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Jeune sapeur-pompier, un apprentissage citoyen

En France, ils sont 29 000 jeunes à se former pour devenir jeunes sapeurs-pompiers, une augmentation de près 50 % en 20 ans.

Ce samedi matin, à la caserne de Feyzin, l’ambiance est studieuse. Derrière une porte close, on retrouve une quinzaine de jeunes assis autour d’une table, feuille d’examen devant eux. Chaque semaine, ils se réunissent ainsi pour participer à leur journée de formation afin de devenir jeune sapeur-pompier. « C’est le moment de leur test théorique », nous chuchote Mathis Garcia, l’un des formateurs.

À seulement 17 ans, c’est sa première année en tant que formateur et malgré son visage encore enfantin, il montre une étonnante maturité. Pourtant, son âge pourrait être une barrière face aux participants qui ont entre 11 et 18 ans. « Je pense au contraire que c’est un avantage d’avoir à peu près le même âge qu’eux, estime-t-il. Ils viennent plus facilement se confier à moi. Je ne suis pas seulement leur formateur. »

Ces dernières années, le nombre d’adolescents souhaitant devenir jeunes sapeurs-pompiers est en nette augmentation. En 20 ans, les effectifs ont même doublé pour atteindre plus de 29 000 candidats en 2022. « Depuis le Covid, on a remarqué que de plus en plus de jeunes veulent aider, observe Mathis. Pour certains, c’est une vocation qui a démarré pendant la crise sanitaire. »

Quatre années de formation

Lutte contre les incendies, secourisme, protections des biens et de l’environnement, activités physiques et sportives ou encore prévention des risques de la vie courante et formation aux gestes à adopter en cas de danger… L’initiation des jeunes sapeurs-pompiers est intense. Étalée sur quatre ans, elle demande un engagement sans faille.

La formation est dirigée par le Département qui décide du contenu du programme. « Ici, nous axons beaucoup l’apprentissage sur les incendies, pourtant 90 % de nos interventions sont liées aux premiers secours », détaille le jeune homme.

Pour Etel Loos, la volonté de devenir jeune sapeur-pompier vient de son expérience personnelle. « Je fais beaucoup de cheval et je vois souvent des personnes tomber, témoigne la jeune fille de 16 ans, en deuxième année. Les pompiers interviennent pour les secourir, je veux pouvoir aider moi aussi. Ensuite, je veux devenir sapeur-pompier volontaire. » Pour Louis Vincent-Beguil, Vénissian de 14 ans, lui aussi en deuxième année de formation, la motivation et la persévérance ne font aucun doute. « Je veux être sapeur-pompier. Je veux sauver des gens et éteindre des feux, nous explique-t-il. Ici, on fait beaucoup de manœuvres, c’est très intéressant. »

Pendant toute une matinée, ils enchaînent cours théoriques, parcours sportifs et entraînements pratiques. « Pour participer à la formation, il faut être très motivé, prévient Mathis Garcia. Il faut se rendre compte que cela demande une grosse implication, on sacrifie une matinée de notre week-end, toutes les semaines pendant l’année scolaire. » Sans compter les cérémonies officielles, les défilés ou les rencontres sportives inter JSP auxquels les jeunes engagés doivent se rendre.

Ce niveau d’exigence entraîne forcément quelques abandons en cours de route. « Au fil des années, certains finissent par renoncer, remarque Ayoub Smail (son portrait à retrouver ci-dessous), un des jeunes en formation, originaire des Minguettes. Ils se rendent compte qu’ils n’aiment pas ou qu’ils manquent de motivation. » En JSP 4, c’est-à-dire la dernière année de formation, ils sont plus que trois, dont Ayoub.

« Chaque geste est important. »

Le jeune homme et ses deux camarades s’apprêtent à passer leur brevet. L’examen est basé sur quatre critères : épreuves écrite, sportive, technique et des manœuvres, c’est-à-dire des exercices pratiques auxquels peuvent être confrontés les pompiers.

