvent également être respectés pour les examens.

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