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Sécheresse : « Certains agriculteurs des Grandes Terres ne se relèveront pas »

Mis à mal par une sécheresse estivale inégalée, le plateau agricole des Grandes Terres produira peu de céréales cette année. Les exploitants du secteur ne doivent leur salut qu’au système d’irrigation du Sud-Est lyonnais qu’alimente le Rhône.

Jean-Philippe Payet-Bernoud et Gilles Barioz observent de faibles rendements cette année, notamment sur les parcelles de tournesols

« On n’a jamais connu ça. Il ne pleut pas. On ne voit pas le bout du tunnel. » De l’autre côté du Boulevard urbain sud, Gilles Barioz et ses deux associés vivent un été difficile. Sur leurs 340 hectares de céréales en agriculture bio, les rendements seront faibles. La SARL du Fort a anticipé en moissonnant les blés de bonne heure, avant le 15 juin. Et encore… « On a eu de petits grains et de petites récoltes, constate le céréalier. Et sur les cultures qui ne sont pas arrosées, il n’y aura rien. On passera le broyeur. »

Seuls 50 hectares irrigués seront sauvés. « Heureusement qu’on a connecté deux nouvelles parcelles de maïs et de soja cet hiver. On dispose de cinq enrouleurs qui tournent 23h/24. On les déplace tous les jours. Ça prend du temps et ça nous rajoute des charges mais c’est indispensable. On projette d’acheter deux pivots. Ces grandes rampes sont chères mais rentables. On ne remerciera jamais assez les anciens d’avoir créé ce réseau d’irrigation qui nous permet d’utiliser l’eau du Rhône (voir par ailleurs). »

Une seule solution, l’irrigation

À l’EARL de la Vignerme, le moral n’est pas non plus au beau fixe. Lorsqu’il a été élu président du syndicat agricole de Corbas, Feyzin et Vénissieux en janvier dernier, Xavier Rivoire ne pouvait pas imaginer de telles difficultés en été : « Les nappes étaient pleines, puis on a eu un printemps pluvieux avant ce brutal changement de situation. On a toujours connu des coups de chaud, mais cette fois-ci, c’est vraiment extrême. Pour les récoltes de colza et de blé, en juillet, l’impact est faible. Par contre, les cultures d’été, c’est une autre histoire. Pour le maïs, la coopérative du secteur annonce des baisses de rendement de l’ordre de 50 %. La tendance sera d’implanter de plus en plus de blé, de colza, d’orge et de triticale pour moins subir. Mais si l’offre devient trop importante, sur le marché, les prix vont chuter. »

Xavier Rivoire, président du syndicat agricole local, compte sur l’extension du réseau d’irrigation pour pérenniser la culture céréalière du Sud-Est lyonnais

Pour Xavier Rivoire, seul l’accès à l’eau du Rhône peut garantir la pérennité des exploitations du secteur : « L’objectif est d’irriguer le plus de parcelles possible. Il faudra qu’on se mette autour d’une table pour envisager une extension du réseau. Évidemment, pour nous, ça représente un coût, entre l’abonnement, la consommation et l’investissement dans du matériel. Mais il faut savoir qu’aujourd’hui, on engage des frais pour ne rien récolter. Pour limiter la casse en cultures sèches, une partie est destinée à l’ensilage, pour nourrir les bêtes. Si la situation perdure, certains agriculteurs ne se relèveront pas. Au fil des ans, les terres seront abandonnées. Elles partiront en friche. »

Le fleuve, une ressource inestimable

La station de pompage de Ternay prélève l’eau du Rhône (photo fournie par le Smhar)

Contrairement à d’autres exploitants agricoles, touchés par les mesures de restriction sécheresse que déclenche la Préfecture, les céréaliers des Grandes Terres ont la chance de pouvoir arroser leurs cultures. En effet, ces derniers ne puisent pas « l’or bleu » sous leurs pieds, dans la nappe phréatique mais bien dans le fleuve Rhône. Le risque de pénurie est nul : la CNR (Compagnie nationale du Rhône), qui a la main sur 19 aménagements hydroélectriques entre la frontière suisse et la Méditerranée, régule le niveau et le débit du fleuve le plus impétueux de France.

Quelques kilomètres plus au sud des Grandes Terres, en bordure du canal de fuite du barrage de Pierre-Bénite, la station pompage de Ternay prélève l’eau dans la nappe d’accompagnement du fleuve depuis 1992. Elle alimente ainsi le réseau d’irrigation du Sud-Est lyonnais. 92 exploitations agricoles en dépendent, dans le Rhône et l’Isère. En 2025, l’infrastructure alimentait 1 697 hectares.

Dans ce dédale de tuyaux, le Syndicat mixte d’hydraulique agricole du Rhône (Smhar) gère les ouvrages généraux d’infrastructure. De leur côté, les ASA d’irrigation (Associations syndicales autorisées) – ici, l’ASA de Communay – maîtrisent les réseaux de desserte. Ce sont les agriculteurs qui financent leur fonctionnement : entretien, renouvellement des pompes et des tuyaux.

« Nous disposons d’une ressource sécurisée d’eau en été, confirme Nicolas Kraak, directeur du Smhar. Le fleuve Rhône est hors champ d’application des arrêtés sécheresse. À Ternay, la capacité de production est de 3 000 m3/h. Mais nous utilisons 2 200 m3/h au maximum. 42 % proviennent de la nappe alluviale du Rhône et 58 % des eaux de surface du Rhône. »

Cependant, lors de fortes sécheresses, les abonnés se heurtent aux limites techniques du système de pompage. Tous les enrouleurs et pivots ne peuvent pas fonctionner à plein régime simultanément. « Nous avons des plans de restrictions à 25 % et 50 % en volume, avec autorisation de faire fonctionner trois machines sur quatre ou deux machines sur quatre », explique Nicolas Kraak.

Chaleur et sécheresse : dans le Rhône, un été record

2003, 2022, et à présent 2026 : dans le département, ces étés sont à classer parmi les plus chauds et secs de l’histoire. On sait d’ores et déjà que 2026 et ses cinq vagues de chaleur, fera date. Au 18 août, les températures moyennes enregistrées par la station météorologique de Lyon Bron sur juin, juillet et août sont de 25,9 °C. Le record de 2003 (25,6 °C) est, pour l’heure, légèrement battu.

Pour les maximales, il n’y a pas de match. À Bron, toujours, Météo France comptabilise 30 jours de très fortes chaleurs : celles où le mercure dépasse 35 °C. C’est 7 jours de plus qu’en 2003 (23 j) et plus du double de 2022 (14 j). Entre le 16 juin et le 19 juillet, il a fait 30 °C ou plus pendant 34 jours de suite. Du jamais vu.

Les sols sont au régime sec. Seuls 85,3 mm sont tombés. Soit moins d’un litre d’eau par mètre carré réparti sur près de 3 mois. « On est sur une sécheresse comparable avec celle de 2003 (109,6 mm), estime Romain Weber, dirigeant et prévisionniste de Lyon Météo, à Bron. Celle-ci est peut-être un peu plus intense. Entre le 10 juin et le 15 juillet, il n’y a pas eu la moindre goutte de pluie. Depuis, le peu d’orages qu’il y a pu avoir n’ont quasiment servi à rien : l’eau ruisselle. »

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