En situation, les jeunes doivent, par exemple, éteindre de faux incendies de voiture ou d’appartement en utilisant l’équipement des professionnels comme la tenue ou les appareils respiratoires. « Quand il y a de la fumée, on ne voit rien, même avec le casque, décrit Mathis Garcia. Ce sont des conditions difficiles et dangereuses dans la vraie vie. Après ces entraînements, on échange beaucoup avec eux sur leur ressenti. Il ne faut pas rester dans son coin, il faut en parler. »

Pour cette dernière séance d’entraînement, Ayoub Smail et les deux autres apprentis enfilent leur combinaison tout en discutant avec leurs formateurs des exercices qu’ils souhaitent revoir. Pour cette fois, ce sera le sauvetage d’une victime dans un immeuble et la mise en place d’une échelle lors d’un incendie. « Il faut montrer que vous êtes sûrs de vous », conseille l’un des enseignants, avant de débuter la séance.

Pendant l’entraînement, la concentration est à son comble. « Chaque geste est important dans les manœuvres, nous explique Mathis Garcia. Les candidats ont besoin de rigueur, c’est comme une pièce de théâtre, il y a toute une chronologie à suivre. »

Ayoub Smail se sent prêt, à seulement quelques jours de l’examen qui viendra clôturer quatre années intensives d’entraînements. « Je suis un peu stressé, mais c’est un bon stress, dit-il. Cela fait un moment qu’on s’entraîne pour le brevet. Mais je pense que je vais quand même rester un peu cet après-midi histoire de continuer à travailler. Mon objectif est de tout donner. »


Chez les jeunes sapeurs pompiers, on reconnaît les engagés par la couleur de leur galon qu’ils doivent constamment arborer sur leur tenue, lorsqu’ils sont en formation. Le jaune correspond à la deuxième année (JSP2), comme on peut le voir sur la photo ci-dessus avec Etel (à gauche de la photo) et Louis (deuxième à gauche). Ayoub (à côté de Louis) porte du vert ce qui correspond aux JSP4, les élèves en quatrième et dernière année. Le blanc est pour la première année (JSP1), l’orange pour la troisième (JSP 3).


AYOUB SMAIL
« Une expérience de vie »

Ce jeune Vénissian, originaire des Minguettes, va passer d’ici peu son brevet de jeune sapeur-pompier, après quatre années de formation.

À 17 ans, Ayoub Smail fait partie des JSP 4, c’est-à-dire les jeunes sapeurs-pompiers en quatrième et dernière année. Alors qu’il doit passer son brevet dans seulement quelques jours, il se souvient de son entrée dans la caserne de Feyzin pour débuter sa formation.

À la base, rien ne présageait que le jeune homme devienne jeune sapeur-pompier. Il n’avait jamais entendu parler de la formation. Même si, à l’instar de nombreux enfants, le métier de pompier, comme celui de policier, faisait partie de ses « rêves de gosse ». « C’est un policier, qui était sapeur-pompier volontaire, qui m’a parlé de cette formation. Je me suis un peu renseigné grâce au bouche-à-oreille, on m’a présenté les différents rôles des JSP et leurs missions, et j’ai décidé de tenter le coup. »

Au début, Ayoub Smail, qui vit aux Minguettes, y est allé « en mode découverte ». « J’ai réussi les tests, et voilà, on en est déjà à la quatrième année. Ça passe vite quand on y pense », sourit-il. Et si l’on en croit les commentaires de ses formateurs, il a tout pour réussir le concours haut la main.

« Pour le moment, j’aspire à devenir gendarme, ou alors pompier. Mais je me conforte plus dans l’idée d’aller dans la gendarmerie », affirme-t-il. Même si l’on perçoit très vite son côté blagueur, le jeune homme peut faire preuve d’une très grande sagesse pour son âge. « En parallèle, je vais quand même faire des études supérieures. »

Afin de sécuriser son futur et sa carrière, Ayoub a réfléchi à quelques options. « On ne sait pas ce qu’il peut se passer, continue-t-il. Je peux me blesser et ne plus pouvoir être gendarme ou pompier donc je préfère avoir une autre option. Je vais faire un DUT en Chimie, pour avoir la possibilité de travailler dans l’industrie chimique, l’agroalimentaire… C’est une filière très porteuse. »

« J’ai eu un sacré glow-up »

Ayoub ne regrette à aucun moment cette formation, et il « encourage les jeunes à devenir JSP ». Ces quatre années ont aidé le jeune homme a évolué tant physiquement que mentalement. « Cette formation m’a apporté de la discipline, de la rigueur et m’a permis de me développer personnellement. J’ai grandi avec et grâce à mes formateurs. J’étais un gamin en arrivant, j’ai eu un sacré ‘glow-up’ (expression anglaise qui signifie « s’améliorer en vieillissant », ndlr) », s’amuse-t-il.

Même si les activités sont très physiques et demandent une très grande concentration, l’ambiance reste conviviale entre les formateurs et les engagés. « Chez nous, le maître-mot est la sécurité, il ne faut pas qu’on prenne de risque inutile. C’est très physique comme formation, mais on se pousse mutuellement. On est extrêmement sérieux dans nos exercices et nos manœuvres, mais parfois, c’est plus détendu, c’est sympa comme ambiance. Ce n’est pas comme l’armée, je ne vais pas dire que c’est l’école de la vie, mais c’est une expérience de vie, ça c’est sûr. »


Mathis Garcia, formateur à 17 ans

Un « métier passion ». C’est avec ces mots que Mathis Garcia décrit son job de rêve : sapeur-pompier. À l’entendre parler de son parcours, on comprend très vite son engouement pour la profession. Alors qu’il a obtenu son brevet de jeune sapeur-pompier l’année dernière, le jeune homme de 17 ans a décidé de devenir, la même année, formateur pour les engagés. « J’ai commencé à la rentrée, c’était en septembre 2021. Je voulais transmettre ma passion, faire découvrir le métier de pompier. »

Originaire de Camargue, il est arrivé à Lyon alors qu’il était enfant. La vocation lui a été transmise par son grand-père, lui aussi dans le métier. « J’ai commencé à vouloir faire pompier quand j’étais petit. Depuis toujours, c’est mon rêve, ma passion. Dès que j’ai eu 13 ans, je me suis inscrit aux jeunes sapeurs-pompiers. Quand j’ai assisté aux premiers cours, j’avais des étoiles dans les yeux, j’étais dans mon monde. »

En parallèle de son rôle de formateur, Mathis est en école d’aide-soignant. Mais il ne perd pas de vue son objectif. « Après, je veux être pompier de Paris. » Incollable sur la question, il nous explique l’importance du choix de la capitale. « À Paris et Marseille, les pompiers font partie de l’armée. Pour y entrer, il faut passer plusieurs concours, il y a des épreuves écrites et orales, mais vu que c’est lié à l’armée, il y a une grosse partie de pratique. C’est ce que j’aime. Même pendant les JSP, les cours théoriques ne me plaisaient pas, je ne voulais faire que des manœuvres. J’ai peut-être un petit gabarit, mais j’adore le sport et j’en fais très régulièrement. »


« On ne cherche pas de tête brûlée »

Afin de devenir jeune sapeur-pompier, les modalités sont les suivantes : être âgé de 11 à 18 ans (peut varier en fonction des départements), fournir un certificat médical d’aptitude physique, un certificat de vaccination antitétanique, une autorisation parentale ou des personnes investies de l’autorité parentale.

« Nous sommes à la recherche de personnes motivées, c’est un engagement sur quatre ans, rappelle Mathis Garcia. Il est difficile d’enseigner à des jeunes qui ne sont pas impliqués. Les recrutements sont ouverts à toutes et à tous. Ces dernières années, de plus en plus de femmes s’engagent, c’est très positif. Ici, on est comme une famille, il y a un vrai esprit de camaraderie. On ne cherche pas de tête brûlée, qui va prendre tous les risques en intervention. On recherche des jeunes qui ont une activité sportive régulière, avec un esprit d’équipe et qui sont disponibles. »

Toutes les inscriptions ont lieu à la rentrée scolaire. Les sections de JSP sont ouvertes aux jeunes de nationalité étrangère.

En ce qui concerne les sapeurs-pompiers volontaires, les inscriptions sont ouvertes à toutes personnes ayant entre 16 et 60 ans et avec une bonne aptitude physique et médicale. Il faut « résider légalement en France, être en situation régulière au regard des obligations du service national, jouir de ses droits civiques, ne pas avoir de condamnation incompatible avec l’exercice des fonctions », d’après le site des sapeurs-pompiers de France. Il faut également fournir une lettre de motivation, un CV et la copie des titres, diplômes ou attestations de formation.

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